1, Pater Sparrow, 2009. 91 minutes.

1 a beau porter un titre qui a la grandeur de la simplicité, ce n’en est pas un film simple pour autant. Il s’agit de l’adaptation d’une nouvelle de Stanislas Lem, « Une minute de l’humanité », parue dans le désormais introuvable recueil Bibliothèque du XXIe siècle, par le cinéaste hongrois Pater Sparrow, dont il s’agit du premier (et seul pour le moment) long-métrage après plusieurs courts.

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« This book is no joke. »

Le générique montre des images de records humains, digne du livre Guiness des records. Une voix off nous parle d’un livre, inadaptable en film : le fameux 1 dont il va être question.

Un soir, dans une librairie spécialisée dans les livres rares… Ne restent plus que le patron, Al F. Evenson, son employée (et potentielle maîtresse), Maya Satin, et le mutique préposé au ménage, Agnus Andersen. Ainsi qu’un dernier client, Swan Tamel, émissaire du Vatican, qui demande à voir les livres les plus rares. C’est en se rendant dans la réserve qu’Evenson constate que tous les livres ont été remplacés par les centaines d'exemplaires de 1. Cet ouvrage, un véritable pavé, est rempli de colonnes de chiffres. Evenson prévient la police, mais c’est Phil Pitch, de l’Institut de Défense de la Réalité, qui prend l’enquête en charge. Pitch, qui a déjà résolu avec brio quelques affaires mystérieuses par le passé, et qui est sans nul doute la personne la plus habilitée à s’occuper de ce cas étrange. À moins qu’il ne s’agisse d’un canular.

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Les quatre personnes présentes dans la librairie au moment des faits – Evenson, Miss Satin, Agnus et Tamel – sont suspectes : il faut bien que l’une d’entre elles soit responsable. D’autant que dans le lot, Tamel a un comportement plutôt suspect. Pour faire bonne mesure, les voilà tout quatre bien vite enfermé à l’IDR, en compagnie d’enfants spéciaux, et où Phil Pitch tente de les casser. Dans le même temps, à l’extérieur, 1 se répand : à croire que les autres disparaissent, ou sont plus précisément remplacés par des exemplaires de 1. La folie gagne le monde…

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L’analyse des données du livre montrent peu de chose : impossible d’en retrouver l’auteur (les auteurs ?), pas plus que l’imprimeur ou le fabricant de papier. En revanche, les enquêteurs constatent que les colonnes de chiffres y décrivent de manière très précise une minute (future ?) dans la vie de l'humanité. Quant à Phil Pitch, il s’y perd, et certains voient là une occasion de le mettre sur la touche.

Et puis il y a des poires, qui apparaissent sans raison. Je soupçonne un jeu de mots idiot en anglais : a pear / appear.

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1 est un film curieux, sorte d’ovni cinématographique à l'ambiance glauque, sale, vieillie. Complot, paranoïa et réalité truquable (truquée ?) y règnent en maîtres. La première heure du long-métrage, intrigante et paranoïaque à souhait, est réussie, riche de promesses : les enfants enfermés à l’Institut de Défense de la Réalité (tout un programme), l’origine du livre, les manigances d’un collègue de Pitch… Malheureusement, 1 s’égare dans sa dernière demi-heure, perdant le spectateur dans la foulée. Le film ne fait que soulever des mystères, prend soin de ne répondre à rien, et se conclut… bon, pas grand-chose à dire de la fin. Dommage.

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Quelques mots sur les acteurs… Zoltán Mucsi (Phil Pitch) a des faux airs d’Homme à la cigarette – mais entre complotistes, c’est sûrement normal… László Sinkó (Tamel) ressemble étrangement à Francis Valéry, avec quelques années de plus. Encore un complot ? Mais c’est surtout Vica Kerekes (Maya Satin) qui illumine 1 de sa présence – quoique de manière moins incendiaire que dans Muzi v nadeji (2011). Cependant, Pater Sparrow abuse un chouïa de la plastique de la jolie rouquine, au travers de quelques scènes de cul pas forcément justifiées par le scénario.

vol1-1-lem.jpg1 s’avère une adaptation très libre de la nouvelle de Stanislas Lem. Ladite nouvelle consiste en la critique, par Lem, d’un ouvrage fictif intitulé Une minute de l’humanité, pavé à faire rougir de jalousie le livre Guiness des records, et qui balance tout au long de ses pages des statistiques pour établir tout qui se passe chez nous autres humains en soixante secondes : morts, naissances, conceptions… Lem fait mine de s’interroger sur l’origine de ce livre, ses deux réimpressions, et en profite pour livrer une de ces satires acerbes, misanthropes, dont il a le secret.

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Les adaptations des œuvres de Stanislas Lem (auteur sur lequel on reviendra) produisent toujours des résultats étranges, peu susceptibles de mettre tout le monde d’accord. Solaris dans ses deux adaptations : les uns trouveront la version d’Andrei Tarkovski (1972) splendide ou bien longue et creuse ; celle de Steven Soderbergh (2002) se focalise sur l’histoire d’amour au détriment de l’exercice de xénopensée, dommage. Plus récemment, Le Congrès (2013) d’Ari Folman, d’après Le Congrès de Futurologie, a le mérite d’exister et de proposer quelque chose de différent… La partie en prises de vues réelles est la plus réussie, avec une Robyn Wright éclatante. Le passage en dessin animé convainc un peu moins. Sans oublier l’adaptation à la télé allemande des aventures d’Ijon Tichy (2007) : l’humour, comme on dit, est l’une des choses les moins partagées au monde.

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1 , comme on l’a dit plus haut, est le premier long-métrage de Pater Sparrow. Depuis, le réalisateur a entre autres travaillé sur aurA (2011), une mini-série hongroise en 4 épisodes, The Dead Poet (2015), un film à sketches. Il a été récemment été annoncé qu’il allait adapter L’Arrache-cœur, le roman de Boris Vian. À suivre…

Introuvable : oui (non)
Irregardable : faut s’accrocher un peu
Inoubliable : oui