The Fantastic Four, Oley Sassone (1994). 91 minutes, couleurs.

Avant la déferlante de films de super-héros, initiée grosso modo au début de ce siècle par le X-Men de Bryan Singer, lesdits super-héros avaient déjà investi les écrans – grands ou petits – pour le meilleur et le pire. Pour le meilleur, on retiendra bien sûr le Superman de Richard Donner en 1978, ainsi que Batman et Batman : le défi de Tim Burton. Pour le pire, on aurait tort d’oublier Superman III (1983), Superman IV (1987) – et Supergirl (1984) aussi –, Batman Forever (1995) et Batman & Robin (1997).

Si Superman et Batman sont les deux premiers exemples qui viennent en tête, il ne faudrait pas oublier que Spider-Man a eu droit à un premier film en 1977, que Captain America a été le héros de deux films TV en 1978 et 1979, que l’anomalie filmique Howard the Duck a bel et bien eu lieu en 1986, que le Punisher a sévi lors d’un premier film en 1989, que Captain America s’est illustré cette fois dans les salles obscures en 1990, que Spawn s’est fait massacrer dans les salles obscures en 1997 et que Nick Fury a d’abord eu les traits de David « fuckin’ » Hasselhoff dans un film TV en 1998 (j’en oublie sûrement). Et il a failli y avoir les Quatre Fantastiques, avec un Fantastic Four jamais sorti sur les écrans et auréolé d’une réputation désastreuse…

Cette première adaptation du comics de Stan Lee est-elle aussi catastrophique que la rumeur le prétend ?

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Le générique nous balade à travers le système solaire, parce que, mais nous voici bientôt sur Terre. Lycéens pleins d’idées et d’ambition, Reed Richards et son ami Victor Doom veulent profiter du passage du Colossus au large de l’atmosphère terrestre pour en extraire de l’énergie. Las, l’expérience a tout de l’epic fail, et Victor meurt – du moins, c’est ce que croit Reed. Victor a été récupéré par des gens (qui ?), qui le soignent. Dix ans plus tard, Reed Richards est devenu un scientifique renommé. Toujours pote avec Ben Grimm, il retrouve Susan Storm et son jeune frère, l’impétueux Johnny. C’est avec eux qu’il décide d’entreprendre une expédition spatiale. Mais Victor Doom veut se venger de Reed, et c’est un voleur, le Joaillier, qui va l’aider involontairement dans ses plans : le malfrat échange le mirifique diamant de Reed, que ce dernier compte utiliser dans son expédition, contre une copie. Une fois notre quatre héros dans l’espace, ça merde grave, et leur vaisseau explose. Quelle n’est pas alors leur surprise de se retrouver vivants sur Terre. Vivants, mais désormais dotés de capacités hors normes. Très vite, les voici prisonniers de Doom, qui désire acquérir leurs capacités en question, dans des buts rien moins que délétères…

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La mort de Victor Doom
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La première apparition du Joaillier
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Les 4, pas encore fantastiques
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Un trip spatial inspiré, de loin, de 2001
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Doom en mode Grand Méchant sur son trône
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Le Baxter Building
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Les Quatre Fantastiques se confrontent à Doom

Alors, The Fantastic Four, catastrophique ? Curieusement, pas tout à fait. L’histoire tient grosso-modo la route, malgré une ligne d’intrigue pas super utile (Alicia, l’aveugle amour de Ben Grimm) et un raccourci qui voit les quatre rescapés de l’espace devenir un peu trop vite les Quatre Fantastiques. L’humour est assez bon enfant, notamment dans lors des combats – qui sont franchement paresseuses, avec une mention spéciale pour le duel final. Quant aux scènes avec le Joaillier, elles semblent une pâle tentative d’imitation de Tim Burton,

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Le film bénéficiait d’un petit budget, et cela s’en ressent : en 1994, c’est un an après la sortie de Jurassic Park, qui a mis tout le monde d’accord. De fait, The Fantastic Four a surtout l’apparence d’un téléfilm ou d’un direct-to-video, avec des effets pour le moins cheap : sur grand écran, il aurait fait pâle figure. La légende veut d’ailleurs que ce film ait été tourné dans le seul but de conserver les droits sur les personnages ; personne – à l’exception des producteurs – n’étant informé de cette volonté de ne pas le montrer. Un documentaire, Doomed: The Untold Story of Roger Corman's the Fantastic Four, revient sur cette histoire en détails.

The Fantastic Four est l’œuvre d’un certain Oley Sassone, dont il s’agissait du cinquième long-métrage (après deux direct-to-video). Par la suite, Sassone a surtout réalisé des épisodes de séries TV (Hercule, Xena la guerrière, Mortal Kombat entre autres) ; depuis dix ans, c’est le calme plat. Plus notable est le producteur, à savoir l’inénarrable Roger Corman – dont on regardait L’Horrible Cas du Docteur X voici quelques tours d’alphabet. Corman qui déclarait au sujet de The Fantastic Four que l’essentiel du budget (s’élevant à 1,5 millions de dollars) avait été englouti par le costume de la Chose. Ce qui, avouons-le, ne se remarque pas beaucoup (un peu d’animatronique pour faire bouger sa bouche et ses sourcils rocaillaux, et c’est bien tout). À côté, les incrustations pour Susan Storm en mode semi-invisible sont assez dégueu, l’élasticité de Reed Richards est aussi cheap que perturbante (quoique moins que dans le film de 2004), et quand Johnny Storm passe en mode tout feu tout flamme, c’est fort laid.

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La Femme invisible réapparaît
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Johnny Storm…

Côté casting, Alex Hyde-White (Reed Richards) avait notamment joué Indiana Jones jeune dans La Dernière Croisade. AprèsThe Fantastic Four, il a enchaîné ensuite les petits rôles dans des films ou des épisodes de série (on a ainsi pu le croiser récemment dans Les Agents du SHIELD). Même suite de carrière pour Rebecca Staab (Susan Storm), Jay Underwood (Johnny Storm), Joseph Culp (Victor Doom). Quant à Michael Bailey Smith (Ben Grimm), on a pu le revoir dans des rôles souvent monstrueux : dans Men in Black II, La colline a des yeux ou Monster Man. C’est d’ailleurs le seul à tirer son épingle du jeu : Alex Hyde-White et Rebecca Staab sous-jouent, tandis que Jay Underwood surjoue et que Joseph Culp cabotine en gros méchant se sentant obligé de pousser des rires machiavéliques en tordant ses mains gantées.

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Au cas où le spectateur aurait encore un doute, Doom est méchant.

La musique hésite entre le passable et le médiocre. Si la scène du passage du Colossus bénéficie d’un thème réussi, la séquence suivant, centrée sur la mort de Victor Doom à l’hôpital, est affligée d’une musique au piano hors de propos, faisant basculer l’ensemble vers le soap. Quant aux passages mettant en scène le Joaillier, on croirait entendre du Danny Elfman ; le fait que le personnage ressemble au Pingouin de Batman : Le Défi n’y est pas étranger non plus.

Bref, en dépit de tous ses défauts (et ils sont nombreux), cette première adaptation des Quatre Fantastiques est faite avec un premier degré une fraîcheur qui la sauve du naufrage total – un peu à l’opposé des adaptations ultérieures, dépourvues du moindre supplément d’âme. C’est là où réside la nuance entre le nanar, genre qui inspire forcément la sympathie, et le navet OGM gonflé aux CGI et des plus insipides.

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Introuvable : seulement sur le Web, sur Youtube par exemple (dans une qualité d’image assez moche ; il faut réussir à passer outre)
Irregardable : pas loin
Inoubliable : non