XOXO: Carpe Diem, Christopher Louie (2016). 92 minutes, couleurs.

S’adresser à la tête ou au corps ? En matière de musiques électroniques, il existe notamment deux courants, symbolisés par deux acronymes aussi moches que proches : l’EDM et l’IDM. Le premier se traduit par « electronic dance music » tandis que le second signifie « intelligent dance music ». Argh, voilà d’emblée une distinction à même de hérisser le poil de tout un chacun, comme s’il existait une « stupid dance music » tandis qu’une autre ne serait que bonne à se trémousser le popotin dessus. L’IDM a pour principaux représentants Aphex Twin, Matmos (dont j’évoquais leur machine à laver par ici) ou Autechre (cœur avec les doigts pour ce groupe au sujet duquel je ne me lasse pas de bavasser), qui tous récusent le terme IDM, probable invention marketing, et si leur musique n’est pas exactement dansante, elle doit son qualificatif « intelligent » à sa propension à proposer des rythmes complexes et des sons bizarres – que l’on réécoute Untilted d’Autechre. Et l’EDM, bon, ce n’est pas exactement cela… Le terme, passablement fourre-tout, inclue notamment la techno, la house, la trance, la drum and bass, le dubstep et David Guetta, et se s’écoute (se vit) davantage dans les festivals. Voilà.

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Et hasard des choses, on tombe parfois sur des films qu’on ne pensait pas spécialement regarder, tel ce XOXO, premier film d’un certain Christopher Louie, production Netflix sortie à l’été 2016… qui se trouve s’intéresser à l’EDM. Et si je ne goûte guère ce genre musical, j’ai en revanche toujours eu un faible pour les films musicaux – j’avoue, j’ai aussi bien aimé Flashdance que le Rocky Horror Picture Show ou que la série The Get-Down. Sans même ressentir la moindre honte. Passons.

XOXO signifie certes « câlins et bisous », mais c’est ici le nom d’un festival de musique auquel les protagonistes du film ont prévu de se rendre. Il y a Ethan Shaw, sorte de DJ de chambre, qui a composé et publié sur YouTube un morceau ayant suscité quelque intérêt à en juger par l’appréciable nombre de vues, et qui, à la dernière minute, est invité à jouer ; il y a Tariq, son manager, qui peine à se défaire du giron paternel  ; il y a Krystal, jeune femme qui a prévu d’y rencontrer IRL celui qu’elle croit être son âme-sœur ; il y a Neil, vendeur de disque acariâtre qui est chargé de co-animer l’un des party-bus menant au festival ; il y a enfin Ray et Shannie, jeune couple qui ont surtout envie de s’amuser avant que leurs parcours universitaires les éloigne. En chemin, les ennuis s’accumulent pour les uns et les autres : le party-bus tombe en panne, Ethan galère à entrer sur le festival, Tariq se retrouve en plein trip lysergique à l’insu de son plein gré, Krystal se rend compte que son âme-sœur ne pense qu’à la serrer, Neil est poursuivi par des festivaliers agressifs, Ray et Shannie perdent leurs billets et se décident à passer par les égouts… Les chemins des uns et des autres vont se croiser et se recroiser ; leurs certitudes seront mises à mal, mais tout finira par s’arranger.

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Bon… Ayant avoué plus haut que j’avais bien aimé Flashdance, l’honnêteté me pousse à reconnaître que je n’ai pas détesté XOXO, en dépit de ses faiblesses et d’une musique pas vraiment dans mes goûts. Le film adopte une structure chorale assez attendue dans les rencontres en les différents personnages. Ceux-ci sont dans l’ensemble plutôt attachants, quoique le protagoniste central, le jeune DJ Ethan Shaw, s’avère vite assez tête à claque. Celui qui éveille le plus de sympathie (ou de compassion) est certainement Neil, ancien DJ devenu disquaire, passablement aigri, qui se trouve en plein décalage avec l’actuelle scène musicale, et qui menace de glisser sur la pente dangereuse menant à « vieux con ». Pour le bonheur de tous, il finira par lâcher du lest pour enfin s’éclater.

Visuellement, le film regorge de petites trouvailles pour représenter les échanges de messages (mais rien de fondamentalement surprenant ou de jamais vu), qu’il finit par délaisser. Plus intéressantes est la peinture de la faune interlope se rendant au festival XOXO, sorte de barnum coloré et hédoniste. N’étant guère familier de la scène EDM, je ne saurais trop dire s’il s’agit d’une caricature ou d’une peinture réaliste – mais à voir les photos d’un événement comme le Burning Man, la seconde hypothèse m’apparaît plausible. Heureusement, XOXO, parfois un brin moqueur mais restant bon enfant, évite de porter tout jugement à ce sujet. (Néanmoins, le film me rappelle pourquoi je ne goûte guère les festivals : trop de monde, la difficulté à se retrouver et la quasi impossibilité d’apprécier l’expérience musicale, la seule qui m’importe.)

Le film célèbre l’amour, l’amitié et la passion – celle qui pousse Ethan à faire de la musique et à décliner l’offre a priori alléchante proposée par un DJ influent, qui considère son public comme du bétail (oui, certes, le personnage est une caricature ambulante). De fait, XOXO n’évite pas les clichés : avoir du mal à insérer une clé USB à cause du stress, admettons, mais de là à vouloir l’insérer perpendiculairement à la prise, il y a une incompétence peu crédible ; le couple perdu dans les égouts qui trouve la sortie juste après s’être réconcilié ; un personnage transversal proche du deus ex machina. Sans oublier un concept très dirkgentlyesque, l’interconnectivité de toute choses faisant en sorte que les personnages se croisent pile quand il le faut (ou se loupent de manière super précise aussi), en dépit de la vraisemblance (mais, hé, il n’y aurait pas d’histoire sinon).

En somme, un film mignon comme tout, lisse et coloré, manière d’anti-Trainspotting. Rien d’inoubliable, rien de transcendant, mais une pilule de feel-good pas désagréable pour autant. (Allez, je m’en retourne me raboter les oreilles au son du dernier albums d’Autechre.)

Introuvable : sur Netflix
Irregardable : non
Inoubliable : pas tout à fait