Après le déferlement de nouveautés du mois dernier, on revient aujourd'hui à un rythme plus raisonnable, Dieu merci ! Les éditions Ditis publient deux titres supplémentaires, et pour l'instant la qualité continue d'être au rendez-vous.

1960-05_calvin-m-knox_complot-contre-la-terre.jpgCalvin M. Knox 
Complot contre la Terre 
(Science-Fiction n°165, Ditis)

Calvin M. Knox1, dont c'est le premier roman publié en France, a imaginé un intéressant récit mêlant aventures spatiales et espionnage. Lloyd Catton est le premier Terrien à rejoindre la Commission Interstellaire d'Enquête sur le Crime. Il est chargé de mettre un terme à un trafic de pierres précieuses possédant des propriétés hypnotiques et capables de transformer quiconque les regarde trop longtemps en légume. La tâche s'annonce compliquée, elle le sera plus encore lorsque Catton découvrira que ce commerce dissimule un complot plus vaste encore et visant directement la Terre.

Complot contre la Terre  joue sur deux terrains de manière assez habile. D'un côté l'enquête menée par le personnage principal qui, si elle prend parfois des raccourcis abrupts, est dans l'ensemble bien menée. De l'autre des scènes spectaculaires qui constituent autant de moments forts de ce roman : évacuation en urgence d'un vaisseau spatial plus rapide que la lumière, périple au cœur d'une jungle hostile, etc. Monsieur Knox semble être encore un jeune écrivain, mais il fait déjà montre d'un talent et d'une maîtrise appréciables. Souhaitons le relire prochainement, si possible dans un cadre plus ambitieux.

1960-05_andrew-north_fusee-en-quarantaine.jpgAndrew North
Fusée en Quarantaine
(Science-Fiction n°167, Ditis

Je disais le mois dernier grand bien des Naufrageurs de l'Espace, et espérais qu'Andrew North nous en proposerait bientôt une suite. Voilà qui est chose faite, puisqu'on retrouve dans Fusée en Quarantaine l'équipage du Solitaire. Cette fois, les corsaires de l'espace ont maille à partir avec un vaisseau concurrent, mais également de dangereux hommes-crocodiles et, de manière plus insidieuse, avec une mystérieuse maladie qui frappe les uns après les autres les membres d'équipage.

Ce second roman est un peu moins bon que le précédent, même si on a toujours autant, et peut-être même davantage de plaisir à retrouver le jeune Dane Thorson et ses compagnons d'infortune. La première moitié du roman est impeccable. Monsieur North 2 s'avère très inspiré lorsqu'il s'agit de décrire la civilisation de la planète Sargol, fort différente de la nôtre. En outre, l'action ne manque pas, qu'il s'agisse d'une bataille rangée face à de mortelles créatures aquatiques ou des manigances de concurrents du Solitaire pour s'emparer de leur contrat d'exploitation de ce monde.

La suite, qui voit les corsaires tomber victimes d'un mal étrange, est moins réussie. L'action se trouve nécessairement confinée à bord du Solitaire, les péripéties se font plus rares et l'on finit par s'ennuyer quelque peu. Néanmoins, Fusée en Quarantaine constitue dans l'ensemble une lecture distrayante, et l'envie de retrouver ces personnages reste toujours aussi forte.

1960-05_richard-bessiere_generations-perdues.jpgF. Richard-Bessière 
Générations perdues
(Anticipation n°157, Fleuve Noir)

Puisque nous en sommes à parler de suites, évoquons tout de suite les deux nouveautés du Fleuve Noir, puisque dans les deux cas les romanciers ont choisi de revenir à  un univers qu'ils avaient précédemment mis en scène. C'est ainsi que F. Richard-Bessière poursuit les évènements tragiques décrits dans Terre Degré 0. J'avais déjà dit tout le bien que je pensais de ce roman sombre et pessimiste. Le romancier fait presque aussi bien dans cette seconde partie. La situation sur Terre s'est encore aggravée, le chaos semble régner partout. Réfugiés dans une ferme isolée, les héros du précédent tome tentent de mener une vie normale. Mais le monde extérieur va rapidement les retrouver et les contraindre une nouvelle fois à s'impliquer dans les affaires du monde.

Générations perdues est tout aussi noir que son prédécesseur, et évite aussi habilement d'apporter des réponses manichéennes à une situation complexe. L'action se poursuit sur Vénus, où une communauté de scientifiques va tenter de donner naissance à une utopie en coupant tous liens avec la Terre afin de ne pas répéter les mêmes erreurs. Intention louable, qui hélas n'aboutira qu'à un désastre de plus.

F. Richard-Bessière, par un procédé assez habile, étend son intrigue sur plus de deux siècles, permettant d'évaluer cette expérience sur une longue durée. Le propos que développe l'auteur semble parfois un peu à l'étroit dans le cadre trop strict de la collection, et aurait mérité certains développements que les 192 pages réglementaires n'autorisent guère. Il n'empêche que ce roman, ainsi que le précédent, font partie des meilleures œuvres de son auteur.

1960-05_peter-randa_baroud.jpgPeter Randa 
Baroud
(Anticipation n°158, Fleuve Noir)

J'avais également dit grand bien de Survie, premier roman de Peter Randa dans la collection Anticipation. En comparaison, sa suite est une déception. Baroud met une nouvelle fois en scène Ariézi et Maubert, criminels de droit commun devenus les premiers à conquérir cette planète et à établir des relations avec sa population. Cette fois, la menace vient d'une autre race extraterrestre qui tente à son tour de s'établir sur ce monde. Et l'affrontement semble inévitable.

Baroud n'est qu'une suite d'escarmouches opposant les deux camps, assez quelconque et peu imaginative dans son déroulement. Les envahisseurs ne semblent jamais constituer une menace particulièrement dangereuse pour les humains, malgré la technologie très avancée dont ils disposent. Surtout, l'ensemble est terne et plutôt ennuyeux. Seul élément un peu distrayant dans ce récit : le général envoyé de Terre pour diriger la colonie vénusienne, caricature du militaire aussi borné qu'incompétent, et qui ne va cesser de mettre des bâtons dans les roues d'Ariézi et Maubert. Malgré cela, Peter Randa ne confirme pas pour l'instant le potentiel que laissait présager Baroud. Souhaitons que ce ne soit que partie remise.

1960-05_franck-ebory_mat-aux-automates.jpgFranck Erboy 
Mat aux automates
(Espions de Demain n°131, l'Arabesque)

Je pense que je vais cesser de parler des parutions des éditions de l'Arabesque. Mat aux Automates est le quatrième roman publié sous le label « Espions de Demain », et il est tout aussi mauvais que ses prédécesseurs. Le point de départ n'est pourtant pas inintéressant : aux Etats-Unis comme en URSS, les autorités découvrent que certains postes haut placés de l'armée sont occupés par des robots. En France, une femme, Emmanuela Winterher est chargée d'infiltrer un hôpital allemand d'où semblent provenir ces créatures.

Le propos de Monsieur Erboy n'est pas clair du tout. Il est d'abord question de robots ressemblant à  des êtres humains, puis au cours de l'enquête on nous parle d'insémination artificielle. Voilà qui ne tient guère debout. Mais l'aspect scientifique ne semble pas du tout intéresser l'auteur, préférant enchaîner les scènes musclées parfois pimentées d'un zeste d'érotisme de mauvais goût. Le résultat est une ineptie totale, à ne lire sous aucun prétexte.

1960-05_donald-allen-wollheim_le-mystere-des-lunes-de-mars.jpgDonald A. Wollheim
Le Mystère des Lunes de Mars
(Science-Fiction-Suspense n°7, Daniber)

De la première fournée de titres s-f publiés par Daniber (pas moins de six romans, rappelons-le), mes seules réserves concernaient les deux signés Donald Wollheim. Mauvaise nouvelle : on retrouve son nom en couverture de cette nouvelle parution. Bonne nouvelle : Le Mystère des Lunes de Mars est meilleur que ses prédécesseurs.

Cette fois, Monsieur Wollheim n'alourdit pas son récit d'interminables passages didactiques. Mieux, sa visite de Mars est tout à fait intrigante et tient en haleine le lecteur durant la majeure partie de l'histoire. Une colonie terrienne s'est installée sur la planète rouge, au milieu des vestiges d'une civilisation qui semble avoir disparu corps et bien. On ne sait rien de leur histoire, ni comment fonctionnent leurs appareils, parfaitement conservés malgré  leur âge. Lorsque la Terre ordonne l'abandon de Mars, jugée insuffisamment rentable, un petit groupe de scientifiques décide de rester sur place. Bien leur en prend puisqu'ils trouveront enfin les réponses à  toutes leurs questions.

Comme souvent dans ce genre de récit, l'attente constitue la partie la plus agréable du roman, et lorsque les explications arrivent, on n'est pas pleinement satisfait. C'est le cas ici. Les extraterrestres que l'on rencontre ne constituent pas une menace très crédible, en conséquence de quoi les derniers chapitres tombent un peu à plat. En revanche, le secret des lunes de Mars, qui donne son titre au roman et concerne la nature de ces satellites, est plutôt étonnant et bien amené. On conseillera donc au final ce troisième roman de Donald A. Wollheim, qui malgré quelques imperfections se situe dans la bonne moyenne de la collection.

1960-05_albert-higon_la-machine-du-pouvoir.jpgAlbert Higon
La Machine du pouvoir
(Le Rayon Fantastique n°71, Gallimard)

Trois mois seulement après Aux Etoiles du Destin, son premier roman, Albert Higon est de retour au Rayon Fantastique avec un livre très différent. Son coup d'essai était un agréable space-opera, un peu désuet, cette fois le romancier semble être allé chercher l'inspiration du côté d'A.E. Van Vogt.

Les premiers chapitres font assez penser à George Orwell : une société absurde, déshumanisée, dirigée par un computeur géant, la Machine qui donne son titre au roman. Than Horn, le héros de ce livre, se sent épié en permanence depuis son retour. Lorsqu'il découvre que sa fiancée a été envoyée contre son gré dans le pire endroit de la planète, il comprend qu'il n'a plus le choix et doit agir, quitte à être mis au ban de la société. Or c'est tout le contraire qui va se produire, puisqu'il va être nommé Président !

A partir de ce moment, le récit va brusquement accélérer et ne marquera pas la moindre pause jusqu'à son terme. Than Horn se retrouve au milieu d'un chaos absolu ou machines et humains s'affrontent, s'allient et s'entretuent à un rythme stupéfiant. Des dizaines de personnages apparaissent et disparaissent tout aussi vite, se dédoublent, se déguisent. On assiste à une farandole invraisemblable à laquelle on ne comprend pas grand-chose mais par laquelle on se laisse emporter. Le résultat devrait ravir les amateurs du Monde des A et flanquer la migraine aux autres. Quoiqu'il en soit, La Machine du Pouvoir confirme qu'Albert Higon possède un indéniable talent. Souhaitons le revoir bientôt dans un style plus personnel et plus maîtrisé.

1960-05_brian-aldiss_l-espace-le-temps-et-nathanael.jpgBrian Aldiss
L'Espace, le Temps et Nathanaël
(Présence du Futur n°39, Denoël)

Nouveau recueil de nouvelles en Présence du Futur, signé cette fois de Brian Aldiss, auteur dans la même collection du roman Croisière sans escale. Quatorze textes relativement courts, rangés par thèmes dans l'ordre indiqué par le titre (la troisième partie est un pot-pourri où sont abordés divers sujets variés). Les premières nouvelles me semblent être les plus réussies. Brian Aldiss y met en scène des civilisations extraterrestres tellement avancées que l'humanité, en comparaison, y apparait minuscule et dérisoire. Ce sont les membres du tribunal chargé de décider de la vie ou de la mort de la Terre (« Procès »), ou l'incroyable machine de guerre de « T ». L'auteur fait également montre d'une formidable imagination et d'une maîtrise stylistique sans faille dans « Psychlope », relation inédite entre un père et son fils.

La suite est presque aussi bonne. On y retrouve la fragilité du genre humain face à l'inconnu et à la nature : la catastrophe qui frappe l'Afrique dans « Le Mascaret », les voyageurs temporels de « Le Peuple de l'Echec ». Le ton n'est pas toujours aussi grave, Monsieur Aldiss sait également faire preuve de légèreté (les mésaventures picaresques du roi de « Pour battre les Shubshubs », l'extraterrestre enfermé dans un zoo de « Pogsmith ») ou s'adonner à une science-fiction des plus classiques (les extraterrestres prisonniers de « Hors les Murs », l'univers policé de « Reflets »).

Quels que soient les sujets qu'il aborde, Brian Aldiss se montre toujours aussi à l'aise. Cette maîtrise permanente, ajoutée à la variété de ses thèmes, font de L'Espace, le Temps et Nathanaël un excellent recueil, à lire séance tenante.

1960-05_fiction-78.jpgFiction n°78

Très bon numéro de Fiction, une fois de plus, dans des registres très éclectiques. L'avenir est noir si l'on en croit Claude Veillot, dont « Les Premiers Jours de Mai » décrit la destruction de l'humanité par une race de mantes religieuses extraterrestres. Dans un univers d'après-guerre, Robert Sheckley fait quand à lui preuve d'une ironie mordante lorsque le dernier homme sur Terre rencontre un groupe de jeunes femmes survivantes (« Retour aux Cavernes »). Excellent texte également que celui de Theodore Sturgeon (comme toujours serait-on tenté de dire), un triangle amoureux dont l'un des côtés est assez singulier (« Le Singe vert »).

Côté science-fiction, on trouve trois autres textes de moindre intérêt : « Le Yoreille » de Pierre Véry, plus connu pour ses œuvres policières, est assez amusant mais pas tout à fait convaincant. « Dialogue avec le Robot » d'Anthony Boucher est un texte ambitieux interrogeant le sentiment religieux dans un monde futuriste, mais la démonstration peine à convaincre. Quant à « Et s'il n'en reste qu'un… » de Poul Anderson, cette rencontre entre le dernier communiste et le dernier capitaliste n'est au final qu'anecdotique.

Les nouvelles fantastiques sont dans l'ensemble d'un bon niveau. « Dents pour dents » baigne dans un climat inquiétant, où les enfants d'une petite ville font tous le même rêve, et la chute est affreuse à souhait. L'histoire de doubles racontée par Victoria Lincoln dans « Témoignage perdu » et celle d'une femme sombrant progressivement dans la folie dans « Vers un autre Pays sans nom » de Monique Dorian sont bien menées mais manquent un peu d'originalité. Néanmoins, tous ces textes sont dignes d'intérêt et vous feront passer quelques bonnes heures de lecture.

1960-05_satellite-29.jpgSatellite n°29

Du côté de Satellite en revanche, après une sensible amélioration le mois dernier, on retombe dans la médiocrité habituelle. On trouve pourtant au sommaire de ce numéro des écrivains capables, mais aucun ne se montre très inspiré. Le meilleur texte est certainement celui d'Algis Budrys, « Erelia », histoire douce-amère et nostalgique d'extraterrestres condamnés à vivre loin de leur monde. « F comme laboratoire » de Michel Demuth est un aimable plaidoyer en faveur de la science-fiction, mais on a connu l'auteur plus imaginatif. « Modèle dernier cri » de Sam Merwin Jr. part d'une bonne idée (un général de l'armée américaine découvre qu'un fabriquant de jouets connait les plans des nouvelles armes en cours de conception) mais nous laisse un peu sur notre faim, malgré une jolie chute. Quant à « Un Soleil nommé Goutte de Sang » de Randall Garrett, cette histoire d'anthropologie appliquée à une race extraterrestre aurait mérité un récit moins convenu. Les autres textes ne méritent même pas qu'on les mentionne.

Quant au roman du mois, « L'Intemporelle » de Marie-Claire Hausard, j'avoue avoir abandonné la lecture de cette histoire de voyages temporels avant sa fin. Néanmoins, après cinq mois de nouvelle formule de Satellite, il est temps de constater que celle-ci ne fonctionne pas. En particulier, à l'exception de celui signé par André Louvigny le mois dernier, les romans qui nous ont été proposés sont tous absolument lamentables, nuls, illisibles ! Il est probablement temps pour les responsables de la revue de remettre en question certains choix, et d'envisager certains remaniements qui apparaissent de plus en plus nécessaires au fil des mois.

1 En réalité, il s'agit d'un pseudonyme de Robert Silverberg (note du rédac'chef).