Evil Toons, Fred Olen Ray, 1992. 82 minutes, couleurs.

Sorti quelques mois avant Cool World, Evil Toons s’attache lui aussi à explorer la face sombre des toons. Pour un résultat… euh. Bon, d’abord l’histoire :

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Un avertissement indispensable…

Le film débute avec David Carradine, déguisé en magicien fauché, en possession d’un livre pourvu d’une sale gueule. Autrement dit, la couverture est un visage assez vilain (« don’t judge a book by its cover », mon œil), et le volume semble possédé par un démon. Carradine tente de s’en débarrasser en se pendant (ha, ha) : le livre disparaît en même temps que meurt le magicien.

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Carradine et son Necronomicon.

De nos jours, quelque part dans une ville ensoleillée des USA : Burt, gérant d’une compagnie de nettoyage, envoie ses quatre accortes employées faire le ménage dans une maison réputée hantée avant l’arrivée des futurs propriétaires. [Cinq minutes de film viennent de s’écouler, et l’on a droit à un gros plan sur le popotin rebondi des jeunes demoiselles.] Les filles — la Chef, la Brune sexy, la Blonde sans intérêt et la prude Rousse à lunettes — ne prêtent pas foi à l’avertissement du voisin, et commencent par nettoyer la cave, avec un chouia de réticence. Elles ont à peine déplacé deux cartons qu’elles trouvent une vieille malle, que la Chef s’empresse d’ouvrir. À l’intérieur : un crâne et un kriss. Puis c’est déjà le soir, et il est temps de se détendre : la Brune entreprend de montrer ses compétences en striptease [20e minute : boob-flash numéro 1], et essaie, vainement, d’inciter la Rousse à faire de même. Raté, la Rousse se vexe et file dans sa chambre. C’est à ce moment-là qu’on sonne à la porte : David Carradine, revenu Dieu sait comment d’entre les morts, tend à la Chef un large paquet où est inscrit « Open immediately ». La Chef hésite mais finit par céder à la curiosité et ouvre donc le colis. Celui-ci contient, comme on s’en doutait un peu, le livre à sale gueule. Sûrement un livre en peau humaine : ça ne vous évoque rien ? Les illustrations font frémir les trois jeunes femmes, qui rappellent la Rousse afin de déchiffrer les textes cryptiques. Dans la chambre, la Rousse admirait son corps [25 e minute de film : boob-flash numéro 2], mais répond volontiers à l’appel de ses amies. Rechaussant ses lunettes, elle traduit le texte et ses incantations obscures… Il est question de « for that which lives not may never die ». Bon, assez déconné, il est l’heure d’aller se coucher : la Chef, la Blonde et la Rousse montent dans la chambre [30e minute : double boobs-flash !]. La Brune reste en bas en attendant son petit ami qui doit la rejoindre. C’est alors que — surprise !!! — l’un des dessins du livre prend vie !!! Un toon monstrueux, qui va violer (?) puis tuer la jeune femme. À l’étage, ses amies pensent que la Brune prend du bon temps avec son copain ; seule la Rousse a des doutes. Lorsqu’elle descend, c’est pour voir la Brune à demi nue, la bouche ensanglantée, qui lui assure que tout va bien. En réalité, le monstre a, pour des questions de budget, adopté sa pulpeuse apparence, et n’aura de cesse de terroriser les trois filles — et le petit ami de la Brune, et leur patron [47e minute : boobs-flash numéro 5, avec l’épouse du patron lui rappelant que vendredi, il trempe son spaghetti]. Et les tuer, aussi…

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La fine équipe…
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No comment.
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Ze craignos monster
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Un, deux, trois…
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… métamorphose !

Il va de soi que Evil Toons n’est rien d’autre qu’un affreux nanard, une série B entièrement assumée. Le titre se révèle quelque peu trompeur quant à la marchandise : il n’y a qu’un unique toon présent dans le film, présent à l’écran dans deux scènes uniquement… Mais entre « toons » et « boobs », la ressemblance est proche (juste une lettre ou deux qui changent, quoi), et les quatre joyeuses femmes de ménage n’ont pas peur de montrer leur poitrine — la Brune en particulier, qui passe l’essentiel du film les seins à l’air. Bien sûr, seuls les plus salaces des spectateurs s’imagineront que Evil Toons fait mine de menacer à tout moment de virer au porno lesbien.

Les seins des quatre actrices s’avèrent plus expressifs et moins insupportables que ces dernières, qui passent l’essentiel du film à s’exprimer au ralenti. Leurs personnages ont malheureusement le QI de paramécies, ce qui n’est guère aimable envers ces aimables protozoaires. Quant à David Carradine, qui assure le minimum syndical, son personnage agit et intervient d’une manière défiant la logique (que c’est dur d’être affligé du syndrome de Gandalf : « je n’interviendrai pas quand tu auras besoin de moi »). Ah, cruelle ironie du sort : son personnage se suicide par pendaison au début du film, préfigurant le décès accidentel de l’acteur d’un quart de siècle.

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À l’inverse de Cool World, Evil Toons ne cherche pas vraiment à explorer la face sombre des toons (ou si peu, juste le temps d’une scène où le monstre bave devant les seins et le petit derrière de la Brune), ni même à faire peur. Juste un film d’épouvante parodique, au scénario aussi inconsistant que son cast, et sans grande inspiration : le livre maudit, Necronomicon qui ne dit pas son nom, semble tout droit venu d’ Evil Dead. Le réalisateur, Fred Olen Ray, est un habitué des mauvais genres : depuis 1971, le bonhomme a commis (sous son nom ou sous pseudonymes) près de 130 longs-métrages, téléfilms ou direct-to-video, oscillant entre horreur, SF, érotique, drames…

En résumé, Evil Toons est atroce, ce qui le rend d’emblée indispensable. À voir de préférence entre potes, une bouteille d’alcool fort non loin — le dernier à crier « boobs » a perdu.

Introuvable : vient de ressortir en DVD
Irregardable : oui
Inoubliable : euh