Xtro, Harry Bromley Davenport, 1982. 82 minutes, couleur.

(Ah, ces fichues lettres rares en fin d’alphabet qui obligent à fouiner dans les poubelles…)

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Un jour, Sam, le père du jeune Tony disparaît dans une grande lumière blanche. Selon le garçonnet, il a été enlevé ; selon sa mère, Rachel, il a juste fichu le camp. Trois ans plus tard, Rachel, a refait sa vie avec un photographe, Joe. Mais voilà qu’un objet lumineux non identifié s’écrase quelque part dans la campagne anglaise et laisse derrière lui une créature humanoïde. Laquelle s’empresse de ramper jusqu’à une maison non loin, où une jeune femme vit seule. L’extraterrestre déboule, et viole l’occupante. Enfin, disons qu’il la met en cloque en apposant son ovipositeur sur la bouche de la jeune femme (ça ne vous rappelle rien ?), laquelle, après quoi, accouche[1] d’un individu ressemblant comme deux gouttes d’eau à Sam. Lequel se met bien vite en quête de retrouver son fils. Lorsque c’est fait (oui, ça va vite), Rachel est bien ennuyée : quelle place dans son couple pour ce revenant ? Celui-ci prétend ne se souvenir de rien, mais sait en revanche très bien ce qu’il doit faire de son fils.

Deuxième film du réalisateur britannique Harry Bromley Davenport, Xtro louche volontiers du côté d’Alien. De fait, la méthode de reproduction de la créature extraterrestre imite celle du fim de Ridley Scott – à cette nuance que c’est ici fichtrement incohérent. L’extraterrestre n° 1 « insémine » un hôte humain, qui donne naissance à un extraterrestre n° 2 déguisé en humain, lequel « contamine » un être humain, lequel pond (euh, disons  : souffle) dans un autre hôte humain, lequel pondra des œufs, lesquels contiennent des ovipositeurs (grosso modo, juste l’appendice de l’extraterrestre n° 1). Compliqué pour si peu…

Xtro passe lamentablement à côté de ses enjeux : les relations père-fils sont survolées. Le père adoptif supporte tout juste Tony, qui le lui rend bien ; la relation entre le garçonnet et son père biologique suscite davantage le malaise, notamment dans la scène où Sam insuffle quelque chose dans l’épaule de son fils pour le transformer à son image (alerte inceste !). Au lieu de ça, Xtro opte pour des scènes d’épouvante domestique pas très inspirée : Tony se retrouve bientôt doté de pouvoirs qui lui permette de faire apparaître tout ce qu’il veut (un clown, une panthère) ou transformer un soldat en plastique en sa version grandeur nature (ce qui donne une scène certes sympa).

Tout l’intérêt de Xtro réside surtout dans les scènes d’accouchements, réjouissamment dégueulasse. Bien que pompée sur Alien, celle où la jeune femme du cottage donne naissance à Sam a de quoi marquer les esprits (comment un ventre peut-il accueillir tout ça ?) – ça a valu au film d’être censuré en Angleterre. Les aliens sont joliment monstrueux, et pas trop cheap sous cet aspect-là. La principale rupture de ton provient des scènes dans l’appartement où vivent Rachel, Joe et Tony, complètement hors de ton. Le résultat est qu’Xtro est un film hybride et pas tellement réussi, en dépit du côté un brin dérangeant de l’ensemble. Xtro évoque aussi une sorte d’anti-Starman, mais le film de HBD est sorti deux ans avant celui de John Carpenter ; disons alors que, sorti 6 mois après E.T. l’extraterrestre, Xtro en représente l’anti-thèse gore (et l'une des affiches joue bien là-dessus).

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(Parce que ça ne serait pas drôle sinon, Xtro se doit d’avoir quelques plans nichons gratuits avec Analise, la jeune fille au pair française. On n’atteint pas le niveau d’Evil Toons, qui mettait certes la barre assez haute.)

Notons enfin que le réalisateur signe aussi la musique de son film, avec une BO sous influence John Carpenter. Qui sonne quand même moins bien que John Carpenter, dommage.

Là où ça devient drôle, c’est que Harry Bromley-Davenport a donné à Xtro deux suites qui n’en sont pas et qui, de fait, n’ont de commun avec le premier titre de cette improbable série que le titre : Xtro II (1990) et Xtro 3 (1995) – plus exactement Xtro3, histoire de se la jouer Alien3.

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Xtro II , sous-titré The Second Encounter, ne possède de similitudes avec le premier de la série que la présence d’une créature extraterrestre (qui n’est donc pas la même). Tout débute dans une base enterrée à 800 mètres de profondeur : dans le cadre du projet Nexus, une expérience a lieu – expédier trois explorateurs dans un monde parallèle. Ils s’y retrouvent coincés, et appel est fait au Dr Shepard, qui est seul à être allé et revenu de l’autre dimension, ainsi qu’à une escouade de militaires. Des trois explorateurs, seule une femme revient… porteuse d’une créature hostile. La base, coupée du monde extérieur, devient le théâtre d’un affrontement entre les humains et l’insaisissable monstre. Potentiel cas d’école, Xtro II ne possède aucune des rares qualités de Xtro, à croire que Bromley Davenport a régressé pendant les huit années qui séparent les deux films. Les acteurs principaux se distinguent par leur jeu assez mauvais, notamment Jan-Michael Vincent (le héros de Supercopter…) et à l’exception de Nicholas Lea, dont il s’agit du deuxième film et qu’on retrouvera ensuite dans X-Files, dans le rôle de l’agent Krycek. La musique est naze, la créature est moche, le scénario et les décors paraissent tout droit pompés de Alien et Aliens… Surtout, le montage est un ratage : abrupt, il ne permet en aucun l’instauration d’une quelconque ambiance, d’un quelconque suspense. Bref, Xtro II a le goût et la consistance d’un navet.

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Xtro3 … c’est la même chose, mais avec d’autres militaires et sur une île. Et ce n’est pas assez mauvais pour être un nanar : le film, comme l’opus précédent, est un navet. Comme si Davenport, devenu conscient du potentiel nanardesque de sa série, avait décidé d’en jouer. Dommage pour lui (et pour nous), ça ne prend pas.

En 2013, Davenport annonçait le tournage imminent d’un Xtro 4. Pour le moment, rien.

En bref, conseillons Xtro aux amateurs. Sans être une pépite inoubliable du cinéma bis, ce premier long-métrage de Davenport s’avère tout à fait digne d’intérêt dans le genre SF horrifique, avec son lot de moments dérangeants.

Introuvable : non
Irregardable : oui
Inoubliable : meh

[1] Voui, vu l’endroit par lequel Sam s’extirpe, il s’agit bien d’un accouchement. Ça n’a pas le moindre sens, vu que l’œuf (?) a été déposé dans l’œsophage de son réceptacle humain… mais on ne va pas s’arrêter à de tels détails, non ?