Que ce soit en librairie ou en kiosque, pas de trêve estivale pour les deux principaux éditeurs de comics en France que sont Panini et Urban Comics. Les super-héros étant omniprésents sur les écrans de cinéma en ce mois de juillet, on ne s’étonnera pas de voir de nouveaux albums apparaitre en nombre sur les présentoirs des libraires.

Urban Comics publie ainsi pas moins de quatre albums consacrés à Batman et/ou aux personnages présents dans The Dark Knight Rises. Outre celui consacré à la série Catwoman par Ed Brubaker et Darwyn Cooke, dont je vous disais déjà le plus grand bien le mois dernier,deux autres mettent en vedette le grand méchant du film : Bane, personnage jusqu’à présent très peu connu du public français (je serais d’ailleurs bien incapable de citer une seule de ses apparitions ayant pu faire l’objet d’une traduction chez nous).

La Revanche de Bane réunit deux récits : le graphic novel Vengeance of Bane de 1993 et la mini-série Bane of the Demon de 1998, tous deux réalisés par Chuck Dixon et Graham Nolan. Le premier revient sur les origines du personnage, la seconde le voit affronter Ra’s al Ghul.

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Bane est un personnage qui se situe aux antipodes des adversaires traditionnels de Batman. Pas de look exubérant (il a des allures de catcheur mexicain), pas de comportement délirant, c’est un individu froid et calculateur qui, en plus d’une intelligence hors du commun, possède une force tout aussi phénoménale, et privilégie l’efficacité plutôt que le panache. C’est un personnage tout à fait dans l’air du temps de cette époque, représentatif de ce style grim ‘n’ gritty qui caractérise les années 90 dans le monde des comics.

C’est également un pur produit des romans populaires, comme nous le rappelle La Revanche de Bane. Né dans une sordide prison de la république bananière de Santa Prisca, il se retrouve très vite livré à lui-même, lorsque sa mère meurt, perdu au milieu d’une population carcérale peu recommandable. Dès son plus jeune âge il doit apprendre à survivre seul, à vaincre ses peurs, à se défendre contre ses geôliers et ses co-détenus. Après avoir servi de cobaye au cours d’une expérience scientifique qui va le doter d’une force surhumaine, il est laissé pour mort, mais va très vite revenir sur place régler quelques comptes avant de se préparer à affronter celui qu’il s’est choisi comme némésis : Batman.

Le récit de Dixon et Nolan n’évite aucun des passages obligés d’un tel récit (et ne cherche d’ailleurs pas à les éviter) : l’enfant terrifié dans le noir, son premier meurtre, les brimades et les tortures qu’il subit et surmonte, autant d’étapes inévitables dans la construction de l’homme qu’il va devenir. Rien de tout ça n’est très original, mais le récit fonctionne, et le classicisme des dessins de Nolan évite le sordide de certaines situations. Le seul élément qui s’intègre assez mal dans cet ensemble est l’obsession de Bane pour Batman, présenté au départ comme une simple légende urbaine que se racontent les prisonniers. C’est le seul vrai ratage de cette histoire. Sur l’accessoire Chuck Dixon réussit un travail tout à fait honorable, mais il évite de s’interroger sur ce qui devrait lier Bane à Batman. Du coup, La Revanche de Bane ne peut être qu’anecdotique.

Anecdotique, l’autre récit au sommaire de cet album, Le Fléau du Démon, l’est tout autant. Bane y croise la route d’un vieil adversaire de Batman, Ra’s al Ghul. La rencontre entre deux intelligences supérieures, où chacun évite l’affrontement direct et préfère placer ses pions au cours d’une partie d’échec de longue haleine. L’opposition entre les deux personnages fonctionne bien, d’autant plus lorsque Talia, la fille de Ra’s al Ghul, vient envenimer la situation avec toute la grâce dont elle est capable. Le seul souci de cette histoire est qu’elle sert de prologue à un crossover paru en 1998, Legacy, crossover à ce jour inédit en France, si bien que la plupart des questions soulevées au cours du récit n’y sont pas résolues et que le lecteur ne peut que rester sur sa faim.

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Mais le gros morceau en ce qui concerne Bane, c’est la parution du premier tome de l’intégrale de Knightfall, crossover de 1993 resté inédit en France jusqu’à ce jour. Un pavé de 340 pages réunissant quatorze épisodes de Batman et Detective Comics. Le lecteur y suit en détail l’opération lancée par Bane dans les rues de Gotham pour éliminer Batman, et dont la première phase consiste à libérer les occupants de l’asile d’Arkham. Bane n’intervient pas directement et se contente d’observer à distance son adversaire qui va laisser toutes ses forces à poursuivre le Joker, le Chapelier Fou, Poison Ivy et quelques autres. Batman va ainsi connaitre une véritable descente aux enfers. Déjà peu fringuant lorsque le récit démarre, il se retrouve assez vite dans une situation désespérée et ne peut guère qu’espérer retarder l’inévitable. De ce point de vue, Knightfall fonctionne bien. Revers de la médaille, à force de voir Batman affronter des super-vilains à la chaine, le récit n’évite pas une certaine sensation de répétition. Jusqu’au dernier épisode, brutal, qui même vingt ans après continue de faire son petit effet.

Du point de vue graphique, le résultat est très inégal. Les planches de Norm Breyfogle et de Graham Nolan, bien que très datées, sont plutôt réussies, celles du vétéran Jim Aparo sont franchement médiocres. En revanche les scénaristes Chuck Dixon et Doug Moench sont parfaitement synchrones et se renvoient la balle d’un épisode à l’autre avec une belle fluidité. Le résultat se lit avec un plaisir certain.

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Le dernier album du mois consacré à Batman est le deuxième tome de Grant Morrison présente Batman, intégrale annoncée en huit volumes des travaux du scénariste écossais sur ce personnage. Comme je n’ai pas évoqué la parution du tome précédent le mois dernier, faisons d’une pierre deux coups.

Après les X-men et avant Superman (dans All-Star Superman puis Action Comics aujourd’hui), Grant Morrison s’est donc attelé à revisiter l’univers de Batman, ce qui ne s’est pas toujours fait sans hauts cris du côté des fans du personnage. Quoique c’est moins son univers que le personnage lui-même qui a intéressé le scénariste. On ne verra pas dans ces deux premiers tomes défiler l’habituelle galerie de ses adversaires : le premier épisode débute par l’arrestation du Joker, le dernier adversaire de Batman encore en liberté. Gotham désormais nettoyée de ses criminels, Morrison peut s’intéresser à son véritable sujet : Batman, qu’il l’envisage du point de vue de ses différentes incarnations, de ses héritiers ou de ses produits dérivés plus ou moins frelatés.

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Même si Batman a toujours entretenu une relation père-fils avec les différents adolescents qui ont porté le costume de Robin, la question de son héritage n’a jamais été aussi prépondérante que dans ces premiers épisodes puisqu’il y découvre l’existence de son fils, Damian, élevé jusqu’alors dans le plus grand secret par Talia et transformé en véritable machine à tuer. Difficile d’imaginer relation plus conflictuelle qu’entre ces deux-là. C’est aussi pour Morrison un moyen d’humaniser Batman, que sonder ce qui se cache derrière le masque.

Le scénariste s’amuse également à décliner Batman sous différentes formes. Ce sont d’abord les faux-Batman qu’il affronte, fruit d’une expérience ratée de la police de Gotham pour lui donner un successeur au cas où il disparaitrait. Ce sont également les membres du Club des Héros, déclinaison internationale du mythe. Et puis c’est cette courte visite dans le futur de Gotham City, dans un épisode (le six cent soixante sixième de la série) apocalyptique qui voit s’affronter deux incarnations ténébreuses du personnage.

Pour imaginer ces récits, Grant Morrison n’hésite pas à plonger dans les recoins les plus obscurs de l’histoire de Batman. C’est là qu’il a déniché le Club des Héros, croisés jusqu’alors dans un unique épisode de 1955, ou l’histoire de Zur-en-Arrh, un monde extraterrestre visité en 1958, et qui occupe pourtant une place centrale dans le second tome de cette histoire. Le récit de Morrison puise dans la richesse de ce terreau auquel il a accès, dans près de soixante-dix ans d’histoire, qu’il réinterprète à sa guise. Le résultat est souvent passionnant.

Ce premier tome est d’autant plus réussi que Grant Morrison collabore avec deux des meilleurs dessinateurs du moment : Andy Kubert et J.H. Williams. Dans un style toujours proche de celui de son père, Kubert livre comme à l’accoutumée une prestation impeccable, souvent sublimée par le scénario lui-même – l’affrontement au milieu de l’exposition de pop-art est une merveille. Quant à Williams, son travail sur les épisodes mettant en scène le Club des Héros est absolument sidérant. L’artiste y adopte un style de dessin différent pour chacun des personnages qu’il met en scène, empruntant à Dave Gibbons, Steve Rude, Howard Chaykin et quelques autres les caractéristiques de leur trait, tout en conservant à ses planches leur homogénéité.

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Le deuxième volume de Grant Morrison présente Batman entretient certains points communs avec Knightfall. Au cours de son affrontement contre le Gant Noir, la réunion de criminels qui s’est mise en tête de l’éliminer, on assiste au fil des épisodes à la destruction progressive de Batman et de Bruce Wayne. Pour Morrison, c’est l’occasion d’une plongée dans la psyché torturée du personnage qui lui permet de mettre à jour les failles préexistant dans ce personnage. Le récit est plus linéaire que dans le premier tome, mais il n’en est pas moins riche pour autant. Grant Morrison continue de s’approprier le personnage et son univers et parvient à en donner une vision singulière, nourrie des histoires et du travail des auteurs qui l’ont précédé. Ce qui en fait à la fois une œuvre parfaitement moderne et l’un des plus beaux hommages que l’on puisse rêver. Seul bémol : Andy Kubert et J.H. Williams ont cédé la place à Tony Daniel, dessinateur assez médiocre dont le travail n’est jamais à la hauteur du scénario de Morrison.

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Si Urban Comics a parfaitement su profiter de la sortie en salles de The Dark Knight Rises pour proposer en librairie une offre variée et de qualité, il n’en va pas tout à fait de même chez Panini. Certes la quantité est là, quatre titres également, mais côté qualité il est permis de rester sceptique.

Passons sur Spider-Man : Season One, seul véritable inédit au programme et énième redite des origines du personnage. Zappons également Brand New Day, épisodes datant de moins de cinq ans mais déjà oubliés tant ils sont quelconques. Signalons la réédition de l’Intégrale 1965, indispensable puisque signée du duo Stan Lee / Steve Ditko, et évoquons enfin un peu moins brièvement l’autre intégrale du mois, inédite en librairie celle-ci, consacrée à l’année 1981. Non que ce soit un grand cru d’ailleurs. Elle est signée, pour la majorité des épisodes au sommaire, Denny O’Neil et John Romita Jr.. C’est une année de transition, O’Neil ayant pris les rênes de la série au cours de l’année précédente et les abandonnant définitivement fin 81, après que Michael Fleisher, Bill Mantlo et J.M. DeMatteis sont venus boucher quelques trous dans le planning de publication.

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Pour dire à quel point cette période est médiocre, l’évènement le plus marquant qui s’y déroule est la première apparition d’Hydro-Man, super-vilain composé à 100% d’eau comme son nom l’indique. Autrement dit une resucée aquatique de l’Homme-Sable. O’Neil en est d’ailleurs tout à fait conscient, puisque quelques numéros plus tard il fait se rencontrer les deux criminels, et même les fusionne au cours d’un épisode en forme d’hommage un peu niais à King Kong.

Le reste du temps on croise Namor à plusieurs reprises, les Terrifics ou le Fantôme Rouge et ses Super-Singes. Côté privé la vie de Peter Parker n’est guère plus palpitante : un problème de voisinage dû à un apprenti-chanteur, une voisine dont il tombe amoureux avant de découvrir qu’il s’agit d’une Atlante en guerre contre Namor, et toujours l’insipide Deborah Whitman en guise de fiancée. Bref : on s’ennuie. Les épisodes bouche-trou sont plutôt pires encore, même si Bob McLeod réalise une jolie prestation lorsqu’il met en scène une rencontre entre Spider-Man et Moon Knight. Le reste du temps, un tout jeune John Romita Jr. apprend encore ses gammes, et l’on reconnait davantage l’encrage de Jim Mooney que son propre trait.

Le seul épisode vraiment réussi au sommaire est l’Annual #15, écrit par O’Neil mais surtout dessiné par Frank Miller, épisode qui était jusqu’à ce jour resté inédit en France. Spider-Man y affronte le Docteur Octopus et le Punisher. Le scénario est plaisant, mais c’est surtout la prestation de Miller, encré par Klaus Janson, qui fait de cet épisode un incontournable. Rythmé par les différents projets de une du Daily Bugle, le récit fait en permanence le va-et-vient entre la salle de conférence du journal et l’extérieur où se joue le destin de cinq millions de New Yorkais.

Ce seul épisode justifie-t-il l’achat de cette intégrale ? Vous ferez en fonction de vos moyens. Pour ceux qui ne veulent lire que le meilleur parmi le demi-siècle d’aventures du perso, ce volume est globalement très dispensable. Gardez plutôt vos euros pour l’année 1982, scénarisée par Roger Stern , début d’une période faste, qui sera poursuivie l’année suivante par le duo De Falco / Frenz.

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Dans la production Panini du mois, on conseillera plutôt et sans réserves le deuxième tome de Deadpool Max, par David Lapham et Kyle Baker, presque aussi barré que le premier. L’effet de surprise ne joue plus, mais le résultat reste hautement réjouissant et grandement vulgaire. Extrait de dialogues (après l’amour) pour se mettre dans le bain : Elle : « Tu as un petit kiki, tu n’as aucun rythme et les bruits que tu fais, on dirait que tu as avalé une très petite poule. » Lui : « Te faire l’amour, c’est comme de baiser le tunnel du Mont Blanc. Il y a eu trop de passage. »

Ce Deadpool-ci, qui n’a de commun avec celui de l’univers Marvel traditionnel que le nom et le costume, continue d’évoluer dans un monde de malades mentaux où il pourrait presque passer pour sain d’esprit, même lorsqu’il devient le papa attentionné d’un baigneur en celluloïd ou qu’il traumatise les gamins dans un orphelinat. Dans ce monde-là, de pauvres bouseux deviennent des terroristes internationaux, les membres d’Al Qaida sont nettement plus fréquentables que les scouts, et l’on a confié aux types les plus cons de la Terre la charge de la protéger de toute menace terroriste. Va t’étonner après que toute cette histoire se termine par des centaines de milliers de morts.

Comme dans le précédent volume, Lapham et Baker continuent de tirer sur tout ce qui bouge, ne respectent rien et rient de tout. Dans un bordel permanent, ils se permettent tout et n’importe quoi, mais n’oublient pas de nous rappeler de temps à autre que ce monde débile et navrant qu’ils mettent en scène est bien le nôtre. Avant de lui lancer un nouveau doigt d’honneur.

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Presque aussi foutraque mais hélas beaucoup moins réussi, Vengeance réunit une mini-série signée Joe Casey et Nick Dragotta. Retour dans l’univers des super-héros traditionnel, où apparait un nouveau groupe baptisé la Brigade des Jeunes. Les plus anciens lecteurs se souviendront peut-être de l’équipe de gamins dirigée par Rick Jones qui dans les années soixante suivait à distance les exploits des Vengeurs. Casey nous en offre ici une nouvelle incarnation punk.

Joe Casey est un scénariste capables de proposer des idées originales (ses WildCATS faisaient se rencontrer le monde des super-héros et celui de la haute finance, ses épisodes d’Uncanny X-Men sortaient de la norme) qu’il a le plus grand mal à mettre en scène de manière cohérente. C’est le cas une nouvelle fois dans Vengeance, récit qui fourmille d’idées et de personnages intéressants jetés en vrac dans un récit inintelligible à force de partir dans tous les sens. On découvre de nouveaux visages prometteurs (une Miss America sud-américaine, Annihilateur Ultime, grande gueule et chef de bande), on en retrouve d’autres perdus de vue depuis des lustres (Stacy X, la prostituée mutante qu’il avait créé dans Uncanny X-Men, l’Agent 18 disparu depuis ses épisodes de Cable), ainsi que toute une armée de vilains connus (Crâne Rouge, Loki, Fatalis) ou inconnus (les Jeunes Maitres du Mal que va devoir affronter la Brigade des Jeunes). On voyage aux quatre coins du monde et dans des dimensions parallèles. L’ensemble est à peu près incompréhensible mais est truffé de scènes réussies, amusantes ou tragiques. Joe Casey a l’air de s’amuser comme un petit fou, l’excellent Nick Dragotta au dessin est comme un poisson dans l’eau dans cet univers foutraque au possible. On est content pour eux mais on aurait aimé qu’ils pensent de temps en temps à leurs lecteurs.

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Finissons-en avec les parutions librairie en évoquant rapidement Fury : Peacemaker de Garth Ennis et Darick Robertson. Parue en 2006, cette mini-série était restée inédite en France jusqu’à aujourd’hui. Ennis et Robertson avaient déjà consacré il y a quelques années un récit au personnage de Nick Fury sous le label Max. Cette fois, ils reviennent aux origines du personnage en situant leur action durant la Seconde Guerre Mondiale. On y découvre les premiers pas de Fury en Tunisie, en 1943, puis fin 44 en Allemagne au cours d’une mission commando.

On connait la passion de Garth Ennis pour la dernière guerre. Il a signé dans ce cadre quelques-uns de ses meilleurs récits (la série de one-shots War Story chez DC/Vertigo, qu’il faut lire absolument). Cet épisode n’est pas à ranger dans la même catégorie. Après une première partie un peu hors-sujet, Ennis place son héros dans une situation aussi étonnante qu’improbable, avec pour enjeu pas moins que la fin prématurée de la guerre.

Dans les années 60, Stan Lee et divers dessinateurs (le plus assidu étant son frère Larry Lieber) avaient mis en scène les aventures de Nick Fury et de ses Howling Commandos durant la Deuxième Guerre Mondiale. Garth Ennis a choisi de ne pas suivre ce chemin. Son Fury n’est pas un meneur d’hommes, c’est un solitaire, qui préfère la guerre à l’armée. Le portrait qu’il fait du personnage n’est pas inintéressant, en revanche son récit est trop lent et statique et se termine sans éclat. En outre, si Darick Robertson est loin d’être un tâcheron, il n’a jamais été très doué pour les scènes d’action, et toutes les scènes de combat qu’il réalise ici sont ratées. Sa prestation finit de faire de ce Fury : Peacemaker une lecture tout à fait dispensable.

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Dans les kiosques, l’évènement du mois, c’est le redémarrage de tous les mensuels Panini au numéro 1. Certains en profitent pour changer de titre (Marvel Heroes, Marvel Icons et Marvel Stars sont rebaptisés respectivement Thor, Iron Man et Hulk) et tous voient leur pagination augmenter (de 96 à 112 pages pour la plupart, à l’exception de Wolverine et Deadpool qui passent de 48 à 64 pages). Une décision qui semble avoir été prise dans la plus grande précipitation, aboutissant dans certains cas à des phénomènes étranges. Pour la revue Avengers, c’est ainsi le deuxième numéro 1 de l’année (la revue avait été lancée en janvier). Plus embêtant, la nouvelle série US Incrédible Hulk avait été lancée il y a deux mois dans les pages de Marvel Stars. Les lecteurs néophytes souhaitant découvrir le personnage et qui se procureront le numéro 1 de Hulk y trouveront donc…le quatrième épisode, et devront se contenter de quelques lignes de résumé pour comprendre l’intrigue en cours. Davantage de préparation de la part de l’éditeur aurait permis d’éviter ce genre de bévue.

Dans le cas des titres X-Men, ce redémarrage est plutôt justifié. C’est le cas au moins pour X-Men et pour Wolverine, c’est plus problématique pour X-Men Universe : n’espérez pas comprendre quoi que ce soit aux épisodes d’Uncanny X-Force figurant au sommaire si vous n’avez pas lu les précédents.

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Wolverine accueille la nouvelle série mutante, Wolverine & the X-Men, signée Jason Aaron et Chris Bachalo. Après la mini-série Schism, les X-Men se sont scindés en deux équipes : d’un côté celle de Cyclope, qui reste sur l’île d’Utopia et se prépare à prendre des mesures de plus en plus extrêmes pour lutter contre les forces qui menacent les mutants : de l’autre l’équipe de Wolverine, partie s’installer dans l’ancienne école du Professeur X, et où les étudiants doivent pouvoir mener une vie aussi normale que possible. Wolverine y est entouré de visages connus : Kitty Pryde, Iceberg, le Fauve, chargés d’assurer les cours et la logistique.

Wolverine & the X-Men débute sur le registre de la comédie : une inspection académique qui menace de tourner au désastre, une attaque surprise du Club des Damnés nouvelle formule, composé exclusivement de gamins aussi bien nés que mal élevés. L’assaut prend très vite des allures cataclysmiques, mais Jason Aaron choisit de s’amuser de tout ce chaos (et le dessinateur Chris Bachalo encore plus, il excelle dans ce registre) plutôt que de dramatiser la situation. Confirmation que tout cela n’est que pour rire : on trouve parmi les nouveaux étudiants un dénommé Broo, autrement dit un bébé Brood, en temps normal l’une des créatures les plus dangereuses de la galaxie, ressemblant comme deux gouttes d’eau à un Alien. Ici, plutôt que de le faire dévorer ses camarades de classe, Aaron préfère le voir tomber amoureux de sa voisine de table. Tout cela ne vole sans doute pas très haut, mais dans la franchise X-Men, le sérieux et la gravité ont si souvent été de rigueur qu’on est ravi de pouvoir enfin s’amuser avec ces personnages.

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Ceux qui préfèrent leurs mutants sans humour trouveront sans doute davantage ce qu’ils recherchent dans les pages de X-Men n°1. Passons rapidement sur le one-shot X-Men : Regenesis, pénible énumération où les mutants sont invités l’un après l’autre à choisir leur camp. « Tout est Sinistre » est le premier épisode de la nouvelle série Uncanny X-Men, par Kieron Gillen et Carlos Pacheco. On y assiste au retour de Mr. Sinister et le scénariste trouve enfin un usage, aussi farfelu soit-il, au Céleste qui prend la poussière depuis des lustres dans le Golden Gate Park de San Francisco. Un premier épisode très bavard, en attendant de voir dans quelle direction devrait aller la série. La plus grosse déception vient de Pacheco, qui signe ici une prestation tout à fait médiocre, en tous cas bien inférieure à ce qu’il a pu réaliser par ailleurs (la faute à l’encreur Cam Smith ? Je ne pense pas).

Le reste de la revue est consacré à deux épisodes de X-Men Legacy, dans lesquels l’équipe de Rogue, coincée à l’autre bout de l’univers, est mêlée à une guerre intergalactique. Si vous n’avez pas lu les épisodes précédents, vous ne risquez pas de comprendre quoi que ce soit à cette histoire…

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Spider-Man 1 est en revanche tout à fait conseillé aux nouveaux lecteurs, puisque y débute une nouvelle série, Avenging Spider-Man, en même temps qu’un nouveau crossover : Spider Island.

Avenging Spider-Man est l’œuvre de Zeb Wells et de Joe Madureira, dessinateur qui s’est fait rare dans le monde des comics ces dernières années et dont les nouveaux projets sont suivis assidument par un nombre conséquent de lecteurs. Je ne déteste pas son style en général, mais ce premier épisode est graphiquement atroce. Les planches de Madureira ont été mises en couleurs sans être encrées, procédé de plus fréquent, alors que le résultat est systématiquement déplorable. On aperçoit encore les crayonnés sous les couleurs, les aplats noirs sont remplacés par des bruns boueux, passez-moi un sac je vais vomir. Comme en plus le scénario de Zeb Wells est plus couillon qu’autre chose (les Subterranéens de l’Homme-Taupe sèment la panique durant le marathon de New York), on ne sauvera strictement rien de ce désastre artistique.

Plus rigolos sont les prémisses de Spider-Island, évènement qui va nous occuper jusqu’en octobre. Sans qu’on sache encore tout à fait pourquoi ni comment, un nombre sans cesse croissant de New-Yorkais se trouvent subitement dotés des super-pouvoirs de Spider-Man. S’en suit très vite un bordel invraisemblable, où tout le monde tisse partout, marche au plafond et s’échange des mandales. L’idée pourrait prêter à ricaner, le résultat est pour l’instant assez distrayant.

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Finissons cette revue de presse par deux hors-séries. Avengers Extra 3 réunit deux annuels d’Avengers et sont l’œuvre de Brian Michael Bendis et Gabriele Dell’Otto. On y retrouve Wonder Man, fâché avec son ancienne équipe depuis quelques mois déjà et décidé à passer à l’action. Considérant que les Vengeurs représentent une menace pour la société, il réunit une équipe de seconds couteaux (des zozos aussi prestigieux que D-Man, Century ou Captain Ultra) et s’en va casser la gueule à ses ex-collègues, estimant avec finesse que la meilleure façon de leur faire entendre raison est de leur taper sur le crâne de manière répétée. On assiste donc à 72 pages de baston, joliment illustrée par Dell’Otto. N’attendez surtout rien d’autre de ce récit. Ceci dit c’est joli. Mais con. Mais joli.

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Marvel Universe H.S. 13 est à peine moins bourrin. On trouve au sommaire la mini-série Marvel Universe vs. Wolverine, laquelle fait suite au Marvel Universe vs. The Punisher, paru dans ces mêmes pages il y a un peu plus d’un an (in Marvel Universe H.S. 9). Le scénario est toujours signé Jonathan Maberry, mais Laurence Campbell a succédé à Goran Parlov (et il s’en tire très bien, dans un style plus sombre mais tout aussi efficace).

Ces deux récits se situent dans un univers où, à la suite d’une pandémie, la majorité de la population, super-héros compris, s’est transformée en cannibales. On avait déjà les Marvel Zombies, déclinés dans plusieurs mini-séries, voici donc les Marvel Anthropophagus.

L’action de Marvel Universe vs. Wolverine se situe avant la précédente, lorsque les héros espèrent encore pouvoir enrayer le mal. Plusieurs des épisodes qui y sont mis en scène avaient déjà été évoqués dans le récit précédent, mais Maberry y revient plus en détail.

Même si le procédé n’a aujourd’hui plus rien de nouveau, on peut s’amuser en voyant des personnages tels que Spider-Man ou la Chose commettre des actes atroces, couverts de sang, les tripailles encore chaudes de leurs victimes collées à leur costume. Mais Maberry joue assez peu la carte de l’humour noir, dans cette mini-série encore moins que dans la précédente. Il préfère accentuer le côté désespéré de la tentative de Wolverine et de quelques autres pour mettre un terme à cette folie qui s’est emparée du monde. Avec un manque de résultat qu’on connait à l’avance. Pas sûr que le premier degré et la dramatisation soit ce qui convient de mieux à une telle histoire, mais au moins cela permet-il à cet univers de se différencier assez nettement de celui des Marvel Zombies. Quoiqu’il en soit, bon appétit.

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Checklist :

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La Revanche de Bane, Urban Comics, 160 p, 15 €
Knightfall tome 1, Urban Comics, 352 p, 28 €
Grant Morrison présente Batman tome 1 & 2, Urban Comics, 272 & 310 p, 22,50 €

Spider-Man : l’Intégrale 1981, Panini Comics, 300 p, 28,40 €
Deadpool MAX tome 2, Panini Comics, 144 p, 13,20 €
Vengeance, Panini Comics, 144 p, 13,20 €

Fury : Peacemaker, Panini Comics, 144 p, 13,20 €
Wolverine 1, Panini Comics, 64 p, 4,30 €
X-Men 1, Panini Comics, 112 p, 4,80 €

Spider-Man 1, Panini Comics, 112 p, 4,80 €
Avengers Extra 3, Panini Comics, 72 p, 4,90 €
Marvel Universe H.S. 13, Panini Comics, 96 p, 5,50 €