Zombie Zombie plays John Carpenter, Zombie Zombie, 2010 (Versatile). 6 morceaux, 27 minutes.

C’est peu dire que le cinéma de John Carpenter a, avec celui de Wes Craven et de David Cronenberg, exercé une influence considérable sur le genre — du moins, la première partie de carrière du monsieur, de Dark Star (1974) jusqu’à Starman (1984). Réalisateur, scénariste, monteur, Carpenter a plusieurs cordes à son arc, la moindre n’étant toutefois pas celle de compositeur : que serait Halloween sans son inoubliable thème ?

Dans un précédent billet , je disais tout le bien que je pensais de Lost Themes, premier véritable album de Carpenter, paru début 2015 et proposant neuf morceaux pour des films inexistants (et qu’on serait trop heureux de voir exister). Musicalement, les BO synthétiques de Carpenter se sont elles aussi révélées avoir un rayonnement certain. Sous nos latitudes en particulier, avec le groupe Zombie Zombie.

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Avec un tel nom, difficile d’offrir (par exemple) des balades sucrées. Wikipédia nous apprendra que le duo Zombie Zombie se compose d’Étienne Jaumet, saxophoniste du groupe de rock The Married Monk, qu’on a pu entendre parfois aux côtés de Yann Tiersen, et de Néman, membre du groupe de folk Herman Düne. N’ayant écouté ni les uns ni les autres, je ne saurais en dire plus, si ce n’est que Zombie Zombie ne relève absolument pas de la folk ou du rock.

Le premier album de Zombie Zombie, A Land for Renegades, paru en 2008, jouait pleinement le jeu de l’hommage à Carpenter, dès le premier morceau, « Driving this road until death sets you free ». Le clip recrée avec malice The Thing, en stop-motion et avec des figurines articulées façon GI Joe. Pas question d’édulcorer le film originel pour autant : la vidéo est volontiers sanglant, riche en effusions d’hémoglobine jaillissant de corps (plastiques) éventrés.

Le reste de A Land for Renegades est à l’aune du morceau introductif : une pop sombre, minimaliste, entièrement synthétique, qui assume avec fierté ses sonorités eighties.

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Deux ans après ce disque introductif, Zombie Zombie est revenu avec le présent Zombie Zombie Plays John Carpenter, un EP rendant hommage au maître de l’épouvante. Cinq morceaux le composent, tirés de la musico-filmographie du cinéaste, mais avec une nette préférence pour les années 70 (quatre morceaux).

On entame les hostilités avec « The Bank Robbery », tiré de New York 1997. Par rapport au morceau original, plutôt sage malgré des guitares funky dans le dernier tiers, et qui sert surtout des intentions cinématographiques — favoriser l’immersion du spectateur dans une scène, désolé de l’évidence —, la version ZZ se doit de remporter un défi tout autre  : fonctionner en tant que morceau indépendant, qui plus introductif, sans le support des images, sans forcément les souvenirs du spectateur (pas les miens en tout cas, j’ai vu le film il y a trop longtemps). Un pari réussi. Le morceau gagne deux minutes et une véritable intensité dramatique au passage.

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Même frénésie à l’œuvre sur « Espace from L.A. » Ici, le morceau est plus dépouillé que sa version ciné ( du moins celle-ci), et ça n’est pas plus mal. Un brin pompeux, l’original a pâti du passage des ans. La version de ZZ se concentre sur l’aspect « escape », pour un résultat haletant.

Back to basics avec «  Assault on Precinct 13 ». L’original se teinte de synthés mélancoliques, mais malgré son thème tristoune, échoue à se bâtir en tant que morceau (on l’écoute par ici). La version ZZ y remédie très bien.

« Halloween » recompose le thème du film sur près de cinq minutes. Avouons-le : les deux minutes que dure le morceau sur la bande originale sont bien trop courtes. Déployé sur cinq minutes, cette reprise du thème atteint les dimensions d’un véritable cauchemar éveillé, perturbé de nombre de sonorités bizarres. Le sommet du disque, sans le moindre doute.

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La seule fausse note serait « The Thing », qui conclut le disque de manière décevante. Mais la faute tient peut-être au morceau original, composé pour le coup non par Carpenter mais par Ennio Morricone : long, sombre, ponctué par une basse métronimique, avec une mélodie plaintive en arrière-plan  ; un orgue intervient de manière dramatique vers la fin, sauvant le thème de l’ennui. Dans la version ZZ, un drone lancine en arrière-plan, des percussions sourdes percutent. Ça bruite. Ça dure. Pas d’explosion d’orgue. Dommage.

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Avec la régularité d’un coucou suisse, Zombie Zombie a commis deux autres opus depuis cet EP. D’abord Rituels d’un monde nouveau en 2012, album où les synthés du duo lorgnent du côté de la pop psychédélique pour un résultat aussi fun qu’enthousiasmant. Puis, en 2014, la bande originale du film Loubia Hamra, qui n’a pour le coup rien à voir avec le genre — il s’agit d’un docufiction sur la guerre d’Algérie. Rien d’étonnant à ce qu’on ait fait appel au duo, vu son attrait pour le cinéma. Néanmoins, sans le support des images, cette BO déçoit un peu lorsqu’on l’écoute per se

On attend du nouveau pour 2016, que ce soit sous le haut patronnage de Carpenter ou non (mais avec de préférence…).

Introuvable : non
Inécoutable : non
Inoubliable : oui