Daft Punk’s Electroma. Thomas Bangalter & Guy de Homen-Christo, 2006. 72 minutes.

(N’ergotons pas sur le fait que, techniquement, le titre exact du film est Daft Punk’s Electroma et aurait dû par conséquent faire l’objet du billet précédent.)

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Le cinéma et les Daft Punk, c’est une histoire d’amour qui remonte à longtemps déjà. Leur premier album, Homework (1997), a été accompagné de plusieurs clips demeurés fameux : l’homme à tête de chien de « Da Funk » et « Fresh », les androïdes métronimiques inventé par Michel Gondry pour « Around the world », les pompiers et les tomates dans « Revolution 909 ». Des clips rassemblés dans le DVD titré D.A.F.T. : A Story about Dogs, Androids, Firemen and Tomatoes (1999). Un souci d’unité pour cinq clips disparates. Discovery (2001), le deuxième disque du duo, formait la bande originale d’un film : le space opera electro Interstella 5555 de Leiji Matsumoto (2003). Dans cette même continuité (pas musicale, certes, chaque disque prenant le contrepied du précédent), Human after all (2005), album brut et minimaliste décrié par tout le monde sauf les Inrocks, a servi de base pour un film : Daft Punk’s Electroma (2006), avec les Daft Punk – Thomas Bangalter et Guy de Homen-Christo – à la réalisation. Côté réalisation justement, le duo n’en était pas à son coup d’essai, pour avoir tourné les clips de « Fresh », « Technologic » et « Robot Rock ». Et il semblerait qu’Electroma soit une expansion du projet d’un clip (non réalisé) pour la chanson « Human after all ».

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Les robots et les Daft Punk, c’est aussi une histoire d’amour qui remonte à longtemps : à la fin du siècle dernier, comme s’en est expliqué Thomas Bangalter :

« We did not choose to become robots. There was an accident in our studio. We were working on our sampler, and at exactly 9:09 am on September 9, 1999, it exploded. When we regained consciousness, we discovered that we had become robots. »

Depuis, le duo n’a effectivement guère quitté son apparence robotique (mais je n’apprends rien à personne). Certes, les Daft Punk empruntent le concept au groupe Kraftwerk, dont l’aspect robotique imprègne musique et apparence.

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Electroma , donc. L’histoire tient en quelques lignes : au volant d’une Ferrari 412, deux robots arrivent dans une petite ville californienne, peuplée de robots ; on les grime en humains dans une clinique spécialisée, mais le maquillage ne tient pas, et, chassés par la populace androïde, les deux robots sont contraints de fuir dans le désert. Là, ils mettent fin à leurs jours l’un après l’autre.

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La thématique de l’humanité a déjà été abondamment traitée dans la littérature et le cinéma de science-fiction, du Metropolis de Fritz Lang jusqu’au récent Chappie, en passant par l’incontournable Isaac Asimov (L’Homme bicentenaire), et Electroma n’ajoute pas grand-chose de nouveau au dossier des robots. (Moins que l’album-pastiche Robots après tout (2005) de Philippe Katerine.) À leur tour, les Daft Punk questionnent la nature de l’humain. (Est-ce le fait de posséder une voiture immatriculée "Human" ?)

Côté scénario, on pourra même s’interroger sur la présence d’une clinique proposant une apparence humaine aux robots dans une ville où c’est très mal vu et dont la qualité du service laisse sérieusement à désirer. Mais… visuellement, le film s’avère une grande réussite, ponctuée de scènes marquantes (à l’intérieur de la clinique ; la fonte des masques ; les suicides). Certaines scènes évoquent d’ailleurs Gerry (2002) de Gus Van Sant, ou bien le travail de l’artiste Bill Viola : « The Crossing » (1996) ou « Fire Woman » (2005) ; voire préfigurent certaines vidéos « Walking on the edge » (2012). La musique des Daft Punk fonctionnant pour bonne part à base de samples, rien d'étonnant à ce que leur film ne soit pas avare de citations.

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Côté bande-son, la musique ne provient pas de l’album Human after all, ni des Daft Punk tout court, mais convoque entre autres Chopin, Haydn, Sébastien Tellier ou Brian Eno, dont les morceaux sont tout aussi parlants que n’importe quelle ligne de dialogue. « In dark trees » d’Eno fait merveille lors de l’arrivée des robots en ville : un sentiment de nostalgie et d’irréalité imprègne les images. « I Want to be alone » de Jackson C. Frank conclut parfaitement le film. (Certains fans se sont cependant amusés à utiliser des morceaux de Daft Punk comme BO du film, avec quelque bonheur.)

Avec soixante-dix minutes au compteur, Electroma tient presque du moyen-métrage. Et avait la matière pour former un court-métrage, diront les mauvaises langues. Le film enchaîne les plans longs voire les longueurs (oh, je suis mauvaise langue), mais ne laisse pas de fasciner.

vol0-e-tron.jpgAprès Electroma, les Daft Punk ont poursuivi dans cette lignée cinématographique avec la partition pour Tron: Legacy (2010). Décriée par certains, cette bande originale me paraît au contraire plutôt réussie, dynamitant les nappes de violons par des percussions électroniques.

Les liens entre electro et cinéma ne s’arrêtent cependant pas aux seuls Daft Punk : citons aussi Air, auteurs de la BO éthérée de Virgin Suicides de Sofia Coppola et du Voyage dans la lune de Georges Méliès, Mr Oizo alias Quentin Dupieux, qui a autant de films que d’albums à son actif, ou plus récemment Kavinsky et John Carpenter, dont les disques respectifs Outrun et Lost Themes sont des bandes originales de films inexistants (on reviendra sur les cas Carpenter et Dupieux).

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Introuvable : non, ne serait que par ici
Irregardable : non plus
Inoubliable : peu s’en faut