Don Conquest est une bande dessinée de science-fiction britannique. Dessinée par Harry Winslade sur des scénarios de Kelman D. Frost, elle a été publiée dans le comic-book Mickey Mouse Weekly en 1954/56.

Cette série est relativement connue outre-Atlantique – au moins dans le petit monde des amateurs et collectionneurs de BDSF – mais à peu près ignorée chez nous. Ignorée mais pas inédite. Le premier épisode a été traduit sous le titre Conquête de l’Espace et publié dans le périodique pour la jeunesse Pierrot en 1955/56, puis repris en 1959/60 dans Kon Tiki, sous le titre Les Enfants de l’Espace, dans un remontage différent et dans une nouvelle traduction – mais cette seconde parution reste inachevée à la disparition de Kon Tiki. Le second épisode est paru également dans Pierrot en 1956, dans une version inachevée – il a fait l’objet d’une nouvelle traduction et d’un nouveau montage, sous le titre Satellite inconnu !, dans le petit format Super Boy en 1962, cette fois dans une version complète. Celle-ci a été rééditée en 1973 dans Ténax, un petit format du groupe Impéria, comme Super Boy. Autant dire que ce n’est pas vraiment évident de retrouver tout cela.

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Le nom original du personnage, Don Conquest, est conservé dans les versions de Pierrot, et devient Dan Conquest dans les nouvelles versions.

J’ai toujours été très intéressé par la bande dessinée de Science-Fiction classique, et ce depuis mon enfance. Mon père achetait des hebdomadaires de BD comme Spirou, Tintin ou Pilote, en reliures éditeur, ce qui a d’ailleurs constitué plus tard la base de ma collection personnelle de BD ancienne. Mais il n’achetait pas Pierrot – qui ne devait sans doute pas arriver à l’unique et minuscule Maison de la Presse du village. Quant aux petits formats, il lisait uniquement les titres de chez Mon Journal (Akim, Lancelot, Marco Polo, etc.). Je ne sais donc pas comment un numéro de Kon Tiki a pu se retrouver parmi les quelques cartons de BD entassés dans le grenier de la maison du Maine-et-Loire où ma famille s’est retrouvée, fin 1959. Mais il y était. Du coup, au milieu des années soixante, quand j’ai commencé à fouiller dans ces cartons, j’ai découvert avec ravissement ce numéro de Kon Tiki et Les Enfants de l’Espace.

Il m’a fallu pas mal d’années pour reconstituer l’itinéraire de la série et du personnage, au fil de mes recherches chez les bouquinistes, sur les marchés, etc. Et bien entendu pour réunir une collection de Pierrot, compléter celle de Kon Tiki, dénicher les petits formats de chez Impéria.

À la fin de l’année 2004, il y a donc maintenant plus de dix ans, j’ai lancé une série d’albums de BD, réalisés de manière très artisanale, pour tenter de sauver de l’oubli ces BD de SF pleines de bruit et de fureur, d’exotisme et de poésie, souvent assez drôles, parfois vraiment très bien dessinées, en tout cas typiques de leur époque. C’était aussi dans l’espoir que cela puisse intéresser quelques amateurs de BD nostalgiques ou simplement curieux. La plupart des albums – j’en ai tout de même sorti plus de soixante-dix entre 2004 et 2012, dans quatre collections mais principalement dans la collection Spatial – étaient annoncés avec des tirages de 99 exemplaires numérotés. En réalité, je faisais une première impression correspondant au nombre de souscripteurs plus quelques exemplaires d’avance, et je réimprimais à la demande, en poursuivant la numérotation. Le nombre de 99 n’était donc pas à proprement parler le tirage réel, mais la limite supérieure du tirage que je me proposais d’atteindre. Autant le dire tout de suite : aucun album n’a jamais été épuisé !

Je ne me suis jamais fait d’illusion sur le nombre de personnes susceptibles de s’intéresser à de telles réalisations et n’ai donc jamais été déçu des audiences dérisoires de mes albums – je me contentais de ne jamais penser au temps que cette aventure me prenait en regard d’un bénéfice financier strictement égal à rien du tout. En fait, c’était du pur militantisme culturel !

Et à bien y réfléchir, je crois d’ailleurs que j’ai consacré toute ma vie à ce militantisme culturel – avec pour corollaire d’avoir toujours vécu très en-dessous de ce que les gens qui causent à la télévision et à la radio appellent le « seuil de pauvreté ». Cela étant, j’ai aussi toujours eu la sensation que ma vie était plus riche que la leur, simplement elle se déroulait pour l’essentiel en dehors de la sphère marchande.

En mars 2007, j’ai donc consacré le onzième volume de la collection Spatial au premier tome de ce que je voulais être une Intégrale de la série Don Conquest. J’avais 18 souscripteurs, j’ai donc imprimé 30 exemplaires (à l’époque, j’allais faire les tirages dans une grosse boîte de photocopie à Bordeaux, qui possédait des machines haut-de-gamme). En novembre 2008, j’ai scanné les maquettes et ai poursuivi le tirage, cette fois en numérique. J’ai imprimé trois exemplaires supplémentaires en 2009, et un par année au cours des trois années suivantes (2010 à 2012). En juillet 2012, j’ai mis cet album dans ans ma boutique ebay, à ce jour 292 personnes ont visité sa page et une personne l’a acheté en 2013. Deux mois après avoir sorti ce premier tome, j’ai publié la suite (et fin du premier épisode). Résultat comparable. Trente-sept exemplaires ont été vendus. L’album a été mis sur ebay également en juillet 2012, mais seulement 159 personnes ont visité sa page. Comme l’album précédent, une personne l’a acheté (la même !).

En septembre 2007, enfin, j’ai sorti – comme dix-septième volume de la collection Spatial – le troisième et dernier tome des aventures de Don Conquest : Le Satellite inconnu ! J’ai imprimé non pas trente mais trente-et-un exemplaires (une erreur de programmation de la photocopieuse !). J’en ai vendu 16 en 2007, 6 en 2008, 5 en 2009, zéro en 2010, 3 en 2011 et 1 en mai 2012. L’album s’est retrouvé dans ma boutique ebay dès le 16 octobre 2009 (il s’est passé un moment avant que je ne mette en vente les titres plus anciens). À ce jour, en cinq ans et demi, 710 personnes ont visité sa page… mais personne ne l’a acheté ! Jusqu’à hier…

L’album était bien proposé mais en fait, je n’en avais plus – le dernier ayant été vendu en mai 2012. Et quand j’ai voulu le réimprimer, je me suis aperçu que sa maquette n’avait jamais été scannée – faute de demande au cours des trois dernières années, il n’avait pas été nécessaire de le faire.

Ce matin, j’ai donc passé trois heures à scanner les 48 planches de la maquette, imprimer un exemplaire, l’assembler et le relier. En définitive juste pour faire plaisir à une personne, que je ne connais pas, en espérant qu’elle trouvera cette BD intéressante. Il aurait sans doute été plus raisonnable de lui répondre que l’album était épuisé et procéder à un remboursement, avec mes excuses. Sans doute, oui. Mais je ne suis à l’évidence pas un garçon très raisonnable… Et après toutes ces années, je crains bien de ne jamais le devenir.

Le plus étonnant – et pour tout dire le plus désespérant – c’est que 710 personnes ont jeté un œil sur la fiche de présentation/mise en vente de cet album, avant qu’une sept-cent-onzième ait envie de l’acheter ! Ma boutique ebay n’est pas un foutoir genre marché aux puces où l’on trouve tout et rien (en général rien) dans les états les plus divers (en général tout pourri). Tout est bien rangé à travers 300 catégories et sous-catégories, soigneusement décrit et au minimum en bon état. C’est une boutique « top fiabilité" » (comme la qualifie ebay) avec un indice de satisfaction de 100% (de la part des acheteurs). En fait, depuis des années, j’y vends peu à peu toutes mes collections et archives – dans un double souci de m’alléger (dans tous les sens du terme) et de rentrer un peu d’argent, tout simplement pour (sur)vivre. C’est du gagne-petit ! Mais c’est mieux que rien. « Chez le Cousin Francis » est une boutique assez spécialisée (SF, BD) visitée par des gens qui sont, au minimum, intéressés par ces domaines – il y a aussi certainement pas mal de collectionneurs parmi les clients. Donc je dirais que la clientèle se "trie" d’elle-même. On vient chez moi parce que l’on sait que c’est une des boutiques ebay où il y a le plus de choix en matière de SF (sous toutes ses formes), avec un service de qualité. Donc les 710 personnes qui ont jeté un œil sur Don Conquest sont, au minimum, des amateurs de BD et/ou de SF. Or, personne n’a eu la curiosité de se demander ce qu’était cette BD, si elle ne pouvait pas être intéressante, etc. Personne n’a écrit pour demander plus de renseignements ou un scanne d’une page, par exemple. Pour voir. J’ai oublié de préciser que mes albums valent en moyenne une dizaine d’euros, la notion de tirage limité n’implique pas un prix élevé ! Un album de 48 planches au format A4, éditant une BD dont les publications originales sont extrêmement difficiles à dénicher (et plutôt coûteuses), à dix ou douze euros, ça ne me semble pas de l’arnaque !

Ce qui me désole le plus, c’est de constater une fois encore que le monde d’aujourd’hui est globalement un monde sans mémoire et qu’il est constitué, pour l’essentiel, de personnes dépourvues de toute curiosité y compris dans les domaines auxquels elles sont censées s’intéresser. Je trouve cela effrayant. C’est un monde où je n’ai sans doute plus ma place…

Bibliographie de Don Conquest

Épisode 1 :

Sous le titre : Conquête de l’espace
Pierrot
(hebdo) 81 (15.5.1955) à 113 (25.12.1955) + nouvelle série 1 (1.1.1956) à 15 (8.4.1956) (le titre devient Pierrot Champion au n° 2 de la nouvelle série. du 8.1.1956) + couvertures des 93 et 104.
Sous le titre Les enfants de l’espace
Kon Tiki
1 (15.4.1959) à 12 (15.3.1960) (inachevé).

Épisode 2 :

Sous le titre : Conquête de l’espace
Pierrot
nouvelle série (mensuel) 2 (9.1956) à 4 (11.1956) (inachevé).
Sous le titre Satellite inconnu !
Super Boy
156 (8.1962) et 157 (9.1962).
Réédition : Ténax 25 (2ème tr. 1973).