Nonfilm, Quentin Dupieux (2001), 44 minutes (mais il existerait une version de 75 minutes).

Mr Oizo, alias Quentin Dupieux s’est fait connaître dès 1999, avec l’étrange tube house « Flat Beat ». Peut-être plus encore que la musique, c’est le clip et son personnage de Flat Eric, peluche d’un jaune improbable, qui lui assuré quelque renommée (ainsi que la présence dudit Flat Eric dans une pub pour Levy’s).

Des clips, Quentin Dupieux est vite passé au format supérieur, les longs-métrages – une trajectoire suivie par des prédécesseurs aussi méconnus et mésestimés que David Fincher ou Michel Gondry. Ou que Daft Punk, duo ayant flirté longtemps avec le cinéma avant de passer derrière la caméra avec Electroma. Le premier essai filmique, un moyen-métrage, de Quentin Dupieux s’intitule Nonfilm.

C’est un film. Ou pas, justement.

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Dans une voiture, un type, appellé Pat (Vincent Belorgey, aka Kavinsky) se réveille. Il sort du véhicule, marche dans une rue d’une ville abandonnée. Et se rend compte qu’il est filmé par une équipe de tournage. Il leur demande ce qu’ils font, mais les gars ne sont pas très loquaces. Alors Pat s’en va. Ah mais non, ça ne va pas : on l’assomme, on le ramène dans sa voiture. Pat se réveille à nouveau, sort de son véhicule, marche dans la rue de la ville abandonnée, et se rend compte qu’il est filmé par cette équipe de tournage. À partir de là, tout va mieux. Un temps seulement. Pat suit les instructions du réalisateur, tourne quelques scènes avec un barbu, un type crédité au générique sous le nom de 144, qui semble content d’apparaître à l’écran. Tous ces gens tournent un film, semble-t-il, où même les techniciens font partie du casting. Pat lit son scénario, où il est justement précisé qu’il le lit.

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Au bout d’un moment, les choses dérapent. Méchamment. En anglais, « to shoot » ne signifie pas seulement « filmer ».

Bientôt, ce qu’il reste de l’équipe se retrouve dans le désert, sous la direction de 144 (Sébastien Tellier, messianique et halluciné), à tourner un film aveugle et muet sans matériel. Ou pas : il y a toujours une caméra de présente, quoique invisible pour les acteurs, pour nous montrer ce qu’il se passe. Sinon, eh bien, il est à craindre qu’il n’y aurait pas de film du tout…

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En permanence, Nonfilm questionne la nature-même de son médium, avec un dispositif d’une simplicité exemplaire. Un unique point de vue, celui d’une caméra, portée à l’épaule (et filmant constamment les personnages en contre-plongée : un choix particulier, pas le plus agréable qui soit). Le vide de la ville puis du désert correspond au vide des personnages, réduits à leur plus simple expression et n’ayant, à l’instar de Pat, aucune existence en-dehors du scénario. Ce qui ne semble pas les déranger. Il n’y a pas d’autre réalité, dans Nonfilm, que celle du film. Fût-ce un anti-film.

Là où Nonfilm aurait pu donner un pensum potentiellement prétentieux, le médium s’interrogeant sur sa propre nature, on se retrouve avec une blague, absurde et nonchalante – et moins bête qu’elle n’en a l’air. La courte durée de Nonfilm y participe aussi : comme on dit, les blagues les plus courtes…

À noter que, pour un film faisant figurant autant de musiciens (Mr Oizo, Kavinsky et Sébastien Tellier), Nonfilm est paradoxalement dépourvu de musique.

« C’est sympa de faire un film. J’attends de voir la réaction des gens. » (144)

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Introuvable : oui (ou non)
Irregardable : ça dépendra des goûts
Inoubliable : oui