L’Exomusicologie : une approche

Une définition consensuelle de la musicologie est de la considérer comme la science qui, en premier lieu, a pour objet la théorie musicale : sa construction, son évolution… et donc, par conséquent, l’histoire de la musique. Ou plutôt : une histoire de la musique, car force est de constater que la musicologie telle qu’elle a longtemps été enseignée ne concernait, pour l’essentiel, que la musique occidentale. L’existence d’expressions musicales non européennes était certes admise, mais leur éventuelle étude — pour autant qu’il y ait un intérêt à étudier quelque chose alors considéré comme anecdotique — relevait plutôt de l’ethnologie. Ce n’est que relativement récemment que l’expression » ethnomusicologie » a commencé à être employée pour désigner l’étude des musiques non occidentales, désormais considérées comme des domaines artistiques à part entière, dotés eux aussi d’une théorie, d’une esthétique, d’une histoire parfois aussi riches et complexes que celles de la musique occidentale. L’émergence et le développement de ce que l’on appelle la World Music participe désormais à l’idée même d’une musique globalisante, se nourrissant de l’ensemble des apports du genre humain.

Sur le modèle de l’ethnomusicologie, considérée comme l’étude des musiques prenant leur source dans des sociétés humaines non européennes, il est tentant de fonder une nouvelle science que l’on nommerait exomusicologie ; un nom qui suggère clairement qu’il s’agirait de l’étude des musiques produites par des sociétés non humaines.

D’emblée, le concept s’avère ambiguë puisque le qualificatif de « société non humaine » peut d’emblée désigner une organisation sociale qui se serait développée au sein du règne animal — ce qui pose une première question : comment définir le concept de « société animale » ? Si celui-ci s’avère pertinent, peut-on considérer que de telles sociétés utilisent les sons (les bruits) de manières comparables aux démarches des sociétés humaines ? L’objet de cette étude est complexe : la gestion des sons (bruits) relève de projets très divers tels que communiquer, ritualiser, émouvoir, divertir… Les baleines « chantent-elles » pour des raisons qui nous échappent et qui relèveraient d’un autre propos que celui de communiquer ?

L’exomusicologue peut aller encore plus loin : tout simplement en prenant comme objet d’étude une société extérieure au territoire que représente la planète Terre. L’exomusicologie deviendrait alors la science ayant pour objet les musiques des sociétés extra-terrestres. Une science virtuelle, une science imaginaire… mais une science tout de même car une fois posé — et décrit au niveau de ses interactions — le cadre dans lequel une musique (ou ce que l’on considèrera comme tel) se déploie, son étude peut se faire d’une manière respectueuse d’une certaine démarche scientifique.

Bien évidemment, à ce stade de notre projet, l’exomusicologue et l’écrivain de science-fiction ne feront plus qu’une seule et même personne. Et la musique étudiée devra être considérée comme une expression musicale d’un état d’esprit science-fictif — au même titre qu’un roman relève de l’expression littéraire de ce même état d’esprit. Au passage, on relèvera que c’est dans ce cadre — et seulement dans celui-ci — que fait sens et prend rang de concept l’expression « musique de science-fiction », d’ordinaire extraordinairement galvaudée et utilisée sans le moindre discernement.

La page Kickstarter du projet de musique extraterrestre de Francis Valéry.