Il n’y a pas si longtemps que cela, dans notre Galaxie….

C’était le 28 mai 1977, et le premier volet (enfin, il s’agissait du quatrième, mais on l’ignorait encore) d’une saga intersidérale débarquait sur les écrans américains. Quarante ans plus tard, c’est peu de dire que Star Wars a exercé sur le monde culturel une influence sans précédent dans bon nombre de domaines, et c'est énoncer une évidence que d’affirmer que Star Wars est étroitement associé à la bande originale signée par John Williams. À cette époque-là, les réalisateurs s'autorisaient encore des risques de ce genre : pas de crainte que la musique pique la vedette au film. À l’heure actuelle, les soundtracks des blockbusters ont la déprimante tendance à se ressembler entre elles ( un article [en anglais] avance une hypothèse pertinente à ce sujet ).

starwars-original.jpg
 

Pour Star Wars, John Williams a accompli un travail mémorable, avec une partition qui va chercher son inspiration du côté de Wagner — emploi de leitmotivs pour chacun des personnages – comme de Stravinsky ou des serials des années 50-60. Une partition orchestrale très maîtrisée, très colorée, devenue un classique des classiques… Ce qui n’empêche pas quelques ratages par la suite, comme le score de l’épisode VII, Le Réveil de la force, signé Williams himself, peine à être à la hauteur des épisodes précédents. (Pareillement à la traîne, la musique de Rogue One signée Michael Giacchino, qui pastiche John Williams pour un résultat sans âme.)

Sans sa musique, le film de George Lucas ne serait donc pas ce qu’il est. On se souviendra de cette anecdote selon laquelle la première projection-test, sans musique et avec des effets spéciaux partiellement finalisés, avait été glacialement accueillie. On regardera, pour l’exemple aussi, cette première bande-annonce d’où la musique de John Williams est absente : l’effet s’avère tout autre.

L’édition en deux CDs de la bande originale de Star Wars en 1997, à l’occasion des vingt ans de la saga, contient quelques outtakes du « Main Title » – l’occasion de constater que la pièce musicale s’est un peu cherchée avant que Williams ne trouve la bonne intro. Une intro qui, avec son si bémol majeur, s’enchaîne à la perfection avec la « Fanfare » de la Twentieth Century Fox (victime collatérale du rachat de Lucasfilm par Disney, cette emblématique « Fanfare » a disparu des nouveaux films depuis l’épisode VII).

Bref. Dès le second semestre 1977, la bande originale de John Williams a inspiré d'autres musiciens, pour le meilleur peut-être, et surtout pour le pire. Musicalement, on retient peut-être 1977 pour un double acte de naissance : le punk avec Nevermind The Bollocks de Sex Pistols et ce qui allait donner la new wave avec les séminaux Low et "Heroes" de David Bowie. Mais il ne faudrait pas oublier que ces années-là, le disco battait également son plein. Voici donc un petit florilège de reprises de Star Wars

 

Patrick Gleeson : « Star Wars Theme (Luke's Theme) », Patrick Gleeson’s Star Wars (1977)

starwars-gleeson.jpg

Oui, la pochette de ce LP est assez laide, mais ce n’est pas une raison pour passer à côté. Et avouons-le, il faut avoir une sacrée paire de bollocks pour s’approprier ainsi Star Wars. Ce n’est pasJohn Williams’ Star Wars ni George Lucas’ Star Wars, mais bien Patrick Gleeson ’s Star Wars.

Dans le feuillet accompagnant le disque vinyle (par bonheur, le disque n’a jamais été réédité en CD), Gleeson affirme qu’il aurait été méga ravi que Lucas fasse appel à lui pour la BO de Star Wars, car il se sentait tellement le type idéal pour le faire. Si cela se trouve, cela a eu lieu, avec le présent disque… mais dans un univers parallèle. En l’état, le public doit se contenter de la partition de John Williams, et je doute que ce soit un mal.

La reprise par Gleeson du thème principal fait fi de la retenue : notre bonhomme fait joujou avec ses synthés, jusqu’à l’overdose. Et vas-y que je te rajoute un micro-solo de batterie, un arpège de synthés complètement gratuit, une ligne de basse sortie de l’hyperespace… C’est l’équivalent musicale d’une pizza saveur bolognaise kébab mexicaine, du gâteau à la crème tapissé de chantilly, plombé d’une tonne de cerises confites, et puis avec des paillettes aussi pour faire joli. Indigeste ? Oh, juste un peu.

En somme, les quelques minutes que dure « Star Wars Theme (Luke's Theme) » sont tout bonnement abominables. Si j’étais désobligeant, je dirais que tout l’album est d’un même niveau, mais ce serait exagéré : « The Tatooine Desert » est sympathique. Le morceau suivant, original pour le coup (du moins : s’inspirant assez lointainement de la partition de Williams), intitulé « Death Star », demeure médiocre malgré de bonnes intentions et l’introduction de chœurs rappelant les fous furieux de Magma. Un synthé rebondissant terriblement pataud plombe « Star Wars Cantina Music » : pwa pwa pwa… Pitié, la suite ! Pas de chance, « Princess Leia’s Theme » retombe dans les mêmes travers du too much, oscillant entre le planant et la tarte à la crème. « Droids » reprend, à sa manière, le « Dune Sea of Tatooine/Jawa Sandcrawler » avec de ridicules effets au vocoder, tandis que « Ben Kenobi’s Theme » s’essaie à un peu d’originalité, plein de cordes soyeuses.

Dans l’ensemble, Patrick Gleeson’s Star Wars est un splendide ratage

 

Tomita : « Star Wars Main Title », in Kosmos (1977)

starwars-tomita.jpg

Isao Tomita, musicien japonais décédé en mai 2016 à l’âge de 84 ans, est ce qu’on pourrait appeler un vulgarisateur, amenant à un public profane des œuvres qu’il n’aurait pas forcément écoutées – et je dis cela sans ironie aucune : c’est via Tomita que l’auteur de ces lignes a fait ses premiers pas dans la musique classique. De fait, le Japonais a repris aux aux synthés bon nombre de thèmes issus de la musique classique, Debussy comme Stravinsky, Gustav Holst comme Modest Moussorgsky ou Richard Strauss. Une manière comme une autre d’amener un public à (re)découvrir des chefs d’œuvre du classique – mais avec plein de synthés, aussi ludiques que gentiment irrévérencieux.

Son « Star Wars Main Title » évacue partiellement l’aspect épique de la musique de Williams pour proposer en lieu et place un titre très dansant. Le morceau fait mine de se terminer au bout de deux minutes, devenant soudain un pastiche de la « Lettre à Élise », comme si R2D2 enseignait à un autre robot à siffler le morceau (une métaphore du travail de Tomita ?). Puis le thème principal revient, pour un final explosif.

Oui, ça a vieilli, mais cela demeure tout de même moins inécoutable que la version de Patrick Gleeson.

 

Dave Matthews : « Main Them From Star Wars » in Dune (1977)

starwars-dune.jpg

On avait déjà évoqué Dave Matthews dans ce billet consacré aux musiques inspirées par Dune . Cet album, justement titré Dune, propose des covers sur sa face B et se conclue par deux reprises de Star Wars : « Princess Leia’s Theme », qui, après un début un brin sirupeux (mais le thème de John Williams ne l’est-il pas déjà un peu ?), se transforme en ballade portée par un saxophone, le genre de musique au son de laquelle se rouler des paloches (et plus si affinités, quand roule la grosse caisse). « Main Theme From Star Wars » donne l’impression de se retrouver au cirque. Au milieu, un bref pont où Matthews fait joujou avec les synthés rappelle Tomita ; plus loin, ça vira au rock, avec un solo de guitare électrique (et dans le genre over-the-top, cette reprise demeure un brin meilleure que celle signée Patrick Gleeson).

 

Meco Renardo : Star Wars and Other Galactic Funk (1977)

starwars-meco.jpg

Meco, de son vrai nom Domenico Renardo, s’est fait connaître avec son album Star Wars and Other Galactic Funk : si la pochette avec ses deux astronautes se tamponnant le popotin évoque certes assez peu le film de George Lucas, le titre annonce toutefois la couleur. De fait, la face A du disque consiste en une pièce instrumentale longue de près d’un quart d’heure, qui passe en revue quelques-uns des thèmes principaux créés par John Williams, le tout sur un rythme disco furieusement dansant (on me fait remarquer à l’oreillette que c’était le but recherché), avec un son aussi rond que chaleureux. On appréciera le « Graou » à 6’49" auquel succède un bref solo de R2D2 et une partie plus calme reprenant le thème de la Princesse Leia. Suivent le fameux « Cantina Band », « The Last Battle » et ses bruitages de laser par-dessus le thème épique, et « The Throne Room / End Title » pour conclure, comme de juste, cette face A. Plus brève, la face B contient trois morceaux : « Other », « Galactic » et « Funk ». Ha. Au moins le contenu est-il conforme à ce qui est annoncé sur le contenant.

Quarante ans après, c’est toujours adorablement cheesy. Et donc indispensable, comme représentant typique du space disco typique de la fin des années 70.

Dans un genre très proche, citons aussi une autre reprise disco par Galaxy 42, que l’on qualifiera gentiment d’inénarrable avec ses bip-bip R2D2-esques et ses chœurs « ouh-ah » :

Ou Bang Bang Robot , dont les seize minutes de son medle y sont à peine discernables de celles de Meco.

Et aussi : plus smooth, plus funky avec sa basse rondelette, moins chargée en bib-bip de droïdes, la version des Allemands du Graffiti Orchestra :

Sans oublier Geoff Love and his orchestra, The Galactic Force Band, le trompettiste Maynard Ferguson, The Sonic All-Stars

On pourrait continuer sans fin…

Cette succession de covers disco du thème principal de Star Wars permet de dégager quelques constantes : une rythmique qui tape, des bleep-bleep et autres bruitages, pas ou peu de paroles, une inspiration minimale. Par ailleurs, on pourra remarquer l’absence notable de la « Marche impériale » dans tout ce lot de reprises : eh oui, Dark Vador n’a pas de thème musical notable avant L’Empire contre-attaque, raison pour laquelle tout ce lot de reprises se concentrent sur le « Main Theme » et le « Princess Leia’s Theme ».

Mais si YouTube est un formidable vivier à curiosités, bon nombre de reprises restent perdues, telles des astéroïdes filant droit hors du plan de la Voie lactée. Citons ainsi ce supergroupe danois, Los Valentinos , ou ce groupe d’italo-disco, The Lovelets , dont nous n’entendrons probablement plus jamais les reprises.

 

John Rose : Music from Star Wars (1977)

starwars-johnrose.jpg

Bon, le disco, ça va bien cinq minutes mais il ne faudrait pas exagérer. L’organiste américain John Rose a redonné toute sa majesté à la musique de John Williams, tant il est vrai qu’à l’orgue, la partition en impose. Cet ensemble de reprise alterne entre moments puissants et d’autres plus discrets, nécessitant une ouïe attentive (que faisait l’ingé son ?). Au passage, certains thèmes, comme « Cantina Band », en deviennent méconnaissables, tandis que d’autres, comme le « Main Theme », acquièrent l’épaisseur de marches funèbres ou une portée quasiment liturgique. Stella irae ? Une curiosité dans tous les cas…

 

René Joly : « La Guerre des étoiles » (1977)

starwars-renejoly.jpg

Et la France dans tout cela ? Eh bien, il existe effectivement quelque chose, hélas.

Qui se souvient de René Joly ? Une brève participation à Starmania dans le rôle (mineur) de Roger-Roger l’évangéliste TV, quelques albums… et au début de sa carrière, une version chantée du générique de Star Wars. Les paroles sont commises par Étienne Roda-Gil, parolier qu’on a connu plus en verve :

«Là-bas, dans les étoiles / La guerre passe / Comme un soleil
Là-bas, le fer s'emballe / Les fusées crachent / Du sang vermeil »

Hum… Ce n’est pas fou, mais j’avoue ne pas trop comprendre à quel personnage du film René Joly fait référence dans les vers suivants :

« Pour toi, les hommes et les bêtes / Ont repris les armes / Pour toi, ils vont traverser la nuit »

Ni ici :

« Là-bas, près de la frontière de l'espérance / On voit un cerveau de fer qui luit »

En revanche, la référence à Dark Vador est plus évidente :

«Vêtu d'une grande cape noire / Et un masque sans vie / L'épée de lumière est avec lui / Et l'épée de lumière est avec lui »

Comment dire… ? Cette « Guerre des étoiles » n’est pas là quelque chose donnant foi en la chanson française. Des paroles à côté de la plaque, chantées sur un rythme exaspérement mid-tempo par une voix de fausset, des synthés désaccordés. La face B du single s’intitule « Enfant de l’univers » : nous avouons ne pas avoir tenté d'y jeter une oreille. Allez, la suite.

 

Osamu Shoji : Star Wars (1978)

starwars-osamu.jpg

Quelques lignes plus haut, on évoquait Tomita et sa reprise ludique du thème principal. Voici Osamu Shoji, musicien moins renommé, à qui l’on doit la musique du film Cobra (1982), qui, un an après son compatriote, est venu donner à ce dernier une leçon en matière de synthétiseurs (les synthés Korg PS-3300, PS-3010, 800DV, dixit les notes de production) et de « starwarsploitation ». Son Star Wars, à l’image de la pochette très manga, est une fantaisie synthétique passablement folle, et furieusement fun (à l’inverse de la tortignollitude de Patrick Gleeson), comme en témoigne ses versions baroques de « Star Wars Main Theme and Imperial Attack » et « The Throne Room », et surtout son gentiment cacophonique « Cantina Band ». Un peu de répit (si peu) est accordé à l’auditeur avec « Leia » et son glockenspiel. « The Robot Auction » vient rappeler le pouvoir déconnant des synthés.

La face B est majoritairement occupée par une longue envolée de vingt minutes, « The Space Odyssey », qui tient davantage du medley. Explorant différents thèmes mélodiques, cette odyssée spatiale s’avère bien plus sobre que les reprises de la face A, et constitue une jolie pièce de kosmische music. Le disque s’achève avec « The Desert », un retour à Star Wars qui fait resurgir le caractère angoissant de ce morceau.

Frénétique, coloré, acidulé, cosmique, il s’agit là d’une amusante distorsion de la musique de cette galaxie lointaine, très lointaine… Le cauchemar kawai de John Williams.

 

The Rebel Force Band : Living in these Star Warz (1977)

starwars-rebel.jpg

On quitte ici le domaine des reprises pour des tentatives visant à l'originalité. Unique album du groupe The Rebel Force Band, Living in these Star Warz (coquille voulue) aborde l’univers de George Lucas via un prisme pop-rock, dans la droite lignée des Beatles ou des Kinks – avec quelques années de retard, pas exactement le même talent, mais des bruitages amusants en plus et des références à Star Wars comme s’il en pleuvait. Mais foin de reprises  : il s’agit là de chansons originelles. Ça a le goût, l’odeur, ça sonne comme Star Wars, mais ce n’est pas Star Wars.

Le morceau-titre s’inspire du thème de John Williams, se veut gai, chic et entraînant… mais s’avère vite exaspérant. Suit « Don't Fall In Love With An Android », où l’on appréciera (ou pas) le passage où un clone de C3PO sermonne un clone de R2D2. « Leia » tend du côté de la power ballade un peu niaise : « Leiiia, be my lady, wow-ooh-ohh-ohh… » Allez, on allume les briquets… et on fiche le feu au vinyle ? « Chewie the Rookie Wookie » est une chanson au rythme plus enlevée, entraînante, qui, entre deux rafales de laser, fait rimer « wookie » et « galaxy ». Non, en vrai, c’est atroce. Et c’est pareil pour « A Respirator For Darth Vader », qui tend du côté de la fusion, avec quelques interventions d’un simili Vador au fil de la chanson (et l’inévitable respiration caractéristique du personnage).

La face B débute avec « Space Out », un space disco gentiment désuet avec ses guitares wah-wah délicieusement acidulées. « May The Force Be With You  » est une nouvelle power ballad dégoulinante de cordes, sirupeuse jusqu’à l’écœurement. « The Ballad of OB1» : bravo, les mecs, une strophe comme « OB1 was the one » mérite un satisfecit. « You’ll Be A Warrior » poursuit dans la lignée des morceaux précédents, c’est aussi drôle qu’imbitable. Une reprise disco (forcément) de la chanson-titre conclut le disque. Cheesy, à l’image du reste.

 

The Droids : Star Peace (1978)

starwars-droids.jpg

Si Star Wars a initié un nombre incalculable de reprises, le film a également exercé une influence sur des projets plus originaux, comme en témoigne le groupe The Droids. Formé de deux musiciens français, Fabrice Cuitad et Yves Hayat, The Droids n’a publié que trois singles et un unique album, Star Peace – le parallèle avec Star Wars relève de l’évidence. L’album débute avec le morceau bipartite « (Do You Have) The Force » : une jolie mélodie mélancolique soutenue par une rythmique imparable. Imaginez les quatre hommes-robots de Kraftwerk dans l’espace : vous y êtes.

À l’exception de ce morceau introductif, le reste de l’album n’entretient pas de lien thématique évident avec l’univers de Star Wars (ce qui n’est pas forcément un mal), mais, dans le genre de la synth-pop / space disco, demeure une tentative franchement réussie.

 

Collectif : Star Wars Headspace (2016)

starwars-headspace.jpg

Il n'y a pas que des vieilleries… Faisons un saut temporel (un « time warp » diraient d'aucuns) et regagnons le XXIe siècle. En 2016, Disney a eu une idée, passablement surprenante : demander à plusieurs pointures de l’electro de proposer leurs interprétations de l’univers Star Wars. On croise sur ce disque l’ex-jeune prodige Flying Lotus, qui offre un morceau d’electro-jazz mâtiné de bip-bip (« R2 Where R U? »), ou le duo suédois de Röyksopp (« Bounty Hunters », electro passablement sombre, martiale et éloignée de leurs morceaux habituels un brin plus rêveurs). Un drôle de projet, pas entièrement convaincant, mais qui a le mérite de montrer que, quarante après sa prime apparition sur les écrans de notre petite planète, Star Wars continue à inspirer musicalement, pour le meilleur et le pire.

Bon, votre serviteur s’en va égorger quelques ewoks et revient.