Après avoir bouclé le montage en fin de matinée, je prends au vol un train pour Genève, puis un autre pour Lyon. Je suis attendu ce soir à la bibliothèque Marie-Ghislaine Chassine (inconnue pour moi) de Vaulx-en-Velin, pour une conférence dont le sujet est le Temps dans la SF. Je prends pas mal de notes dans le train… dont je ne me servirai pas, le moment venu ! L’idée est simplement de me mettre en condition, d’intégrer mes réflexions pour alimenter un discours cohérent. En général, j’improvise mes interventions de ce type, en me basant sur ce matériau – qui reste mémorisé pendant quelques jours, le temps de passer à autre chose ensuite. La soirée se passe plutôt bien, il faut dire qu’après une introduction en solo, je passe assez vite la parole à mon ami Walter Guyot, du Planétarium. Du coup, nous confrontons nos visions – de fait complémentaires et certainement pas antagonistes ; Walter est un scientifique de haut niveau, très cartésien mais remarquablement ouvert à d’autres paradigmes que le sien, alors que je me présente volontiers comme un chercheur en spiritualité appliquée ! Je crois que Walter doit estimer que j’utilise des outils conceptuels pour le moins alternatifs (et sans doute à ses yeux discutables)… en particulier quand je bascule du mode causal au mode synchronistique. C’est un sceptique dans le bon sens du terme – lorsqu’il fonctionne de paire avec l’ouverture d’esprit, le scepticisme est un outil très performant. Le public – restreint, comme toujours avec ce type de propositions culturelles – a l’air de passer un bon moment. C’est le but, et notre seule ambition. Au terme de cette rencontre, Walter m’entraîne dans la grande salle de spectacles du Planétarium – surprise ! Et j’assiste là à un très beau spectacle : une interprétation formidable, très physique, par Stanislas Roquette, d’un extrait du Livre XI des Confessions de Saint-Augustin, une œuvre du IVe siècle après J.-C.. Titré « Qu’est-ce que le Temps », le spectacle – dans sa mise en scène par Denis Guénoun – interpelle directement le public (l’acteur quitte volontiers la scène pour s’aventurer entre les travées) sur cette question d’une grande profondeur, et sur les réponses que l’être humain peut y apporter… certes, dans les limites de ses capacités perceptives et de son conditionnement culturel. Par le biais d’un long et lent processus de lâcher-prise, le narrateur passe peu à peu d’une vision archaïque (et j’ajouterai purement créationniste) à une réflexion intériorisée qui ressortit à une vision plus orientale – pour ne pas dire bouddhiste – quant à l’existence d’un lien réunissant toute chose, ouvrant sur la perspective d’une unicité de la conscience. Bref. Si ce spectacle passe par chez vous, courrez ! Et faites vite, car le bouche-à-oreille fait que l’on joue en général à guichets fermés.

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