Au rang des séries de romans jeunesse injustement oubliées figure « Les Conquérants de l’impossible » de Philippe Ébly, auteur belge décédé en 2014. C’est là une série de vingt-et-un textes, publiés entre 1971 et 2004, qui oscillent entre aventure, science-fiction et fantastique. Pour votre serviteur, certains de ces romans – dont les titres, on va le voir, invitent au rêve et à l’évasion – ont fait de lui le lecteur qu’il est aujourd’hui.

La disponibilité des « Conquérants de l’impossible » étant hasardeuse, ce compte-rendu sera forcément parcellaire, se basant sur les textes sur lesquels j’ai pu remettre la main – au fond de ma bibliothèque ou dans les médiathèques parisiennes – soit la moitié d'entre eux, c'est-à-dire seulement une dizaine de volumes.

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Le premier roman de la série, Destination Uruapan, est paru en 1971. Tout commence à l’aéroport de Champaign, quelque part en Illinois : le jeune Serge Daspremont s’apprête à prendre sa correspondance pour rejoindre son père à Chicago. Il fait connaissance de deux autres Français : Marc et Raoul Forrestier. Les trois garçons sont témoins d’un vol, commis sur le tarmac. Croyant suivre un détective privé, ils se retrouvent kidnappés et relâchés en plein désert. Où ? Probablement au Mexique. Serge, Raoul et Marc se mettent en chemin, essayant de retrouver la civilisation, mais le désert est traître et semé de périls… En cours de route, ils rencontrent un jeune Indien, Xolotl, qui se propose de les amener jusqu’à la ville lointaine d’Uruapan. Pourtant, leur guide est-il digne de confiance ? Raoul et Marc en doutent, mais Serge est persuadé du contraire.

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Serge Daspremont ; illustration intérieure de Destination Uruapan par Yvon Le Gall

L’impossible, dans ce premier roman, tient moins à l’aspect fantastique, finalement peu présent, qu’à l’aventure humaine. Comme pour tout trajet, l’important est moins la destination que le parcours lui-même. De fait, le roman se conclut avant le retour des aventuriers à la civilisation. Aspect fantastique ténu, donc, mais non négligeable pour autant : Destination Uruapan connaît son point d’orgue lors d’une cérémonie de guérison quasi-mystique, où peut-être l’inconcevable se produit. Peut-être. Les protagonistes sont exténués à ce moment-là et ce pourrait bien être une hallucination. Quarante-cinq ans après sa première édition, Destination Uruapan se relit très bien. L’aventure fait fi de tout manichéisme (pas d’antagonistes, juste des personnages en nuances), célèbre le courage, la persévérance, l’amitié, la confiance.

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Marc et Raoul Forrestier, éphémères membres des Conquérants.
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La thématique temporelle apparaît dès le deuxième roman, Celui qui revenait de loin (1972). Lors de l’exploration d’une grotte, Serge, Xolotl, Raoul et Marc découvrent un lac souterrain. Un lac d’azote liquide, où flotte un corps congelé… Bien vite, nos héros réfléchissent à la manière de retirer le corps de son bain glacial, puis de le ramener à la vie. Et nonobstant les lois de la physique et de la biologie cellulaire (parce que où résiderait le plaisir sinon), ils y parviennent. C’est ainsi qu’ils font la connaissance de Thibaut de Châlus, jeune noble au caractère un brin sauvage, qui deviendra un compagnon régulier de Serge et Xolotl dans leurs aventures.

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L’Éclair qui effaçait tout (1972), c’est cet éclair qui frappe Serge et Xolotl et les envoie dans la Rome antique. Pourquoi eux et pas leurs amis ? Parce que les deux naufragés du temps portent une gourmette faite d’un alliage novateur, l’autinios… qui possède d’étranges propriété temporelles. Un alliage découvert par le professeur Auvernaux, qui deviendra un personnage secondaire régulier de la série. Bref, tandis que Serge et Xolotl tâchent de survivre dans un passé dont ils ne savent pas grand-chose, leurs amis restés à l’époque présente s’ingénient à comprendre le pourquoi du comment, et à trouver le moyen de ramener les naufragés temporels. Une aventure qui est surtout le prétexte à une exploration des bas-fonds de Rome, rarement une partie de plaisir pour Serge et Xolotl.

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Cette sympathique aventure temporelle annonce les suivantes. Mais exit Raoul et Marc. Avec L’Évadé de l’an II (1973), le groupe des Conquérants se réduit désormais à Serge, Thibaut et Xolotl. Ceux-ci sont convoqués par une vieille dame, inconsolable à l’idée que Louis XVIII soit misérablement mort dans sa geôle de la Tour du Temple. Elle leur demande, non de changer le cours de l’Histoire, mais juste de sauver le garçonnet. Voilà le trio projeté le 1er Nivôse de l’an II : ils ont un mois pour exfiltrer Louis XVIII.Évidemment, les choses ne sont pas si simples dans le Paris de la Terreur : tout le monde craint la guillotine, et le trio a bien du mal à trouver des alliés disposés à les aider.

Pas de paradoxes temporels à craindre dans ce roman : le voyage est davantage le prétexte à une aventure historique bien menée, où les enjeux sont posés sans manichéismes ni simplifications. Louis XVIII est certes un jeune enfant, mais c’est aussi un symbole, dont la libération pourrait mettre en danger la Révolution.

(Suivent trois romans, Pour sauver le diamant noir (1973), …Et les Martiens invitèrent les hommes (1974) et Le Navire qui remontait le temps (1974), que je n’ai hélas pas lus. Le premier voit nos héros faire un (petit) saut temporel pour empêcher qu’un diamant ayant appartenu à Catherine II de Russie ne disparaisse en Mer des Sargasses ; le deuxième semble relever du space opera ; enfin, dans le troisième, une substance, le « chrono-régresseur » change la personnalité de Serge, qui se prend dès lors pour un viking et se pique de traverser l’Atlantique en drakkar…)

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Le temps est aussi une notion malléable dans La Ville qui n’existait pas (1975). Au cours d’une randonnée en Auvergne, Serge, Thibaut et Xolotl découvrent une grotte aux parois étonnamment lisses. Ils suivent le tunnel et parviennent à une immense grotte souterraine, au centre de laquelle se dresse la ville de Sanderloz. Étrange cité, fondée par les Maures une douzaine de siècles plus tôt, mais ayant développé des technologies propres, ne faisant pas appel à l’électricité : des oursons, créés artificiellement, servant les humains ; un système de miroirs et de tuyaux acoustiques pour surveiller les sujets ; un mur de temps lent (la chronorésine) qui enserre la grotte dans une bulle infranchissable. Un concours de circonstance a beau faire de Serge l’héritier présomptif du chef de Sanderloz, le jeune homme et ses amis souhaitent regagner la surface. Ce qui ne sera pas si facile.

S’il est permis de trouver certaines idées quelque peu capillotractée (les oursons, ou le niveau de technologie atteint par une société autarcique, voire la simple existence d’une grotte aussi vaste – sa dimension se chiffre en dizaines de kilomètres), La Ville qui n’existait pas s’avère une très bonne aventure. Le manichéisme en est absent : l’on vit en paix à Sanderloz. Cette ville inexistante s’approche d’une véritable utopie, avec ses ambiguïtés (ambiguïtés présentes elles aussi dans le texte fondateur de Thomas More) comme la surveillance des sujets, un pouvoir seigneurial (quoique pas forcément héréditaire), l’ignorance du monde extérieur dans laquelle est maintenue le peuple.

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(Suit un roman, La Voûte invisible (1976), qui projette nos héros dans une Bretagne distante de 5000 ans et que je n’ai pas lu.)

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L’Île surgie de la mer (1977) reprend un mythe classique. Serge, Thibaut et Xolotl voyagent en tant que passagers à bord d’un cargo dont l’équipage semble mystérieusement incompétent. Le navire heurte un obstacle invisible. A bord de leur canot de sauvetage, les trois amis sont bientôt distancés par le reste des marins. Et une île apparaît soudain. Une île aux paysages idylliques, où les gens parlent latin. Recueilli par un vieil homme, Angorius, le trio découvre qu’ils se trouvent sur l’Atlantide – ou ce qu’il en reste, après l’engloutissement du continent mythique des millénaires plus tôt. Serge devient bientôt l’hôte particulier de Ténès, le souverain de l’île.

Curieusement, L’Île surgie de la mer opte pour une narration à la première personne. Un changement étonnant, pour un résultat peu convaincant et qui affadit le récit. En somme un semi-ratage. L’Île… réitère bon nombre de thématiques de La Ville qui n’existait pas, sans les ambiguïtés : le souverain Ténès est loin du peuple et exerce une surveillance constante ; pas d’oursons-serviteurs mais des esclaves vivant dans les tréfonds de l’île… qui ne rêve que de révolte. Pas de manichéismes pour autant : les aventuriers, hôtes de Ténès, feront tout pour que le renversement se fait en douceur.

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(Suit Le Robot qui vivait sa vie (1978), où nos héros rencontrent un androïde désireux… de vivre sa vie, comme l’indique le titre.)

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Il est à nouveau question de voyage temporel dans S.O.S. Léonard de Vinci (1979) : Serge, Xolotl et Thibaut sont envoyés à Milan en 1490 pour une mystérieuse mission (dont l’auteur retardera avec habileté la révélation), qui implique de contacter le génial inventeur. Las ! celui-ci ne se laisse pas aisément approcher, tant son serviteur Giacomo fait du zèle. Mais le pire survient quand Serge disparaît une nuit. L’œuvre de bandits, vraisemblablement. Tandis que Xolotl et Thibaut arpentent Milan pour retrouver leur ami, Serge fait sa convalescence dans la demeure des gens qui l’ont secouru. Problème : un coup sur la tête lui a fait perdre la mémoire… Le temps presse, pourtant, pour les trois aventuriers du temps.

Dans la lignée des précédents volumes, S.O.S. Léonard de Vinci est l’occasion d’explorer une nouvelle période du passé. Surtout, passé, présent et futur se mêlent : c’est pour résoudre une énigme qui n’a pas encore été posée que les trois amis ont été envoyés à l’époque de de Vinci. Pour le reste, le roman reste assez classique.

(Suit un roman, Le Naufragé des étoiles (1980), que je n’ai pas lu, et j’en suis fort marri car il y intervient un futur personnage récurrent. Un astéroïde menaçant de détruire la Terre est le prétexte à une nouvelle aventure temporelle.)

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Plus ambitieux est Le Matin des dinosaures (1982) : Xolotl a repéré une erreur sur une carte géographique. Une vallée des Pyrénées à laquelle plus aucune route ne mène. Pas de panique, il n’y a pas de complot, juste un projet expérimental abandonné, comme l’explique le professeur Auvernaux. Les trois amis se rendent sur place, et un autre scientifique, le professeur Martigny, leur propose de prendre part malgré tout à l’expérience. Cette vallée, protégée par un champ de force, a été vidée de tout organisme vivant – et même de son oxygène. Le but est de comprendre comment la vie a pu apparaître sur Terre, et si elle peut réapparaître sur une Terre morte en cas de désastre majeur. Grâce à un traitement spécial, Serge et ses amis ont la possibilité d’évoluer sans risque dans ce paysage désolé. Mais il y a deux-trois choses étranges : ces rocs pourvus de dessins hypnotiques qui leur interdisent l’accès à certaines zones, ces deux adolescents rencontrés plus tardivement, à qui ils n’ont le droit de poser aucune question. Et deux-trois autres choses plus périlleuses, tels les dinosaures, ou le mystérieux titane colloïdal.

Le Matin des dinosaures peut faire sourire pour ses raccourcis scientifiques : cette vallée coupée de tout revit l’évolution terrestre en une poignée de jours, sans que les échelles de temps soient respectées. Il n’empêche que le roman soulève des problématiques environnementales ainsi que des questionnements intéressants sur la science – jusqu’à quel point peut-on expérimenter ? – et sur la pérennité de la vie sur Terre. Le sense of wonder est indéniablement présent, et fait oublier les quelques facilités du récit.

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L’inquiétude du Matin des dinosaures se retrouve dans La Grande Peur de l’an 2117 (1983). Le professeur Auvernaux convoque Serge et ses amis : ses expériences (envoi de petits mammifères dans le futur) ont montré deux choses inquiétantes. La première est qu’une bonne partie de la France sera sous l’eau en septembre 2117 – bon, ça arrive et rien de trop dramatique – mais la seconde montre qu’il n’y aura plus rien en octobre de cette même année. Rien de ce qui a été envoyé en octobre 2117 n’est revenu, laissant supposer que la Terre aura disparu. Serge, Xolotl et Thibaut sont envoyés au début de l’automne 2117 pour tâcher de faire la lumière sur ces événements futurs. Et ça n’est pas riant.

En 2117, la fin de la civilisation a eu lieu : quelques décennies plus tôt, un grand cataclysme a provoqué la fonte des glaces des pôles et la montée soudaine des eaux. Les humains survivants ont trouvé refuge sur les hauteurs, où ils vivent dans des sociétés dures et primitives. Mais les trois voyageurs temporels font la connaissance d’une jeune femme, Souhi. Souhi, dont Serge a rencontré le moi futur dans Le Naufragé des étoiles et qui deviendra son épouse et la mère de son fils… Souhi, qui semble en connaître beaucoup et qui cache de stupéfiants secrets (autant que Serge, Xolotl et Thibaut lui en cachent, certes). (Spoilers ! Elle vient de l’an 4203, doit provoquer l’envoi de fusées pour résorber le CO2, ce qui causera la Grande Peur mais permettra le renouveau de la civilisation mais l’impossibilité du voyage temporel.)

Les préoccupations environnementales évoquées dans Le Matin des dinosaures sont présentes, plus fortes encore : le réchauffement climatique et l’effet de serre, d’origine anthropique, sont clairement les responsables du désastre. Les survivants mènent une vie âpre, oublieux du passé… Le pessimisme est temporisé par le semi happy-end : la solution viendra du futur. Mais cela n’empêchera nullement les temps troubles.

(Ce mini-cycle temporel se poursuit avec 2159, la fin des temps troublés (1985) et Les Parias de l'an 2187 (1986), que je n’ai – hélas – pas lus.)

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L’Ordinateur qui semait le désordre (1986) voit les Conquérants confrontés à l’informatique et aux réalités virtuelles – quelque part dans la lignée, par exemple, d’un roman comme Simulacron 3. Les quatre amis sont invités à évoluer dans une simulation de Paris, où le professeur Auvernaux teste des « particules de hasard » : tandis que Xolotl demeure à l’extérieur pour la surveillance, Serge, Souhi et Thibaut explorent ce Paris virtuel. Très vite, les choses dérapent : Thibaut disparaît et Souhi est remplacée par un double de sexe masculin. Et une étrange pluie grise tombe sur la ville à intervalle régulier. Le hasard, c’est sûr, fait mal les choses. Le roman, pas désagréable à lire, évite le poncif du Grand Méchant Ordinateur, mais n’est pas exempt de quelques facilités (les héros entre dans la simulation en passant une porte, le temps virtuel s’écoule en même temps que le temps réel, etc.).

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Xolotl et Serge
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Dix ans s’écoulent entre la parution de L’Ordinateur… et le roman suivant. Mission sans retour (1996) est un roman à part dans la série : son écriture résulte d’une collaboration entre Philippe Ébly et des élèves d’une classe de Savoie. De fait, l’intrigue prend place dans cette région. La découverte d’un bracelet en autinios amène Serge, Xolotl, Thibaut et Marine, la cousine de Serge, à voyager dans le passé. D’abord au début du XXe siècle, puis la fin du XVIIIe siècle, l’enjeu de l’intrigue résidant dans la découverte d’une source d’eau thermale — sans quoi Évian ne serait pas la ville qu'elle est. Si l’exercice a dû être charmant pour ceux qui y ont participé, le roman s’avère d’une lecture plus anecdotique, et l'enjeu dramatique soulevé par le titre ne met guère les protagonistes en danger.

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Il faut à nouveau attendre onze ans pour lire les ultimes aventures des « Conquérants » : Le Prisonnier de l’eau (2007) et Le Chien qui miaulait (2009), parus chez Temps Impossible, une maison d’édition spécialisée dans la réédition des œuvres d’Ébly. Deux aventures que je n’ai pas lues – la première propulse nos héros en plein Moyen-Âge pour comprendre l’apparition inexpliquée d’un tunnel temporel, la seconde semble une aventure médicale.

À noter enfin qu’il existe deux livres-jeux, une série intitulée « Deviens Conquérant de l'impossible » : La Montagne aux robots et L'Île aux pieuvres. (Il semblerait que l’auteur en ait écrit un troisième, La Planète rouge, jamais paru.)

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Les « Conquérants de l’impossible » fonde une grande part de ses aventures sur le voyage temporel – plus à la manière de Doctor Who outre-Manche que façon Poul Anderson et sa Patrouille du temps. Comme la série télévisée anglaise, les intrigues situées dans le passé ne sont justement pas dénuées d’intérêt pédagogique. À cette différence que nos héros voyagent seuls, quoique souvent à la demande d’une autorité scientifique : le professeur Auvernaux, découvreur de l’alliage d’autinios (ou d’autres professeurs, quand Auvernaux n’est pas disponible pour les besoins de l’intrigue). L’autinios en question – dont le nom rappelle ses composants atomiques (or, titane, nickel et osmium (source)) — remplace le TARDIS. Et le temps s’avère une chose malléable : les aventures se suivent chronologiquement, des notes de bas de page renvoyant fréquemment aux romans précédents (essentiellement ceux où les personnages se rencontrent pour la première fois : Destination Uruapan, Celui qui revenait de loin), mais la temporalité s’avère floue. De fait, la plupart des aventures se situent peu ou prou un an après Destination Uruapan. En littérature jeunesse, il n’est pas de bon ton de faire vieillir ses héros (à quelques exceptions près, tel qu’Harry Potter). La forte présence des voyages temporels (un tiers des aventures) rend ce paradoxe savoureux.

Essentiellement masculines au départ, les aventures des Conquérants voient tardivement un personnage féminin fort apparaître, en la personne de Souhi, qui accompagne nos héros dans la séquence La Grande Peur de l’an 2117 / 2159 La fin des temps troublés / Les Parias de l’an 2187.

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Thibaut de Châlus

« Les Conquérants de l’impossible » demeure probablement la plus connue des créations de Philippe Ébly, mais il ne faudrait pas réduire notre auteur à cela. En parallèle des aventures de Serge, Xolotl et Thibaut, l’auteur a également publié, toujours en Bibliothèque verte, les onze volumes des « Évadés du temps » entre 1977 et 1988, qui se consacrent aux péripéties vécues par un trio de jeunes garçons, dont l’un d’eux vient d’ailleurs. Un peu comme « Les Conquérants… » (le troisième élément du trio ne vient pas d’une autre époque mais d’un monde parallèle), avec une tonalité plus fantastique que SF, et pour une qualité moindre que la première série de l’auteur. Enfin, entre 1984 et 1986, Ébly s’est consacré aux « Patrouilleurs de l’an 4003 » : cinq romans narrent les aventures de ce quatuor d’aspirants de la Police de l’espace, à raison d’une planète explorée par aventure.

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Les tomes 1 des deux autres séries de Philippe Ébly

Depuis une dizaine d’années, l’œuvre de Philippe Ébly semble tomber dans un relatif oubli. Régulièrement réédités dans les années 70/80 (six éditions pour Destination Uruapan entre 1971 et 1995, par exemple), les romans paraissent perdre en popularité dans les années 90, en dépit de la publication de l’inédit Mission sans retour (1996). Au début des années 2000, les éditions Degliame entreprennent d’exhumer la série mais la tentative tourne court ; la maison d’édition met la clé sous la porte en 2004. Quelques années plus tard, une micro-structure, Temps Impossibles, reprend le flambeau ; après une biographie (Destination Philippe Ébly), Temps Impossibles publie deux inédits ( Le Prisonnier de l’eau et Le Chien qui miaulait), sous des couvertures discutables (pour dire le moins) et introuvables hormis sur le site de l’éditeur. Un cas de figure qui rappelle à l’auteur de ces lignes le cas de Bob Morane, série autrefois fort populaire mais dont la disponibilité des ouvrages en librairie n’a cessé de diminuer au fil des années. Dommage… « Les Conquérants de l’impossible » a beau accuser un léger coup de vieux, la série n’en demeure pas moins d’une excellente qualité générale, et – avec un brin d’indulgence et de nostalgie – se relit bien à l’âge adulte. Il en reste que les « Conquérants… » est une fort jolie série de romans ayant représenté pour quelques générations de lecteurs (dans votre serviteur) un marchepied idéal vers la SF.

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Xolotl, Thibaut et Serge