Les Aventures de Buckaroo Banzaï à travers la 8e dimension [The Adventures of Buckaroo Banzai Across the 8th Dimension!], W.D. Richter (1984). 102 minutes, couleurs.

Ah, les années 80… Une décennie tour à tour méprisée (et à juste titre, pour ses excès capillaires et musicaux (même si, de ce côté-là, les Seventies ont aussi des choses à se reprocher)) et encensée, lorsqu’on voit le sucès de la série Stranger Things et de la synthwave, deux exemples prouvant un récent attrait renouvelé pour ces années-là. Du côté des salles obscures, il faut reconnaître que, parmi le lot de films de science-fiction sortis à cette période, bon nombre ont atteint un statut culte au fil des années. En 1982, on retient bien sûr les classiques E.T. et Blade Runner. En 1983, Le Retour du Jedi bien évidemment. Et 1984 : wow ! Une excellente année – et je ne dis pas ça parce qu’il s’agit de mon année de naissance. Qu’on en juge : l’adaptation de 1984 par Michael Radford, Gremlins, Repo Man, Terminator, Dune, Nausicaä de la vallée du vent, The Last Starfighter,Starman voire 2010 – l’année du premier contact,Starman… sans oublier L’Histoire sans fin, Les Griffes de la nuit, Splash — ou hors-genre des classiques tels qu’Amadeus, Il était une fois en Amérique,Indiana Jones et le Temple maudit, À la poursuite du diamant vert, This is Spinal Tap. On oubliera opportunément qu’il y a eu aussi Supergirl. Trouvez-moi une aussi bonne année !

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Naturellement, Les Aventures de Buckaroo Banza ï à travers la huitième dimension est sorti en 1984. Il s’agit là du premier des deux films réalisés par W.D. Richter (l’autre étant Passeport pour le futur (1991)), par ailleurs auteur de plusieurs scénarios – dont la version de 1978 de L’Invasion des Profanateurs – excellente version au demeurant –, Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin de John Carpenter, et le téléfilm Le Bazaar de l’épouvante, d’après Stephen King, dont j’ai gardé un bon souvenir. Et… pas grand-chose de plus.

Bref. La meilleure chose que j’aie à dire au sujet de ces Aventures est que le générique de fin valait le coup d’œil — et d'oreille, avec son air mutin et entêtant. (Et plus c'est long, mieux c'est.)

Pourtant, au début, les choses ne commençaient pas si mal : un écran déroulant pastichait Star Wars afin d’introduire le personnage de Buckaroo Banzaï, jeune neurochirurgien américano-japonais de génie.

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Buckaroo Banzai, donc, interprété par un Peter Weller impavide pas encore robocopisé (et pas très japonais non plus), quitte une salle d’opération pour rejoindre une base d’essai. Le but : tester l’Oscillateur, une invention qui permet de réordonner la matière – qui, comme on le sait, est composée essentiellement de vide. L’Oscillateur en question est fixé sur une voiture, mélange entre les véhicules de Mad Max et Kit de K2000 – et en voiture, Simone !

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Buckaroo traverse ainsi une montagne – ce qui sera d’ailleurs sa seule et unique incursion à travers la huitième dimension, notons-le bien, tant pis pour le titre – et prouve ainsi la validité de ses théories. La huitième dimension, qu’est-ce donc ?

« Vast chasms of hissing swamp, spurts of flame, huge thunderclaps and gurgling rock formations. »

Okay… En image, ça donne ceci :

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Dans le même temps, le docteur Emilio Lizardo (joué par un John Lithgow cabotin à mort) s’échappe de l’hôpital psychiatrique où il était interné, dans le ferme but de mettre la main sur cet Oscillateur. Plus tard, lors d’un concert – car, le saviez-vous ?, Buckaroo est aussi guitariste dans le groupe Buckaroo Banzai & the Hong Kong Cavaliers, composé de Perfect Tommy, qu’on croirait échappé de Depeche Mode, de New Jersey, un cow-boy d’opérette, de Rawhide, le fidèle bras droit, et de Reno Nevada (oui, comme la ville de Reno sise au Nevada) dont je n’ai rien à dire –, notre héros manque de se faire tuer par une jeune femme suicidaire, Penny Priddy.

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Alors que Lizardo enlève l’un des collaborateurs de Buckaroo, celui-ci acquiert, via un choc électrique, la capacité de voir des créatures simili-reptiliennes, les Lectroides, originaires de la Planète Dix… Et les péripéties de s’enchaîner… jusqu’au générique de fin.

« Why is there a watermelon there?
– I’ll tell you later. »

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Un générique de fin qui annonce une suite, Buckaroo Banzai Against the World Crime League, jamais produite, faute de recettes satisfaisantes récoltées par le premier film. Reste les personnages, déambulant d’un air assuré dans un décor de béton, sous un soleil de plomb. Néanmoins, ces Aventures ont, au fil des années, acquis un statut culte. Ce qui me laisse un brin perplexe. Mais être né en 1984 n’est pas la condition sine qua non pour apprécier tous les films produits cette année-là : pour le coup, peut-être aurais-je dû avoir douze ans en 1984 pour l’apprécier.

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Sur le papier, le film a tout pour plaire : les aventures fantasmaloufoques d’un neurochirurgien-physicien rockstar et de ses quatre acolytes, ça envoie du rêve. À la vision, Buckaroo Banzaï m’a paru hélas quelque peu ennuyeux – un deuxième visionnage permet cependant de mieux goûter l’humour faisant la part belle au nonsense, de façon pince-sans-rire. Enfin, je crois. Faire une vanne nécessite souvent une légère respiration après la chute, de manière à goûter celle-ci : ici, non, on passe aussitôt à la suite.

« Oh, you remind me of someone I once knew long ago.
– Was she very beautiful?
– She was… queen of the Netherlands. »

Les personnages, censément iconiques, peinent à prendre vie – même s’il reste plaisant de voir Clancy Brown et Jeff Goldblum à leurs débuts. Buckaroo Banzai reste plat de bout en bout, à force d’être trop parfait et sans faille. L’intrigue, qui cite Orson Welles et fait une référence sympathique à Thomas Pynchon, demeure foutraque de bout en bout, sans parvenir à impliquer. Le rythme, inégal, vide de tout tonus, de toute intensité, le film. On s’en fiche, en fait.

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Est-ce une comédie de SF qui s’ignore ? Il y a trop de budget dans Buckaroo Banzai pour que ce soit un nanard ; trop de nawak pour que ce soit un film sérieux ; trop de ton pince-sans-rire pour que ce soit une parodie ; pas assez de références précises – à la manière des Y a-t-il – pour qu’on perçoive la parodie (sans compter que le filtre des années n’a pas dû aider). Sûrement suis-je passé entièrement à côté du film et probablement me manquait-il une bière ou deux pour l’apprécier et ressentir un embryon de connivence avec ce film et ses personnages… Un rendez-vous raté en ce qui me concerne.

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Tout n’est pourtant pas à jeter : les effets spéciaux ont vieilli mais, reposant sur des trucages physiques, piquent moins les yeux que les proto-images de synthèse de The Last Starfighter sorti un mois plus tôt. Quelques répliques font mouche ; on peut prendre plaisir à relever tous les détails amusants où vient se nicher la douce folie du film – y compris les nombreuses fois où des trucs estampillés Buckaroo Banzaï s’inscrustent dans le décor (histoire de préparer le marketing et les produits dérivés ?).

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Bref, c’est déjà ça. Tant pis si Buckaroo Banzaï n’est pas aussi dingue qu’attendu.

« So what? Big deal! »

Échiquéen : les Lectroïdes noirs font mat en trois coups
Introuvable : non
Irregardable : oui
Inoubliable : hélas oui