A la Une

Qu’on me permette de débuter ce nouveau Bulletin d’Information des Amateurs d’Anticipation et de Terreur de Conflans-la-Haute par quelques considérations sur l’actualité la plus brûlante. A l’heure où j’écris ces lignes (dimanche 11 octobre), l’humanité est semble-t-il sur le point de vivre une nouvelle fois un moment historique. Les Soviétiques ont en effet annoncé cette semaine que leur sonde Lunik 3 a survolé la surface lunaire avant de repartir en direction de la Terre. La conquête de l’espace continue de s’accélérer et chaque mois les frontières de la connaissance sont repoussées un peu plus en avant. Est-il besoin de rappeler qu’il y a moins d’un an, en janvier dernier, Lunik 1 réalisait le rêve de Monsieur Verne et de bien d’autres en effectuant le trajet (certes inhabité) de la Terre à la Lune, et qu’il y a à peine un mois, Lunik 2 était le premier appareil à atteindre la surface de notre satellite.

On n’en sait pas encore beaucoup sur la mission de Lunik 3, mais selon plusieurs sources fiables, son objectif était de photographier la face cachée de la Lune. Ainsi l’un des grands mystères de l’humanité, qui a inspiré tant d’auteurs depuis des lustres, est-il sur le point de nous être révélé (à condition bien entendu que l’opération ait été un succès). Nous serons bientôt fixés.

Une telle information suscite bien évidemment l’intérêt de l’ensemble de la population, mais sans doute plus encore celui des lecteurs de science-fiction comme vous et moi. Durant ces interminables heures d’attente, je ne peux m’empêcher de me demander si la réalité sera à la hauteur de la (science-) fiction. Les clichés de Lunik 3 nous révèleront-ils la présence de cités sélénites grouillantes de vie, d’immenses ruines vestiges d’une civilisation disparue, ou plus banalement de vastes étendues désertiquesNote de Clément
C'est effectivement ce que révélèrent les clichés de Lunik 3, publiés dans la presse quelques jours plus tard.
? Et surtout, cette découverte va-t-elle rendre caduque toutes les œuvres de science-fiction qui extrapolaient sur ce sujet ?

René BARJAVEL
Le Diable l’emporte
(Présence du Futur n°33, Denoël)

« La Lune (…) montre toujours aux hommes sa même moitié, et depuis la plus haute antiquité, les astronomes avaient émis les hypothèses les plus diverses et les plus scientifiques quant à la forme de sa deuxième face. Les uns la prétendaient pointue ou conique, d’autres concave, certains plate ou en forme du petit bout de l’œuf. Les images envoyées par les télécaméras permirent de constater que la deuxième moitié de la Lune était en tous points semblable à sa première. »

Ce bref passage est extrait de Le Diable l’emporte de Monsieur René Barjavel, roman initialement paru en 1948, et que rééditent ces jours-ci les éditions Denoël. Le hasard fait parfois bien les choses. Il est beaucoup question dans ce récit de la Lune et de la concurrence que se livrent les grandes puissances pour l’atteindre et exploiter ses hypothétiques ressources.

Selon toute vraisemblance, on ne pourra plus lire ce roman (et cet extrait en particulier) de la même manière dans quelques semaines. Selon ce que nous révèleront les clichés pris par Lunik 3, Monsieur Barjavel nous apparaîtra dès lors comme un visionnaire, ou force nous sera de constater qu’il faisait fausse route. Et dans ce dernier cas, cela remettra-t-il en question l’intérêt de ce texte ? La science-fiction a pour habitude d’extrapoler sur les zones d’ombre de nos connaissances scientifiques. C’est ce qui en fait la forme littéraire la plus en phase avec notre époque. Mais lorsque les zones d’ombre en question ne cessent de se réduire, à une vitesse de plus en plus grande, quelle part reste-t-il à la conjecture, et quelle valeur accorder aux fictions auxquelles la connaissance scientifique nouvellement acquise a apporté un démenti formel ? Les œuvres de science-fiction sont-elles condamnées à brève échéance à être rendues obsolètes par l’actualité, scientifique ou autre ?

A cette question, je serais tenté de répondre non, et la lecture de Le Diable l’emporte ne fait que renforcer en moi cette conviction. D’abord parce que la Lune n’est que l’un des thèmes abordés dans ce roman. Ce n’est pas le principal. Il est avant tout question ici de la peur engendrée par la guerre, laquelle, nous le savons désormais, pourrait causer l’extinction de l’humanité entière. Ce sujet, sensible en 1948, l’est tout autant aujourd’hui. L’humanité possède désormais les moyens de causer sa propre perte, de manière irrémédiable.

Le propos de Monsieur Barjavel sur le sujet n’est guère optimiste, et son ironie mordante ne parvient guère à dissimuler un profond désespoir. Il semble ne faire aucun doute pour lui que nous courons à notre perte, et sans doute plus vite que nous ne l’imaginons. On se gardera de qualifier l’écrivain de misanthrope, tant certaines descriptions de ses protagonistes sont d’une humanité bouleversante. René Barjavel semble avoir conservé la foi en l’Homme lorsqu’il le considère individuellement, mais lorsqu’il aborde ses contemporains collectivement, il n’a alors pas de mots assez durs, qu’il s’agisse de ceux qui nous gouvernent, ou simplement de petits groupes anonymes, se laissant aller aux pires atrocités pour les motifs les plus futiles. De ce point de vue, le passage le plus éprouvant de ce roman est certainement la mise à mort d’un couple par une horde de femmes en furie, rendues folles de jalousie. La description qu’en fait l’auteur est absolument effroyable.

Le Diable l’emporte déroute à l’occasion, par sa construction biscornue, sautant en permanence du coq à l’âne, et son imaginaire semblant parfois trop farfelu dans un contexte aussi dramatique (je pense en particulier à ce passage où un poussin devenu aussi gros qu’une montagne ravage la planète). A alterner constamment le tragique le plus terrible et le comique le plus débridé, on finit par ne plus savoir sur quel pied danser, et la force du propos au cœur de ce roman finit par en être amoindri. Néanmoins, il s’agit d’une œuvre qui mérite d’être lue, aussi pertinente aujourd’hui qu’au moment de sa première publication, et qui le sera sans doute encore dans cinquante ansNote de Clément :
Le diable l'emporte a effectivement été réédité il y a quelques années en Folio SF.

Philip K. DICK
Les Mondes divergents
(Les Cahiers de la Science-Fiction n°7)

J’écrivais quelques lignes plus haut que la science-fiction est probablement la forme de littérature la plus en phase avec son époque. Une nouvelle preuve m’en est donnée avec ce roman de Philip K. Dick, son premier publié en FranceNote de Clément :
Et qui sera réédité par la suite, notamment chez Ailleurs & Demain, sous le titre L'Oeil dans le ciel traduction littérale du titre original : Eye in the sky.
(ou le deuxième si l’on considère comme tel le long récit paru en août dernier dans Satellite n°20 et intitulé Le Marteau de Vulcain). L’auteur revient en effet sur un phénomène récent de l’histoire américaine, ce qu’on a baptisé depuis le Maccarthisme. Son héros, Hamilton, un électronicien travaillant pour l’armée, perd son emploi lorsque sa femme est soupçonnée de sympathies communistes. Avant de pouvoir se défendre de ces accusations, le couple est victime d’un accident singulier et, en compagnie de quelques autres personnes, se trouve projeté dans une série d’univers fort différents du nôtre : dans l’un les croyances religieuses se substituent aux lois de la science, dans le suivant la sexualité n’a plus court, dans un troisième l’idéal communiste semble s’être incarné… Très vite on devine que l’inconscient des protagonistes est à l’origine des mondes qu’ils visitent, mais ceux-ci n’en sont pas moins mortels pour autant.

Dans la postface, Gérard Klein (qui en est également le traducteur) se montre assez sévère avec ce roman. Il n’a probablement pas tort lorsqu’il reproche à Monsieur Dick de ne pas avoir suffisamment développé certaines idées et, pire, de « retourner sa veste sur la fin du livre ». En revanche, il ne souligne pas assez la drôlerie de nombreux passages. On imagine sans mal l’auteur glousser devant sa machine à écrire lors de telle ou telle scène particulièrement farfelue.

Et puis, sur le fond, il me semble nécessaire de souligner que l’absurdité de ces mondes fantasmés a avant tout pour but de mettre en lumière l’absurdité de celui d’où provient le héros de ce roman, c’est-à-dire le nôtre. Lequel n’est peut-être lui aussi que la création d’un subconscient dont on peut parfois douter de la bonne santé mentale…

B.R. BRUSS
An… 2391
(Anticipation n°143, Fleuve Noir)

On pourrait sans doute faire à B.R. Bruss le même reproche qu’à Monsieur Dick, à savoir soulever d’intéressantes questions sans parvenir à y répondre de manière tout à fait satisfaisante. An… 2391 constitue la suite de Terre… Siècle 24, paru il y a quelques mois dans la même collection. Le premier roman ne présentait que de manière très succincte ce monde futur où tout est géré par des cerveaux électroniques (les Cerels), et s’intéressait pour l’essentiel à la période sombre ayant directement précédé ce nouvel Age d’Or. Cette fois, l’auteur décrit plus en détail cet avenir lointain et en particulier les Cercles Noirs, les membres de l’ordre secret chargé de veiller au bon fonctionnement des Cerels.

An… 2391 est un bon roman. Sa progression est habile, la menace qui plane sur ce monde s’accroit au fil des pages tandis que les Cerels se comportent de manière de plus en plus étrange, et la tension ne diminuera pas jusqu’au tout dernier chapitre. Surtout, Monsieur Bruss dépeint de manière très intéressante une société entièrement dépendante des machines qui assurent son bon fonctionnement, quand bien même celles-ci sont à ce point complexe que les membres des Cercles Noirs sont rapidement dépassés par les événements lorsque tout commence à aller de travers.

C’est sans doute là que le bât blesse. Les Cercles Noirs sont censés constituer une élite, issue d’une sélection particulièrement rigoureuse. Mais la description qu’en donne le romancier les fait surtout apparaître comme de parfaits idiots, se querellant sans arrêt, et n’ayant d’autre idée pour mater la rébellion des Cerels que de chercher la notice explicative prévue dans un tel cas ! Pire encore, alors que les machines sont indubitablement douées d’intelligence, les Cercles Noirs se comportent avec elles comme un dompteur de cirque avec ses lions ! Il y a là une dichotomie gênante entre le projet de B.R. Bruss et le résultat qu’il nous donne à lire.

F. Richard-Bessière
Réaction Déluge
(Anticipation n°144, Fleuve Noir)

Malgré les réserves que nous avons exprimé concernant An… 2391, nous conseillerons davantage la lecture du roman de B.R. Bruss que celle du nouveau F. Richard-Bessière. Certes, ce dernier a du métier et sait capter l’attention du lecteur. Il en fait la démonstration dans la première moitié de ce livre en mettant en scène quelques éléments énigmatiques (un mystérieux personnage sorti de nulle part, un écrivain de science-fiction dont les extrapolations scientifiques affolent le F.B.I., un cristal aux propriétés étranges) qui donnent envie d’en savoir davantage.

Le problème est que, lorsque F. Richard-Bessière révèle les tenants et les aboutissants de toute cette histoire, l’intérêt retombe comme un soufflet. Et la seconde moitié du récit se révèle être des plus fastidieuses, d’une pauvreté d’imagination dramatique. Le métier ne fait pas tout, encore faut-il avoir quelques chose à dire et ne pas resservir en permanence les mêmes vieux plats réchauffés !

In Memoriam : Charles Henneberg (1899-1959)

Je ne vous l’apprends sans doute pas, Monsieur Charles Henneberg nous a quittés en mars dernier. Mais l’actualité éditoriale nous donne l’occasion de lui rendre hommage. Il y eut d’abord, en août dernier, la parution de La Rosée du Soleil au Rayon Fantastique. Un fort bon roman, très bien écrit (trop bien penseront peut-être certains, que l’accumulation de mots précieux et de tournures alambiquées pourrait rebuter), la découverte par quatre astronautes d’une planète foisonnante où vivent quatre races, chacune symbolisant un élément (l’eau, la terre, le feu et l’air). Une histoire de sang et de fureur, au milieu de laquelle apparait la lumineuse Bellatrix, femme-déesse tout droit sortie d’une tragédie grecque. Une histoire surtout servant de prétexte à Charles Henneberg pour faire naitre de sa prose imagée des visions prodigieuses et laisser libre court aux émotions exacerbées de ses protagonistes.

Dans son soixante-onzième numéro, Fiction publie la première partie d’un nouveau roman de Monsieur Henneberg, An Premier, Ere Spatiale. Difficile d’en résumer l’intrigue tant l’auteur lance de nombreuses pistes sans que l’on parvienne encore à voir vers quoi elles devraient nous mener, ni même comment elles pourraient se rejoindre. Le récit tourne principalement autour de deux personnages, Nan, une mutante tentant de fuir la Terre, et Earl Stanley, qui va lui offrir un moyen de parvenir à ses fins.

Cette première partie baigne dans une atmosphère étrange, mélange d’euphorie et de terreur. Les Terriens ont enfin réussi à passer la barrière de la lumière, ce qui leur ouvre la possibilité de se développer au-delà du système solaire. Mais dans le même temps, un cataclysme a détruit Andromède, sans que personne ne parvienne à découvrir l’origine du phénomène. Charles Henneberg ne cesse de souffler tantôt le chaud, tantôt le froid, sur son univers et les êtres qui le peuplent.

An Premier, Ere Spatiale s’annonce pour l’instant prometteur. Faute de pouvoir se faire une idée précise de ce vers quoi l’on va, on appréciera en attendant son ton singulier et la richesse de l’univers qui nous est décrit.

Dans le même temps, Satellite n°22 affiche à son sommaire une nouvelle inédite de Charles Henneberg, Exilées, située durant l’Antiquité. L’auteur invoque la mythologie hellène, ressuscite ses légendes et ses dieux, et les femmes guerrières venues d’un autre monde qu’il met en scène y trouvent leur place avec un étonnant naturel. L’écriture est dense, le ton plus emphatique que jamais, et les innombrables références à l’histoire et à la société grecques qui parsèment le texte nous plongent en plein cœur de cet univers. Une remarquable nouvelle, assurément l’une des meilleures de son auteurNote de Clément :
Et qui a été reprise dans le recueil D'Or et de Nuit dans la collection Le Masque SF.
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Satellite n°22

Puisque nous évoquions à l’instant Satellite, passons rapidement en revue le reste de son sommaire. Hormis celui de Charles Henneberg, le meilleur texte du mois me semble être Soyons-leur Pareils d’Irving Cox. On y découvre une Terre envahie par des extraterrestres auxquels une poignée d’hommes et de femmes continuent de résister. Par ses décors et l’état de la société qui nous est décrit, mais également par certaines scènes (le récit s’ouvre sur l’attaque d’un train), cette nouvelle a à bien des égards des allures de western, et le résultat est tout à fait convaincant. En outre, le propos de l’auteur, qui constate que la haine que se vouent les deux races repose avant tout sur l’ignorance, ne manque pas de pertinence.

Le reste de la sélection est hélas assez décevant. Guérison garantie de T. L. Sherred part d’une idée amusante (un enquêteur travaillant pour l’ordre des médecins, chargé d’exposer les méthodes frauduleuses de divers charlatans, tombe sur un individu qui a inventé un remède infaillible contre le rhume !) mais la nouvelle est bien trop longue et sa chute tout à fait ratée. Fil conducteur, de Joe H. Hensley, semble vouloir dénoncer la tentation pour une société de sacrifier certains de ses membres pour le bien du plus grand nombre, mais l’auteur ne fait qu’effleurer le sujet sans vraiment le traiter. De même, Réhabilitation d’Algis Budrys part d’une idée prometteuse (un comédien chargé de jouer le rôle d’un véritable héros de guerre auprès de la population qui ignore tout de la supercherie), mais son propos est peu clair et n’aboutit pas à grand-chose. Quant à L’Homme qui disparait, de Theodore L. Thomas, il repose sur l’idée tout à fait farfelue que maladie et créativité sont liées, et que la suppression de l’une entraine automatiquement la disparition de l’autre. Citons pour finir un très court texte de Francis et Georges Carsac, Les Pauvres Gens, davantage une histoire drôle à l’humour très noir qu’une véritable nouvelle.

Fiction n°71

Comme souvent, la qualité globale est meilleure chez Fiction que chez sa consœur. On notera en particulier la nouvelle de Lester Del Rey, La Déesse Vierge, dont la violence et l’érotisme qui l’habitent rappellent l’ambiance des textes de Charles Henneberg que nous évoquions précédemment. L’auteur situe l’action de son récit sur une colonie terrienne en proie à de graves troubles depuis que la venue d’un messie menace de dresser les autochtones contre les occupants de leur planète. L’agent terrien dépêché sur place aura d’autant plus de mal à ramener le calme qu’il ne dispose quasiment d’aucun moyen et, pire encore, qu’il est à son insu à l’origine de cette situation !

Plus classique, Triste Victoire met en scène une bataille spatiale au cours de laquelle deux frères s’affrontent. L’originalité de cette histoire tient à sa forme, le récit de cet épisode étant enchâssé dans un autre où, dans une taverne martienne, une poignée d’individus devise autour de quelques bières.

Côté français, deux très courts textes seulement. Celui de Julia Verlanger est assez anecdotique, mais Le Lépreux de Marcel Battin donne en quelques paragraphes seulement une vision d’horreur d’un futur apocalyptique que l’on souhaite ne jamais connaître.

Les trois récits fantastiques du mois sont quant à eux tout à fait réussis, dans des registres très différents. Un Jour où soufflait comme un vent d’adieu, dans lequel Mildred Clingerman décrit un phénomène surnaturel fort singulier, relève plutôt de l’exercice de style et son intérêt repose essentiellement sur la qualité de son écriture. Le Nez à la fenêtre, de Mark Van Doren, est un beau texte, assez morbide, où le monde semble figé et ses protagonistes vivent dans une attente perpétuelle, jusqu’à ce qu’ils puissent enfin faire le deuil de leurs disparus et reprendre le cours de leur vie. Dans un tout autre style, Le Crack aux yeux bleus de Michael Fesser transforme par magie un joueur invétéré en cheval de courses. L’humour pince-sans-rire dont fait preuve l’auteur est assez irrésistible, et cette histoire joyeusement farfelue tout à fait délectable.

Les Proies du Vampire

Décidément, il ne se passe pas un mois sans qu’un nouveau descendant de Dracula fasse son apparition sur les écrans. Après Dans les Griffes du Vampire en septembre, voici que nous arrive Les Proies du Vampire (El Vampiro). Particularité de celui-ci : il s’agit d’un film mexicain, réalisé par Fernando Mendez (à qui l’on devait déjà Monstres sans Visage, sorti il y a peu en France).

Si l’on fait abstraction des décors et des costumes, ce vampire-là n’a finalement pas grand-chose de mexicain. Plutôt que de s’inspirer des légendes locales, Monsieur Mendez a choisi d’européaniser sa créature. Ceux qui espéraient trouver dans ce film une touche d’exotisme seront donc déçus.

Cela dit, Les Proies du Vampire mérite d’être vu. Sa réalisation est soignée, sans faire appel à beaucoup de trucages. Heureusement d’ailleurs, car les rares fois où Mendez a recours à de tels artifices, le résultat est tout à fait raté. Je pense en particulier aux scènes assez risibles où le vampire se transforme en une chauve-souris tremblotante.

Le reste du temps, Fernando Mendez fait preuve d’une judicieuse économie de moyens. Cela ne l’empêche pas de réaliser quelques séquences fort réussies, et l’on se surprend à sursauter dans son fauteuil à l’apparition d’une silhouette fantomatique inattendue, ou à trembler pour l’héroïne sur le point de se faire mordre. Un peu plus d’originalité dans le traitement du thème aurait sans doute été le bienvenu, mais Les Proies du Vampire n’en constitue pas moins une agréable distraction.

Le Pionnier de l’Espace

Si vous préférez la science-fiction, vous serez peut-être davantage tenté par Le Pionnier de l’Espace ( First Man into Space) de Robert Day. N’y allez pas, ou bien sortez passée la première demi-heure.

Le film démarre assez bien par les essais du premier vol spatial habité. Les maquettes sont réalisées avec soin et l’on pourrait presque se convaincre que tout ceci est vrai. Si ce n’était la personnalité du pilote, une tête brûlée n’en faisant qu’à sa tête, au risque de mettre toute l’opération en péril. On doute fort qu’un tel individu puisse se voir confier une mission aussi délicate, cela ne semble pourtant pas déranger les scénaristes. Ces derniers ont préféré accentuer le dramatique des situations au détriment de la vraisemblance.

Et puis survient le drame, pour le spectateur autant que pour le héros. Le vaisseau est frappé par des rayons cosmiques et s’écrase au sol. De son pilote nulle trace. Mais bientôt on retrouve dans les environs des cadavres horriblement mutilés. Et la vérité d’éclater enfin : les rayons cosmiques ont transformé notre intrépide héros en un monstre sanguinaire et caoutchouteux !

On abandonne définitivement la science-fiction au profit de l’horreur et, surtout, du ridicule. Le summum est atteint lorsque la créature prend la fuite au volant d’une voiture volée ! On imagine sans mal l’air ahuri des autres automobilistes qu’il pourrait croiser en chemin…

Tout cela est mis en scène platement, les acteurs récitent leurs répliques sans conviction et les scènes s’enchainent mécaniquement. Que voilà un spectacle de piètre qualité ! Allez plutôt voir Rio Bravo, John Wayne et Dean Martin y sont épatants.

Albert LedouNote de Clément :
Non, ce n'est pas Francis Valéry.