(parution initiale in Bifrost n°29 - janvier 2003)

Tout le monde va en prendre plein la gueule !

Souvenez-vous l’an dernier, nous tapions allégrement sur (liste non exhaustive) un roman (?) de Jacques Sadoul, les organisateurs (?) des Utopiales, les couvertures (?) d’Imaginaires Sans frontières, Daniel Conrad (?), Bragelonne & co… Cette année, nous remettons le couvert avec joie.

Petit rappel : les Razzies sont un anti-prix. L’entreprise se veut subjective, bête et méchante et n’a qu’un seul but avoué, celui de vous faire sourire (pour ce qui est de la liste des buts inavoués car inavouables, elle est disponible au siège de la rédaction et pourra être remise en mains propres contre un chèque de 60 000 euros). Dernière précision : nos choix prennent et prendront toujours en compte l’aspect événementiel qui entoure le lauréat. En d’autres termes, les Razzies ne sont pas uniquement motivés par la qualité intrinsèque des textes et œuvres en compétition, mais aussi par le contexte de leur publication.

Et on s’amuse, et on rigole !

  • Le Prix de la pire nouvelle francophone est décerné à Léa Silhol pour « Xolotl », probablement le texte le plus vain et le plus prétentieux de l’année (in Etoiles Vives n°9 - le Bélial’). Dans la même catégorie, nous accordons par ailleurs une mention spéciale à « Arbitrage » de Laurent Genefort (Galaxies n°26), publié en grande pompe et qui nous a grandement pompé.
  • Imaginaires Sans frontières a décidé de publier la tétralogie de Kathleen Ann Goonan sur les nanotechnologies, a priori une publication des plus respectables, ladite tétralogie étant précédée par une flatteuse réputation. Corollaire, Galaxies n°26 fait un dossier sur cette autrice avec, comme pierre angulaire, sa novella « Les Tournesols », lauréat amplement mérité du Prix de la pire nouvelle étrangère, un texte qui nous aura permis de vérifier qu’en fin de compte, Kathleen Ann Goonan c’est un mélange de Greg Egan (les idées vertigineuses en moins) et de Paul J. McAuley (la pyrotechnie stylistique en moins). On notera aussi que cette œuvre d’un ennui impérissable est traduite (?) à la concasseuse par Lionel Davoust, un jeune homme probablement très sympathique mais en guerre contre les subtilités de la langue française (à l’année prochaine dans les Razzies, Lionel ?).
  • Pour ce qui est du pire roman francophone, il est clair que cette année les éditeurs se sont mis en quatre (voire plus) pour nous servir. Avec Eridan de Jenny Dornie (Mnémos), la série de Didier Quesne sur les sangliers mutants (Nestiveqnen), le diptyque de Mickaël Karle (Mnémos), La Chute des mondes d’Alexis Aubenque (Florent Massot) ou encore L’Empreinte des dieux de Rachel Tanner (ISF), il y avait de quoi remplir un quart de la BNF. Après moult concertations, nous tenons donc à saluer le travail visionnaire de l’éditeur Alexis Aubenque, qui publie La Chute des mondes… d’ Alexis Aubenque, une initiative qui aurait aussi bien pu mériter le Prix Putassier. Sur le quatrième de couverture de ce chef-d’oeuvre éternel de la littérature mondiale, il est écrit qu’Alexis Aubenque « n’a qu’un souhait : faire exploser la barrière qui limite la S-F à une communauté de spécialistes ». Pari gagné : son roman (?) s’arrache chez les nains de jardins !
  • Prix du pire Roman étranger : Dernière chance pour l’humanité de Robert J. Sawyer, un must du n’importe quoi, bâclé et grotesque (critique in Bifrost n°27). On se permettra par ailleurs de citer l’(in)existence de La Maison Corrino (avant-Dune n°3) chez « Ailleurs & Demain ».
  • • Pour la pire traduction, impossible, en dépit d’une rude concurrence, de passer à côté du travail de Iawa Tate, notamment sur La Danse des six lunes de Sheri S. Tepper (J’ai Lu « Millénaires »), tout simplement illisible en français (critique in Bifrost n°26).
  • Pour ce qui est des pires couvertures (catégorie qui déchaîne les passions chaque année) étaient nominés (entre autres) : François Bertrand pour la couverture de L’Empreinte des dieux de Rachel Tanner chez ISF, ??? ??? pour les couvertures de Mickaël Karle chez Mnémos (on a oublié le nom de l'illustrateurNote de Clément
    Après vérification, il s'agit d'un certain Erwann SURCOUF, qui n'a d'ailleurs plus rien illustré par la suite.
    … mais pas ses couvertures !), Sofiane Tilikete pour l’ensemble de la série L’Assassin royal chez J’ai Lu, Jean-Michel Ponzio pour Le cycle de « Ller » T. 1 de Delia Marshall Turner, toujours chez J’ai Lu (qui a fait très fort cette année), Philippe Jozelon pour sa couverture du Mike Resnick chez ISF, Laurent Astier pour ses couvertures de Colin Marchika chez Mnémos. L’heureux gagnant est François Bertrand pour L’Empreinte des dieux chez ISF, qui réussit la gageure de produire une couverture plus calamiteuse (même si moins niaise) que le texte qu’elle illustre. Etonnant ! (Signalons la belle performance de l’éditeur, dont les produits sont les supports des lauréats de ce prix sur deux années de suite !)
  • Le Prix Putassier est remporté haut la main par Thomas Day et son Resident Evil, un livre (?) torché en trois semaines qui a permis à son auteur de payer ses factures de vidéos pornos en souffrance. Comble de l’ironie, Thomas Day devient par la même occasion meilleure vente de la collection « Lunes d’Encre » chez Denoël avec plus de 8000 exemplaires vendusNote de Clément
    Heureusement dépassé depuis par Spin de Robert Charles Wilson et ses bientôt 20.000 ventes. L'honneur est sauf ! Ou pas...
    — une collection dont il se pourrait bien qu’elle soit dirigée par l’auteur lui-même sous un autre nom ; on n’est jamais mieux servi que par soi-même et on sait sur qui Alexis Aubenque a copié… Comme quoi, l’ambition n’est JAMAIS récompensée…
  • Dans la catégorie Prix du pire article, Jean Millemann remporte aisément le pompon pour l’ensemble du paratexte de la catastrophique, voire éminemment grotesque, anthologie Pouvoirs critiques (Nestiveqnen).
  • Cela fait un moment que l’on entend parler de Claire et Robert Belmas (principalement aux alentours de la principauté de Nancy, soyons clairs). Sincèrement, en lisant leurs nouvelles (Chroniques des terres mortes) et leur roman (Mars Heretica), on ne peut que s’étonner des prix récoltés par nos duettistes, dont le talent approche péniblement celui d’un Richard F. Bessières en petite forme. Après avoir été « au sommaire de toutes les anthologies qui comptent » (sic), les Belmas sont donc récompensés par tous les prix qui comptent (Alain Dorémieux, Grand Prix de l’Imaginaire) et en particulier le Grand Master Award des Razzies 2003 pour l’ensemble de leurs œuvres passées, présentes et (sans doute, malheureusement) à venir. Louanges et joie !