Das Geheimnis des Transpluto, Lothar Weise, avec des illustrations d’Eberhard Binder. Verlage Neues Leben, 1962. GdF, 288 pp.

Abandonnons un instant la désastreuse orbite terrestre pour repartir en quête de la dixième planète (qu’on évoquait déjà ici et ), avec Das Geheimnis des Transpluto, titre se traduisant par « Le secret de Transpluton ».

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Son auteur, Lothar Weise, est un auteur est-allemand à la brève carrière : né en 1931, il décède à l’âge de 35 ans, laissant une œuvre consistant en une poignée de nouvelles et trois romans. Le deuxième d’entre eux constitue donc l’objet du présent billet.

Deux objets célestes foncent vers la Terre. Des météores ? Des astronefs ? Une seule chose est sûre : leur origine, située bien au-delà de l’orbite de Pluton. Proviendraient-ils de la mythique dixième planète ? Voilà qui expliquerait les orbites dérangées de Neptune et Pluton.

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Selon toute apparence, cette dixième planète, surnommée Transpluto, est peuplée. Selon une logique toute spécieuse consistant à prendre l’évolution des sociétés humaines comme un phénomène universel (exposée p. 25), les Transplutoniens ont suivi les mêmes stades que nous (il faudra attendre la p. 169 pour qu’un personnage reconnaisse que les formes de vie transplutoniennes peuvent ne pas correspondre à celles de la Terre). La question brûlante qui se pose se formule ainsi : où en sont-ils ? Ont-ils surmonté la lutte des classes ou non ? Pour en avoir le cœur net, l’évidence consiste à aller y jeter un œil. Une mission habitée était prévue vers Mars  : celle-ci est déroutée pour aller explorer à la place les confins de notre Système solaire. Qui partira à bord du Ziolkowski ?

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C’est que la Terre est encore loin d’être unie sous la seule et unique riante bannière du socialisme : les USA, petits facétieux attachés au capitalisme, font encore et toujours bande à part. Si l’essentiel de l’équipage du Ziolkowski, quoique international, provient des pays communistes, les Légitimistes – une organisation secrète issue des pays capitalistes – parviennent à infiltrer le vaisseau. On suit ainsi différents personnages, en particulier Kerstin Roth, d’origine allemande, et le Russe Kolja Stepanow… sans oublier le vilain espion à la solde des Légitimistes, Juan Padero.

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À l’approche de Transpluto, il s’avère que cette planète n’est pas glacée comme on pourrait se l’imaginer : un satellite artificiel projette un rayonnement infrarouge qui la réchauffe – un « Infrarotsonne ». (On l’apprendra plus tard : auparavant, les Transplutonions seraient venus de la planète située entre Mars et Jupiter, qui aurait explosé, les forçant à l’exil – ce qui rappelle un peu le cas de figure de Kurs Ganymed sauf que la destruction résulte ici d’une collision.) Après une lente approche, les Terriens décident d’atterrir, et constatent assez vite que les Transplutoniens ont décidément une bonne maîtrise technologique, vu qu’ils contrôlent bien leur climat. Bientôt, les humains sont accueillis par les autochtones.

« Der Kopf war von seltsamer Schönheit: ein schmales Gesicht, zwei große orangefarbene Augen, tief eingebettet in ovale Augenhöhlen. Dar stark krause Kopfhaar, die Augenbraunen und die lange Wimpern glänzten indigoblau. Die Nase war klein und spitz. Der mittelgroße Mund wurde von wulstigen Lippen begrenzt. Anstelle der Ohren besaß der Planetenbewohner handtellergroße, in der Mitte leicht engebuchtete Scheiben, die dicht am Kopf anlagen. Die Haut spielte in blauschwarz. » (p. 177-178)
« La tête avait une beauté étrange : un visage étroit, deux grands yeux oranges profondément enfoncés dans leurs orbites. Les cheveux frisés, les cils et les sourcils étaient d’un indigo brillant. Le nez était petit et pointu. Des lèvres charnues entouraient la bouche moyenne. À la place d’oreilles, l’autochtone possédait des disques gros comme des assiettes, enfoncés et près du crâne. La peau tendait vers le bleu-noir. »

Les problèmes de compréhension mutuelle vite évacués, les humains apprennent vite la situation sur Transpluto : la planète se divise en deux États en guerre, celui des Yörs et celui des Ayörs. Les Ayörs sont les gentils, socialistes et aimables comme des cœurs ; les autres sont des pourritures capitalistes et esclavagistes, tenant la vie d’autrui pour quantité négligeable. Pas de bol, le Légitimiste Juan Padero a précisément atterri chez les Yörs. Kerstin et Kolja sont quant à eux chez les Ayörs (et demainCeci est un jeu de mot…). Le temps qu’ils comprennent la traîtrise de Padero, celui-ci s’est acocquiné avec les Yörs, qui ont décidé d’en finir une bonne fois pour toute avec les Ayörs en leur balançant le soleil artificiel sur le coin de la gueule. De fait, les Yörs ont des « rayons gravitationnels », ce qui leur assure une certaine supériorité, et, dans leur folie, ils sont prêts à détruire leur monde pour empêcher la victoire de leurs adversaires idéologiques. (Toute ressemblance… bla bla… guerre froide… blabla… purement fortuite…)

Le Ziolkowski récupère le contenu du Palais du Savoir des Ayörs, au cas où. Kerstin meurt (leucémie ?) ; Kolja vit ; Padero meurt. Le soleil artificiel explose ; Yörs et Ayörs s’unissent pour la survie de leur monde tandis que le Ziolkwoski repart vers la Terre. Fin.

Une fin abrupte, certes. Das Geheimnis des Transpluto aurait gagné à être un peu plus de quelques dizaines de pages, ou aurait appelé une suite, si l’auteur n’était pas décédé aussi jeune. Au rang des romans de SF de la RDA, ce roman est loin d’être le plus illisible. Certes, l’idéologie y est amenée avec la délicatesse d’un bulldozer, mais au-delà de ça, Weise mène plutôt bien sa barque et l’ambiance est réussie. En revanche, l’originalité demeure faiblarde sur certains aspects : les aliens humanoïdes divisés en deux camps idéologiquement irréconciliables, les humains tous-communistes-sauf-les-ricains, on a déjà lu ça.

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Le roman de Lothar Weise a comme petite particularité d’être le premier, en Allemagne de l’Est, à faire figurer une explosion nucléaire. Le danger de l’atome et de sa mauvaise utilisation a fait l’objet de plusieurs romans : de Die Goldene Kugel (1949) à Kurs Ganymed (1962) en passant par Titanus (1959), on voit ces deux cas de figure, celui où les extraterrestres viennent enjoindre les humains de faire gaffe avec cette fichue bombe atomique et celui où ce sont les humains qui découvrent les mésaventures survenues à leurs frères d’outre-espace suite à une manipulation imprudente de l’atome – touche pas au plutonium, bordel, ça fait bobo. Deux cas de figure où la menace est reléguée hors-champ, dans des perspectives à éviter à tout prix (là, on pense à Der Mann aus dem andern Jahrtausend) ou bien dans le récit de temps révolus. Avec Das Geheimnis des Transpluto : boum.

Oh le joli champignon atomique dans l’espace.

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Bon, pour être honnête : Weise n’est pas aussi direct, et ne décrit jamais l’Infratrotsonne comme une arme nucléaire ; il parle de soleil, dont il faut se méfier des radiations après l’explosion. Mais pour qui lisait cela, moins de vingt après Hiroshima, les allusions devaient être claires. Parus les années suivantes, Als die Götter starben (1963) de Günther Krupkat et Magma am Himmel (1975) de Carlos Rasch n’hésiteront pas à tout faire péter. Néanmoins, le roman de Lothar Weise a pour lui d’être le premier, en Allemagne de l’Est, à faire figurer une explosion nucléaire.

Voilà qui suffit à le rendre remarquable. Sans oublier les peintures d’Eberhard Binder qui illustrent le roman, avec un certain brio. Au-delà de ces aspects, le roman demeure une curiosité, qui plaira surtout à ceux qui, comme l’auteur de ces lignes, trouvent un intérêt archéologique à passer en revue la SF généralement médiocre d’une entité étatique disparue.

Pas le plus inoubliable des roman

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Introuvable : nur aus zweiter Hand
Illisible : nein
Inoubliable : fast