La saga Star Trek fête donc en cette année 2016 ces cinquante d’existence, et assez joliment, avec la sortie sur les écrans d’un treizième long-métrage, Star Trek sans limites, et l’annonce d’une nouvelle série télévisée, Star Trek Discovery. L’occasion rêvée pour se repencher sur les films, au sujet desquels une légende veut que, dans le lot, ceux numérotés pairs sont qualitativement supérieurs à ceux numérotés impairs… Voyons cela de plus près…

Star Trek, impair ou passe ?

 

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Star Trek, The Motion Picture
Robert Wise, 1979

Dix ans après la série télé originelle, Star Trek s’en va explorer les salles obscures. Derrière la caméra, un Robert Wise vieillissant – ce sera d’ailleurs son avant-dernier film. Robert Wise donc, à qui l’on doit le meilleur film d’épouvante jamais réalisé, La Maison du diable, ainsi queWest Side Story et… La Mélodie du bonheur. Star Trek, The Motion Picture lorgne néanmoins du côté de 2001, L ’Odyssée de l’espace.

Quelques années ont passé depuis la mission quinquennale du capitaine Kirk. Mais voilà que la Terre se retrouve menacée par un immense nuage, qui absorbe planètes et vaisseaux sur son passage. Tout juste refait à neuf, l’Enterprise est le seul vaisseau disponible pour partir au-devant du nuage. Le chemin jusqu’aux lisières du système solaire n’est pas sans embûches, mais l’équipage de l’Enterprise se retrouve bientôt confronté à l’énigmatique V’Ger.

Robert Wise est un bon réalisateur, quel que ce soit le genre auquel il s’attaque : la comédie musicale avec West Side Story, le fantastique horrifique avec La Maison du diable. Ici, la SF. Soutenu par des effets spéciaux, dus à Douglas Trumbull et qui tiennent encore pas trop mal la route, trente-cinq ans après sa sortie, Star Trek, The Motion Picture est du genre à s’imposer comme une réussite. Mais que le film est long ! Rester éveiller les 137 minutes qu’il dure est une véritable gageure, et ce n’est pas sans raison que cette première adaptation sur grand écran de la saga est surnommé Star Trek, The Motionless Picture (ou Star Trek, The Slow Motion Picture, c’est selon).

Le pré-générique – une ouverture symphonique sur fond étoilé – donne le ton. Le film est d’un sérieux imperturbable, qui privilégie un certain hiératisme, dans les dialogues ou les images, à l’action. De fait, c’est long, c’est lent… Chaque scène s’étire un peu trop ; dans les dialogues, il semble s’écouler une demi-seconde de trop entre chaque réplique. Néanmoins, certaines séquences, comme l’exploration de l’intérieur de V’Ger, sont d’une beauté remarquable et forment une réplique à 2001, onze ans après. Star Trek, The Motion Picture assume pleinement sa portée métaphysique, et le final est à la hauteur des ambitions. Rencontre avec l’Autre, émergence d’une nouvelle forme de vie… l’essence de la série initiée par Gene Rodenberry. Mais encore faut-il ne pas s’être endormi avant.

Verdict : impair mais on ne passe pas.

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Star Trek II, La Colère de Khan
Nicholas Meyer, 1982

Ici, on abandonne la métaphysique pour l’aventure. Conçu à l’origine comme deuxième et dernier film de la série, il inaugure en réalité un arc narratif qui va courir sur encore deux longs-métrages.

On retrouve un personnage de la série originelle : Khan, apparu dans l’épisode Space Seed de la première saison de la série originelle, et condamné à l’exil sur une planète hostile. Khan Noonien Singh, humain génétiquement modifié, conçu pour être supérieur, veut se venger de Kirk, qu’il tient pour responsable de son bannissement. Un concours de circonstance l’amène à capturer le commandant Tchekov et à apprendre l’existence du mystérieux projet Genesis. À bord de l’Enterprise, Kirk (devenu amiral) et Spock vont tâcher d’empêcher le projet Genesis de tomber entre les mains de Khan – dussent-ils y laisser leur vie.

Parachuté dans la franchise Star Trek, Nicholas Meyer fait de son mien, octroyant la part belle à l’action et aux relations entre les personnages. Cela n’empêche pas cette Colère de Khan de générer un ennui certain. La faute à quoi ? À une action somme toute assez mollassonne, à un méchant bodybuildé manquant de charisme et qui jamais ne se confronte à Kirk en un face à face bien viril. Khan est souvent présenté comme l’un des meilleurs méchants de la saga : qu’on permette à l’auteur de ces lignes de protester. Khan peine à convaincre en mutant censément génial qui finit berné par un truc assez con. Tout n’est pas à jeter, et de ce deuxième long-métrage, on retiendra surtout les dernières scènes, pleines d’émotion.

Verdict : pair et on passe.

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Star Trek III, À la recherche de Spock
Leonard Nimoy, 1984

À la recherche de Spock  ? Ah, amiral Kirk, tu as mal cherché ton ami. Si le Vulcain est absent pour l’essentiel du champ des caméras, c’est parce qu’il est derrière.

À la recherche de Spock est la suite directe de La Colère de Khan – comme le prouve le pré-générique, qui reprend les images finales du deuxième opus. Spock a donné sa vie pour que survive l’équipage de l’Enterprise ; la vie a éclos sur la planète Genesis, avec un développement accéléré de sa flore ; quant au projet Genesis, il intéresse fortement les Klingons, qui vont tenter de s’en emparer. Charge au capitaine Kirk de contrecarrer leurs visées.

À l’instar de La Colère de Khan, À la recherche de Spock ressemble à un épisode de série artificiellement étiré sur près de deux heures. C’est long, l’action y est mollassone, l’émotion rare – en dépit. Mais le finale, situé sur Genesis, est réussi – presque.

Quand on pense que Le Retour du Jedi est sorti l’année précédente, ce troisième Star Trek fait cependant peine à voir. On remarque d’ailleurs que l’épisode VI de Star Wars n’a pas été sans influencer légèrement ce film-ci (par exemple, le grotesque familier du méchant Klingon semble tout droit échappé de Star Wars).

Verdict : impair et on passe.

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Star Trek IV, Retour sur Terre
Leonard Nimoy, 1986

Un vaisseau cylindrique est en approche de la Terre, où il provoque de violentes perturbations climatiques. Toute tentative de communication avec eux n’aboutit à rien. L’équipage de l’Enterprise (qui, suite aux événements du film précédent, navigue à bord du Bounty, un navire klingon) finit par comprendre que les seuls êtres à même d’entrer en contact avec ces aliens mystérieux seraient les cétacés… Mais, sur Terre, ils ont disparu. La solution : aller en chercher dans le passé. Et voilà Kirk, Spock, McCoy et compagnie propulsés dans le San Francisco de 1986, sans autre arme que leur sagacité, avec pour mission le sauvetage de deux baleines.

Pour sa seconde réalisation dans la saga initiée par Gene Rodenberry, Leonard Nimoy rajoute un ingrédient totalement absent des précédents longs-métrages : l’humour. Et ça marche incroyablement bien : les interactions entre les personnages fonctionnent du tonnerre, le décalage futur/présent (qui est désormais aussi notre passé) provoque de jolis quiproquos. Et, last but not least, le message écologique fait mouche. Sans oublier l’inquiétude produite par ces aliens invisibles.

Un quatrième volet qui s’avère incontestablement une réussite. Par la suite, le Leonard Nimoy réalisateur s’essaiera à d’autres genres : la comédie romantique avec Trois Hommes et un bébé, le drame avec Le Prix de la passion

Verdict : pair et on ne passe pas !

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Star Trek V, L’Ultime Frontière
William Shatner, 1989

Après Leonard Nimoy, c’est au tour de William Shatner de passer derrière la caméra. Dès le générique, le ton est donné : Star Trek V se veut un retour aux sources. Le film reprend la même musique que Star Trek, The Motion Picture, et même ambition métaphysique. Tout est dans les deux premières scènes – Sybok, l’antagoniste, soignant un individu ; Kirk escaladant une falaise à mains nues –, l’ultime frontière est intérieure.

De fait, Star Trek V s’attaque à la question de la foi. Dieu se situerait sur une planète de l’autre côté de la Grande Barrière. Mais le détail que nos héros oublient, c’est qu’une barrière ne sert pas forcément à empêcher quelqu’un de se rendre en un endroit, ça peut aussi servir à contenir quelque chose, fût-il Dieu.

Ce cinquième volet de la saga est celui de la discorde. Les uns, grandement majoritaires, le considèrent comme le plus mauvais, les autres, dont votre serviteur, estiment que c’est là un avis un brin péremptoire. D’accord, l’humour est souvent bon enfant, parfois assez balourd ; certes, les effets spéciaux sont cheap (mais pas beaucoup plus que dans les volets II et III), Shatner en fait parfois trop, mais le trio Kirk-Spock-McCoy a droit à un joli traitement. Au début comme à la fin lui faisant écho, on voit ce trio chanter des chansons auprès d’un feu de camp : trois vieux amis dont un extraterrestre, cette scène aurait pu être écrite par Clifford D. Simak.

Quant à Sybok, c’est l’un des méchants les plus réussis de la saga sur grand écra, – peut-être justement parce qu’il ne s’agit pas d’un véritable méchant, voulant détruire la Fédération et blablabla (cet objectif-ci est remplie par un Klingon agressif, et ridicule). Charismatique, Sybok (joué par un Laurence Luckinbill parfait dans son rôle) est habité par sa mission, et sa désillusion n’en sera que d’autant plus grande.

L’Ultime Frontière n’est pas le navet intersidéral que l’on veut croire, et il ne me paraît pas pire que La Colère de Khan ou À la recherche de Spock, et on peut en retrouver des échos dans certaines nouvelles d’Eric Brown.

Verdict : impair et on ne passe pas, non !

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Star Trek VI, Terre inconnue
Nicholas Meyer, 1991

Et c’est reparti pour un dernier tour, avec au commande de ce sixième épisode le réalisateur du second et Nimoy en cosignataire du scénario. Et en une dizaine d’années, Nicholas Meyer a eu le temps de mieux comprendre la saga Star Trek.

Le temps passe, les héros vieillissent et le savent… mais la relève est assurée. Tout commence ici avec l’explosion d’une lune minière appartenant aux Klingons. Cet incident les affaiblissant, les Klingons décident de normaliser leurs relations avec la Fédération. Charge à l’Enterprise d’accompagner le chancelier klingon jusqu’à l’endroit où devront être signés les accords de paix. Mais le chancelier est assassiné, et Kirk aura fort à faire pour préserver la paix.

C’est là un épisode réussi avec son intrigue policière/géopolitique, en écho direct avec l’actualité de l’époque, qui s’avère plus complexe que d’habitude, ainsi que truffé de clins d’œil littéraires et cinématographiques. Le rôle de William Shatner est ici plus effacé (et ce n’est pas forcément un mal). Dans les seconds rôles, on remarquera Christopher Plummer et la fort charmante Iman, alias Mme Bowie.

Pour Kirk et son équipage, c’est la dernière mission. Ou plutôt l’avant-dernière : le film s’achève sur les images de l’Enterprise filant pour un dernier voyage. Quelle destination ? Au spectateur de l’imaginer. Un indice : c’est la 2e étoile à droite, puis tout droit jusqu’au matin. Le générique de fin, où viennent s’inscrire les signatures des acteurs principaux, envoie un petit pincement au cœur du spectateur. La relève est assurée dès le départ, lorsqu’on voit le Lieutenant Sulu ayant pris du galon et devenu le capitaine de son propre vaisseau.

Verdit : pair et on ne passe pas.

Qu’en retenir ? Les six premiers films de la saga sont d’une qualité variable mais généralement bonne, qui tient pour bonne part à Leonard Nimoy — l’acteur-réalisateur (et chanteur) ayant participé de près à l’élaboration de deux des meilleurs films, le IV et le VI. Ce sont ces deux-là qu’on retiendra, avec le I. Et le V, parce que ce n’est pas un navet. Enfin : la règle des mauvais Star Trek impairs et des bons Star Trek pairs ne semble guère tenir la route. Qu'en sera-t-il avec les films tirés de la série La Nouvelle Génération ?