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( ), Sigur Ros, Fatcat/Bad Taste (2002). 72 minutes, 8 morceaux.

On ne présente plus Sigur Ros. Si ? Groupe islandais ayant acquis renommée grâce à ses albums où il développe une musique tantôt vaporeuse, tantôt tellurique – notamment sur son dernier effort, Kveikur (2013). ( ) est le troisième disque de Sigur Ros, que d’aucuns le qualifient de chef d’œuvre. Le titre est des plus significatif : ( ) est un véritable cocon sonore… Une parenthèse (ben oui, désolé) longue d’une heure, au sein de laquelle l’auditeur est invité à se blottir. Le disque se divise lui-même en deux parties : les quatre premiers morceaux (aucun ne porte de titre) sont d’une ambiance lumineuse ; suit une trentaine de secondes de silence (à comparer avec le temps nécessaire pour changer la face d’un disque 33 tours ?) ; les quatre morceaux suivants, plus longs, plus amples, sont également d’une humeur bien plus mélancolique. Le sommet de l’album est l’avant-dernier morceau, une plongée de treize minutes dans un monde éthéré et déchirant. Un disque à écouter surtout au plus profond de l’hiver, en particulier lorsqu’il fait sombre et qu’il neige dehors. Cela étant dit, en été, il est tout à fait permis de trouver la voix plaintive de Jon Birgisson particulièrement insupportable et les morceaux relativement répétitifs entre eux.

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†, Justice, Ed Banger Records (2007). 48 minutes, 12 morceaux.

Inutile non plus de présenter le duo Justice, un temps pressenti comme hérauts de la French Touch 2.0. Lorsque (à lire « cross »), leur premier disque est sorti en 2007, la critique musicale les a volontiers intronisé comme successeurs des Daft Punk, ces derniers donnant alors l’apparence d’être entré en pré-retraite (il allait falloir alors patienter trois ans pour écouter la BO, discutée et discutable, de Tron: Legacy, et trois ans encore avant le très discuté et très discutable Random Access Memories). Bref. s’est fait connaître par un malentendu : le single « D.A.N.C.E. », hommage sincère à Michael Jackson mais véritable scie musicale (désolé). Et qui fait tache au sein du disque. Celui-ci, volontiers sombre, suit une véritable montée en puissance au fil des morceaux. « Genesis » jusqu’à « One Minute to Midnight », c’est une montée dans l’épouvante. « Phantom pt. II », qui se base sur un sample des Goblins pour la bande originale de Tenebrae de Dario Argento, ou « Stress » forment sans conteste les sommets de l’album. Mais, en troisième position, après deux morceaux introductifs très efficaces, il y a « D.A.N.C.E. », que le matraquage sur les ondes radio a fini de rendre insupportable au-delà du manque de qualité intrinsèque du titre. Heureusement que la suite tient mieux la route. est également un représentant parfait du son du label Ed Banger : du gros son bien gras bien crade, un véritable mur sonore en somme, qui ne laisse que peu de répit aux oreilles de l’auditeur. Un peu, ça passe. (Audio, Video, Disco, deuxième disque de Justice, si l’on omet les lives, n’est pas aussi mauvais qu’on a pu le dire lors de sa sortie en 2011, mais n’est pas non plus des plus convaincants. Depuis, Justice semble suivre la voie daftpunkienne : le silence, avant un retour dans quelques années ?)

Sigur Ros et Justice ayant leur public et une notoriété déjà acquise, inutile de s’y attarder davantage. Penchons-nous sur des disques un tantinet plus obscurs.

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&&&&&, Arca, mixtape autoproduite (2013). 25 minutes, 14 morceaux réunis sur une piste.

On parlait du jeune producteur prodige Arca tout récemment. En début d’année, le musicien a (res)sorti en douce une mixtape titrée &&&&&. Et comment prononce-t-on cela, hein ? je vous le demande… Et et et et et ?? Esperluette esperluette esperluette esperluette esperluette ? Blague à part, &&&&&, longue de vingt-cinq minutes, brasse les sonorités déjà entendue dans Xen et de nouvelles. Quinze morceaux inventifs s’y enchaînent à toute vitesse : un hip-hop tantôt mutant tantôt urbain y côtoie des mélodies fragiles en provenance d’une autre planète ; des voix distordues se posent sur des fonds électroniques instables. Les machines y règnent en maître, mais on croise un piano déglingué au détour d’un morceau. Et, comme sur Xen, l’humanité demeure présente dans cet ensemble de vignettes musicales. Bref, &&&&& est un EP brillant et virtuose, et Arca est grand. (Est-ce un effet voulu ou une conséquence de la compression ? Par endroit, le son est saturé et assez crade. Dommage.)

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~, K, Bandcamp (2013). 33 minutes, 3 morceaux.

~ est le premier disque d’un jeune musicien russe, K. Et comment prononce-t-on cela au fait ? Tilde ? d’exposant K ? Blague à part, K est un jeune musicien russe, Ivan Kamaldinov, âgé de même pas vingt ans et déjà auteur de trois disques en autant d’années, dont le tout dernier, Lumi, est sorti en février dernier sur Bandcamp (ce site est une mine d’or). ~, symbole à lire, ou plutôt à voir comme une vague. Trois morceaux seulement composent ~, trois pièces d’ambient mêlée de drones. Des sonorités minimalistes, des pièces instrumentales se déployant sur la durée – aucun des trois morceaux n’est inférieur à dix minutes –, une ambiance propre à faire baisser la température de dix degrés… (Parfait pour les périodes de canicule.) Les mauvaises langues pourront arguer que faire de l’ambient est simple : quelques nappes de synthés très lentes, une atmosphère réfrigérante, une pochette de disque sobre, et le tour est joué. Faire de l’ambient qui vaille le coup d’être écouté sur la durée demande cependant un minimum de talent, et K est loin d’être dénué. Biosphere, alias le pape de l’ambient, paraissant en semi-retraite depuis quelques années (depuis 2012, il n’a guère réédité que ses vieux albums avec des fonds de tiroirs [pas dégueus, certes]), il y a sûrement une place à prendre…

La page de l’album.

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Je pensais finir ce billet sur un groupe nommé ||||, trio mêlant chanson française et rock sévèrement teinté d’électronique, mais |||| s’étant renommé Dernière Transmission pile au moment de la rédaction de cette partie-ci du billet (mercredi 10 juin 2015, 18h15, je ne plaisante pas…), la pertinence de l’inclure dans cette billet en a pris un coup. Il est vrai que ||||, ce n’est pas très facile à prononcer et Dernière Transmission, c’est carrément plus faisable pour n'importe quel organe buccal. Mais écoutez quand même Dernière Transmission : les trois morceaux mis en ligne sur Bandcamp sont intéressants, droit dans la lignée de Mendelson. (Pas convaincu par la voix du chanteur, cela étant dit.) Et en cherchant ||||, je suis tombé sur autre chose.

L’on va donc parler à la place de ||||, |||| et ||||. Attention, méfiez-vous des apparences, ce n’est pas du tout la même chose… Ce sont là trois albums, de trois artistes différents publiant sur Bandcamp mais portant le même titre (c’est en partant à la recherche du groupe |||| et ne le retrouvant pas que j’ai trouvé à la place ces disques-ci).

 

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||||, Mi Or and the Pedestals, Bandcamp (2009). 40 minutes, 2 morceaux.

D’abord, il y a ||||. Il s’agit du quatrième album du musicien/groupe new-yorkais Mi Or and the Pedestals. Le troisième s’appelle ^^^, le deuxième ---. Quant au premier, son titre est Sarah Lyddon Morrison (parce que). Les noms des morceaux sont à l’avenant, forcément. |||| ne compte que deux morceaux, titrés « Side A » et « Side B », longs d’une vingtaine de minutes chacun. « Side A » est porté par un son strident, tandis que des frottements de cordes retentissent çà et là ; peu à peu, le rythme s’accélère (oui, c’est un morceau un peu stressant), une voix puis plusieurs se font entendre. Le Ligeti de « Lux Aeterna » n’est pas loin. « Side B » poursuit dans la lignée grinçante et inquiétante…

La page de l’album.

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||||, Francesco Calandrino, Bandcamp (2012). 49 minutes, 8 morceaux.

Ensuite, ||||. Quatrième album (là aussi) de l’italien Francesco Calandrino. Le disque s’ouvre sur une piste titrée « 27.05.12 », que l’on imagine volontiers enregistrée ce même jour, quatre jours avant la mise en ligne de l’album sur Bandcamp. ||||, ce sont essentiellement des improvisations « à la maison », faites de cordes triturées. « Comme si un gamin de quatre ans faisait joujou », diront les mauvaises langues à l’écoute, avant d’ajouter : « et s’enregistrait sur son dictaphone ». Pas faux. De fait, là aussi, on imagine le musicien enregistrer ces morceaux dans son jardin ou son salon, tandis que les habitants de la maisonnée vaquent à leurs occupations sans chercher à faire preuve de la moindre discrétion. Sans surprise, la prise de son est moche, ce qui n’aide pas à apprécier des morceaux chiants comme la pluie… On peut faire l’impasse sans regrets. (Calandrino ne semble pas dépourvu d’humour. Le morceau « S. Chiara », dont la couverture est tirée de l’Enfer de Dante par Giotto, est vendu 666€.)

La page de l’album.

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||||, Astrosuka, Bandcamp (2014). 27 minutes, 7 morceaux.

Enfin, le plus récent de ces trois disques homonymes est paru en novembre 2014 et est l’œuvre du groupe argentin (?) Astrosuka. Et non seulement le titre de l’album est imprononçable, mais celui des morceaux l’est aussi. (A en juger par la discographie, cela semble une marque de fabrique du groupe.) Qu’on en juge : ᏨᗋД, Տ㐎⊛Ɓ⊛㐎Ꝛ ou [ΞΞ]… Astrosuka propose dans cet EP sept morceaux des plus expérimentaux, sur un mode pop pas déplaisant. Sonorités étranges, voix déformées, rythmiques technoïdes déglinguées, mais une efficacité pop étonnante. Quoique furieusement déviante. Pour un peu, certains morceaux de |||| s’avèrent même dansants. Si s’on s’appelle Nao le petit robot et qu’on a chopé un virus dans le cerveau positronique, c’est juste impeccable. Des trois disques titrés ||||, c’est celui-ci qui s’avère le plus convaincant.

La page de l’album.