Apparat Organ Quartet, Apparat Organ Quartet (TMT Entertainment, 2002). 9 morceaux, 47 minutes.
Pólýfónía, Apparat Organ Quartet (12 Tónar, 2010). 9 morceaux, 46 minutes.

En 2005, les Daft Punk avaient annoncé leur album Human after all comme étant « la rencontre de Kraftwerk et de Back Sabbath ». Oui, ça faisait rêver sur le papier, mais… ces deux groupes, essentiels chacun dans leur genre, avaient déjà produit un rejeton illégitime, quelques années plus tôt. Et ce rejeton a pour nom Apparat Organ Quartet. (Les Daft Punk auraient pu déclarer : « On va faire du Apparat Organ Quartet mais en moins bien », ce qui, certes, n’aurait pas été très vendeur.)

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Un disque sous-estimé mais pas très original en fin de compte.

Fondé en 1999 sous la houlette du musicien islandais Jóhann Jóhannsson, Apparat Organ Quartet est un groupe à géométrie multiple. Et ils sont cinq – quatre claviéristes au départ, certes, d’où le nom, avant que ne se rajoute un batteur. Les débuts expérimentaux ont vite laissé la place à des morceaux plus structurés, faisant la part belle aux synthétiseurs vintage et aux mélodies sous une influence kraftwerkienne revendiquée. Pas de séquenceurs, pas d’ordinateurs, que de vieux synthés au son un peu crade, sonnant souvent comme des guitares électriques, et une batterie pour dynamiser le tout.

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Playmobil power !

Leur premier disque, tout simplement titré Apparat Organ Quartet, est sorti en 2002, soit donc trois ans avant celui des Daft Punk. Cet album consiste en neuf morceaux, sous une vague influence science-fictive – gentiment régressive, à en juger par la pochette montrant le groupe sous l’apparence de bonhommes Playmobil.

Gros synthés sonnant comme autant de grosses guitares, voix vocodorisées : Apparat Organ Quartet préfigure Human after all. Et s’avère bien supérieur à l’album du duo masqué. « Notre album parle pour lui-même » disait les Daft Punk au sujet de leur troisième album ; le problème était que celui-ci n’avait pas des masses de choses à dire (en dehors d’un petit côté anti-technologique, du genre « trop regarder la télé, c’est pas bien ») et s’avérait musicalement faiblard (pas plus d’une idée par morceau, comme en témoigne « Robot Rock »). Plus modeste, Apparat Organ Quartet est un album à la hauteur de ses ambitions, n’a pas non plus de masses de choses à dire, mais s’avère surtout d’une écoute bien plus fun.

Des petites notes colorées qu’on dirait issues d’un synthé pour enfant introduisent « Romantika », avant que batterie et grosse rythmique ne débarquent au bout de quinze secondes. De vagues paroles marmonnées au vocodeur surgissent au bout de deux minutes. Véritable tube aussi crétin qu’efficace, « Stereo Rock & Roll » bénéficie d’un clip improbable, où une tribune d’officiels assistent à une représentation du groupe.

Il ne s’agit pas que de rigoler, et « The Anguish of Space Time » est un morceau plus intense et plus mélancolique. Le caracolant « Cruise Control » revient à l’immédiateté pop de « Stereo Rock & Roll ». Des sonorités dignes de la space music introduisent « Ondula Nova », un autre morceau plus aérien et plus tristounet (il n’a pas fallu attendre Everyday Robots de Damon Albarn pour savoir que les robots pouvaient avoir le blues). Retour en forme avec « Global Capital », nouveau morceau aussi sautillant que rigide, où alternent chœurs suaves et grosse voix passée au vocodeur – pas la chanson la plus convaincante du disque. « Seremonia » : oppressant et dramatique, intense dans sa montée en puissance. Morceau empreint d’une lourdeur mortifère, « Charlie Tango #2 » déploie sur sept minutes la mélancolie des robots. « Sofðu Litla Vél » commence comme l’un de ces matins mornes de gueule de bois. À vrai dire, il s’agit plutôt d’une berceuse : si Translate Google ne se moque pas de moi, le titre signifie « Dors, petit moteur ».

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8-bit power !

Apparat Organ Quartet (l'album) avait tout pour être un one-shot. Mais huit ans plus tard, le groupe s’est de nouveau réuni pour sortir Pólýfónía, second album qui s’inscrit dans la droite lignée du premier. Si « Babbage » est une gentille piste introductive, plutôt régressive avec ses sonorités guillerettes, si « Cargo Frakt », « Konami » et « Polynesia » poursuivent dans cette veine acidulée, les choses sérieuses commencent à la moitié de l’album, avec un enchaînement exceptionnel : « Pentatronik » lance les hostilités, mais le rouleau compresseur musical qui met tout le monde d’accord est « Macht den Apparat » (le pouvoir de (à ?) l’appareil »). « Síríus Alfa » poursuit avec le même sentiment d’urgence. Un quart d’heure furieux, façon révolte des machines. Les choses se calment avec « 123 Forever », qui retrouve le climat solaire du début de l’album. On termine avec «Söngur Geimunglingsins » (titre se traduisant peut-être par « La Chanson des adolescents de l’espace »), jolie conclusion pleine de spleen de l’album.

Si le groupe se produit rarement en concert, on peut toutefois apprécier sa prestation en studio de la revue KEXP de Seattle en 2012. Trois claviéristes sérieux comme des papes, penchés sur leurs synthés hors d’âge, et un batteur qui s’éclate comme un petit fou…/p>

En 2012, Jóhann Jóhannsson a quitté le groupe pour se consacrer à ses activités en solo. L’avenir du groupe semble donc compromis. À raison d’un album tous les 8 ans, on verra en 2018 s’il y a du nouveau… D’ici là, on peut écouter, réécouter les deux albums d’Apparat Organ Quartet. Theses robots rock !

Introuvable : non
Illisible : non plus
Inoubliable : pas loin