Cette nouvelle de Liu Cixin, parue dans le Bifrost no 87 et traduite du chinois par Gwennaël Gaffric, vous est proposée gratuitement à la lecture et au téléchargement du 26 janvier au 28 février 2018. Retrouvez chaque mois de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique Interstyles.

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Illustration : Romain Étienne

 

 

Après plus de deux mois de travail ininterrompu, j’étais harassé de fatigue. Aussi demandai-je au directeur du Centre de navigation aérospatiale de m’accorder deux jours de congé, histoire de m’aérer et de me changer les idées. Mon supérieur accepta, à la condition que je prenne une paire d’yeux avec moi. J’acquiesçai et il m’accompagna jusqu’à une petite pièce au bout d’un long corridor, là où les yeux étaient entreposés. Il n’en restait qu’une dizaine de paires.

Le directeur me confia l’une d’entre elles, puis m’indiqua un immense écran mural afin de me présenter leur propriétaire. La jeune femme en question, semblant tout juste sortie de la faculté, me fixait d’un regard candide. Elle paraissait flotter dans son ample combinaison spatiale, et son air presque effaré témoignait manifestement de sa prise de conscience récente que l’espace n’avait rien du paradis romantique dont elle rêvait du temps où elle fréquentait les bibliothèques universitaires  ; elle faisait désormais face à l’infernale réalité du vide intersidéral.

« Je vous remercie, monsieur, et je vous demande pardon de vous importuner de la sorte », dit-elle avant de s’incliner à plusieurs reprises. Sa voix était la plus douce qu’il m’avait jamais été donné d’entendre. J’imaginai ses mots planant dans l’espace, comme poussés dans ma direction par une brise légère, traversant d’énormes, de grossières structures en métal qu’ils ramollissaient au fil de leur trajectoire telle de la pâte à modeler.

« Il n’y a aucun souci. Je suis ravi d’avoir un compagnon de voyage. Où souhaiteriez-vous aller  ? demandai-je joyeusement.

— Vraiment  ? » Elle avait du mal à contenir son excitation. « Vous n’avez pas encore décidé  ? » Deux choses étranges attirèrent alors mon attention. Tout d’abord, un décalage existait en temps normal lors des communications entre l’espace et la surface. Même à une distance aussi proche que celle de la Lune, il y avait toujours un battement de deux secondes environ, et bien davantage depuis la Ceinture d’astéroïdes. Or, la réaction de la jeune fille semblait bel et bien simultanée. Elle se trouvait donc sur une orbite terrestre basse, et aucune escale n’était nécessaire avant de rentrer sur Terre – un trajet à la fois rapide et peu onéreux. Dès lors, nul besoin de demander à ce que quelqu’un emporte vos yeux en balade… Deuxième curiosité, elle était vêtue d’une combinaison qui, pour un ingénieur aérospatial, semblait assez étrange : aucune trace de protection antiradiations, et la visière de son casque n’était équipée d’aucun réflecteur. Je notai toutefois que les systèmes d’isolation thermique et de refroidissement de son équipement étaient particulièrement développés.

« Sur quelle station se trouve-t-elle  ? demandai-je au directeur.

— Cette question n’est pas de mon ressort. » Son visage s’était obscurci.

« Oubliez ça, vous voulez bien  ? » ajouta la fille de l’écran, toujours avec la même mine apitoyée.

« Vous n’êtes pas enfermée, tout de même  ? » lançai-je sur le ton de la plaisanterie  ; la cabine dans laquelle elle se trouvait paraissait terriblement exiguë. Selon toute vraisemblance, il s’agissait du poste de pilotage d’un vaisseau. On distinguait derrière elle un système complexe de navigation et des écrans qui clignotaient, mais on ne voyait ni hublot ni écran d’observation. Seul un crayon à papier planant en apesanteur au-dessus de sa tête indiquait qu’elle se trouvait bien dans l’espace. Suite à ma question, elle et mon responsable parurent rester un instant interdits. Je m’empressai alors d’ajouter : « Très bien, très bien, cela ne me regarde pas… Et si vous choisissiez plutôt notre destination  ? »

Manifestement, cette décision lui posait problème. Plaçant ses deux mains emmitouflées dans les gants de sa combinaison spatiale contre sa poitrine, elle demeura un instant les paupières mi-closes, comme confrontée à une question de vie ou de mort, à moins qu’elle ne fût convaincue que la Terre exploserait au lendemain de notre courte escapade. Je ne pus étouffer un rire.

« Oh, c’est si compliqué pour moi… Si vous aviez lu Trois jours pour voir d’Helen Keller, vous comprendriez combien tout cela est difficile.

— Nous ne disposons que de deux journées, pas trois. Le temps est une denrée précieuse, de nos jours. Mais notre immense avantage comparé à Helen, c’est qu’en trois heures à peine, vos yeux et moi sommes capables d’atteindre n’importe quel coin de la planète.

— Eh bien, allons donc dans ce lieu où je me suis rendue avant mon départ. »

Elle m’en donna la localisation  ; je me mis en route avec ses yeux.

 

 

Le Taklamakan

 

C’était le point de rencontre entre les montagnes et les plaines, les prairies et les forêts, à plus de deux mille kilomètres de mon Centre de navigation. Par avion ionosphérique, le trajet n’avait duré qu’une quinzaine de minutes. Grâce aux efforts et à la persévérance de plusieurs générations de travailleurs, l’ancien désert du Taklamakan avait été transformé en prairie verdoyante  ; désormais, après des décennies de contrôle drastique de la population, l’endroit était redevenu une zone où les humains se faisaient rares.

La prairie devant moi s’étendait jusqu’à l’horizon. Dans mon dos, des forêts luxuriantes recouvraient les monts Tian, dont certains sommets se coiffaient d’une couronne de neige argentée. Je sortis les yeux de la jeune femme et les enfilai.

Les « yeux » étaient en réalité des lunettes fonctionnant sur le principe de la télédétection. Une fois ces lunettes chaussées, leurs capteurs envoyaient les informations visuelles au récepteur en temps réel via un signal UHF. Ainsi, même situé à une distance des plus lointaine, le récepteur était en mesure de percevoir absolument tout ce que le porteur voyait – le porteur partageait les yeux du destinataire, littéralement ou presque.

Plus d’un million de personnes travaillaient désormais à l’année entre la Lune et la Ceinture d’astéroïdes. Retourner passer ses congés sur Terre coûtait un prix exorbitant. Soucieuse de cet obstacle économique, la NASA avait donc conçu ce petit gadget qui permettait à chaque personne vivant dans l’espace de disposer d’une paire d’yeux sur Terre à même d’être emportée en déplacement par les chanceux résidant encore à la surface, faisant ainsi partager les joies de leurs voyages aux astronautes nostalgiques de la Planète bleue. À son lancement, le procédé s’attira de nombreuses moqueries. Mais quand ceux qui acceptaient de les utiliser pendant leurs congés se virent gratifiés d’une compensation financière conséquente, la mode prit vite de l’ampleur. Les technologies mobilisées étaient de pointe, et les yeux artificiels se perfectionnèrent de plus en plus. Ils étaient désormais capables de transmettre au récepteur une sensation de toucher et de goût en stimulant ses ondes cérébrales. Porter une paire d’yeux en vacances était considéré comme un acte d’intérêt public par le personnel au sol du Centre de navigation. Tout le monde n’était certes pas enthousiaste à l’idée de partir avec les yeux d’un autre – les récepteurs avaient quelque chose d’intrusif –, mais en ce qui me concernait, je ne m’en souciais guère.

Je poussai un soupir d’admiration à la vue de ce paysage grandiose, mais j’entendis dans ses yeux comme le son d’un faible sanglot.

« J’ai tant rêvé de cet endroit depuis mon départ, et me voilà maintenant revenue au beau milieu d’un de mes rêves  ! » C’était à présent une voix douce qui émanait de ses yeux : « J’ai l’impression de jaillir hors des abysses pour reprendre ma respiration. J’ai si peur d’être enfermée. »

Je pus clairement l’entendre reprendre une longue inspiration.

« Mais vous n’êtes en rien enfermée à l’heure qu’il est, dis-je. Comparée à l’espace qui vous entoure, cette prairie est minuscule. »

Elle resta silencieuse. Même sa respiration paraissait s’être arrêtée.

« Bien entendu, dans l’espace aussi, on est enfermé… d’une certaine manière. Un aviateur du XXe siècle, Chuck Yeager, décrivait les astronautes confinés dans leur appareil comme…

— … de la viande en conserve. »

Nos rires se conjuguèrent avant qu’elle ne s’écrit : « Oh, une fleur  ! Des fleurs  ! Il n’y en avait pas la dernière fois  ! » La vaste plaine était en effet constellée de petits points multicolores.

« Vous voulez bien vous approcher pour les voir de plus près  ? »

Je m’accroupis.

« Oh, elle est magnifique  ! On peut la sentir  ? Non, ne la cueillez pas  ! » Je fus alors contraint de m’allonger à moitié sur le sol pour renifler le parfum frais et léger de la fleur. « Mmmh, j’arrive à la sentir… C’est comme si une petite sérénade me provenait confusément de la surface. »

Je secouai la tête en souriant. À notre époque de bouleversements incessants et de désirs impulsifs, la plupart des jeunes filles ne tenaient pas en place. Voir celle-ci verser une larme à la simple vue de quelques pétales avait quelque chose de singulier.

« Trouvons-lui un nom, d’accord  ? Mmmh… “Rêveuse”  ? Allons voir cette autre fleur, vous voulez bien  ?

» Et celle-ci, quel nom allons-nous lui donner  ? Mmmh, appelons-la “Bruine”  ; celle-là à présent… oh, merci. Avec sa couleur bleue claire, quoi de mieux que “Éclat de lune”… »

Et c’est ainsi que nous passâmes en revue les fleurs, les unes après les autres, humant leur parfum avant de les baptiser d’un nom qu’elle choisissait. Absorbée, étourdie d’excitation, elle oubliait tout le reste. Je commençais pour ma part à me lasser de ce jeu, et lorsque j’arrivai au bout de ma patience, nous avions déjà baptisé plus d’une centaine de fleurs.

Levant la tête, je remarquai la longue distance que nous venions de parcourir à travers la prairie et repartis sur mes pas afin de récupérer mon sac à dos. Comme je me penchai pour le ramasser, j’entendis la jeune fille pousser un nouveau cri : « Mon dieu, vous avez écrasé “Neige”  ! » Je fis de mon mieux pour remettre la fleur sauvage immaculée aussi droite que possible. Trouvant cela ridicule, je dissimulai alors deux autres fleurs sous chacune de mes mains et l’interrogeai : « Comment s'appellent-elles ? À quoi ressemblent-elles  ?

— À gauche, c’est “Cristal”, elle est blanche également et possède trois feuilles séparées sur sa tige  ; sous votre main droite, c’est “Flamme”, de couleur rose et à quatre feuilles : les deux du dessus sont séparées  ; celles du dessous sont jointes. »

Elle avait parfaitement raison, ce qui ne manqua pas de me troubler.

« Vous voyez, elles et moi, nous nous connaissons, et dans les longs jours à venir, je penserai à chacune d’entre elles, encore et toujours. Ce sera comme raconter en boucle un merveilleux conte de fées. Le monde est si beau, chez vous  !

— Chez moi  ? Mais c’est aussi votre monde… Si vous persistez dans cette nostalgie puérile, les psychologues vous renverront sur Terre et exigeront que vous y demeuriez jusqu’à nouvel ordre. »

Déambulant sans but sur la prairie, j’arrivai bientôt au bord d’un ruisseau enfoui sous des herbes hautes. Je décidai de l’enjamber et de continuer ma route lorsqu’elle m’arrêta :

« J’aimerais vraiment plonger ma main dans cette petite rivière. »

Aussi m’agenouillai-je, laissant mes mains entrer en contact avec l’eau du ruisseau. Un frisson me parcourut le corps, sensation que les ondes à ultra-haute fréquence transportèrent via ses yeux à travers l’espace. Un soupir, une nouvelle fois.

« Il fait très chaud là où vous êtes, n’est-ce pas  ? » demandai-je en repensant à la cabine étroite et au système d’isolation thermique remarquablement poussé de sa combinaison.

« Chaud, oui. Chaud comme… l’enfer. Ah, mais ça alors, qu’est-ce que c’est  ? Le vent du Taklamakan  ? » Je venais à peine de sortir mes mains de l’eau, et une brise aussi fraîche que légère soufflait sur mes doigts mouillés.

« Non, ne bougez pas  ! Ce vent vient du paradis  ! » Je levai mes deux mains, les offrant à la caresse de la brise jusqu’à ce qu’elles soient enfin sèches. Puis replongeai mes membres dans le ruisseau à sa demande insistante avant de les exposer au vent une fois encore, lui transmettant cette minuscule sensation divine. Là encore, on consacra un certain temps à cette distraction.

Notre marche une fois reprise, on demeura silencieux un moment. Enfin, elle finit par déclarer de sa voix délicate : « Le monde, chez vous, est merveilleux.

— Je ne sais pas trop, répondis-je, le moindre de mes sentiments est assombri par la grisaille de mon existence.

— Comment est-ce possible  ? Ce monde a tant à offrir  ! En faire le tour, ce serait compter les gouttes de pluie d’un déluge  ! Regardez ce groupe de nuages à l’horizon, regardez leur blancheur argentée en cet instant précis. Ils me semblent aussi solides qu’une chaîne scintillante de montagnes de jade. Et dessous, la prairie qui m’apparaît au contraire comme un amas gazeux, comme si l’herbe planait au-dessus du sol tel un océan de nuages verts. Regardez la danse magnifique de l’ombre et de la lumière lorsque les nuages passent devant le soleil puis s’en vont en planant. Regardez tout cela… Vous n’éprouvez donc vraiment rien  ? »

 

Je passai la journée entière à flâner dans l’immense plaine, équipé de ses yeux. Elle voulait voir chaque fleur sauvage, chaque brin d’herbe, chaque rayon de soleil insufflant la vie à chaque buisson, elle voulait écouter chaque bruit de la prairie. Le moindre ruisselet qui surgissait sous nos pas, le moindre poisson nageant dans celui-ci l’émerveillait au plus haut point  ; le plus infime murmure de la brise, la moindre fragrance d’herbe portée par le vent lui arrachaient un sanglot… Il y a avait là, dans l’exubérance de ses émotions manifestées, quelque chose de pathologique.

Avant le coucher du soleil, j’atteignis une petite cabane blanche qui se dressait, solitaire, au milieu de l’immensité de la prairie : un gîte minuscule destiné aux voyageurs. Il ne semblait pas avoir été fréquenté depuis des lustres, et il ne s’y trouvait à l’intérieur qu’un vieil androïde lourdaud chargé de veiller sur les lieux. Fatigué et affamé, je commençai à avaler mon dîner, mais à peine arrivé à la moitié de mon repas, la jeune femme m’interpella et me demanda de sortir sur-le-champ pour assister au coucher du soleil.

« Contempler les dernières lueurs du crépuscule, avant que la nuit ne tombe lentement sur la forêt, c’est écouter la plus belle symphonie de l’univers », dit-elle, comme sous le coup de l’ivresse.

Je grommelai intérieurement, me résignant malgré tout à traîner mes jambes lourdes à l’extérieur du gîte.

Je dus bien reconnaître que le coucher de soleil sur la prairie était sublime, mais les émotions qui émanaient de mon accompagnatrice teintaient le paysage d’une couleur étrange.

« Vous tenez pour précieuses des choses bien ordinaires », lui dis-je sur le chemin du retour. Il faisait déjà sombre, et quelques étoiles précoces piquetaient le voile nocturne.

« Pas vous  ? C’est cela, vivre, dit-elle.

— En ce qui me concerne – et je suis loin d’être le seul aujourd’hui –, je n’y arrive pas. À notre époque, tout est si simple à obtenir. Et je ne parle pas que des choses matérielles… Vous avez envie d’un ciel bleu, d’un lac cristallin, de la tranquillité de la campagne, du silence d’une île déserte  ? Tout cela peut être acquis sans effort. Tenez, même l’amour – cette émotion autrefois si souvent hors d’atteinte pour nos ancêtres – peut désormais être éprouvée via la réalité virtuelle.

» Voilà pourquoi nous ne savons plus rien apprécier. Nous avons une corbeille de fruits à portée de la main en permanence, nous nous servons à l’envie, croquons un morceau puis jetons le reste.

— Certains n’ont pas le moindre fruit devant eux », dit-elle d’une voix basse.

Sans que je sache trop pourquoi, j’eus l’impression de l’avoir blessée. On garda le silence sur le chemin du retour.

Cette nuit-là, dans mes rêves, je la vis, vêtue de sa combinaison, calfeutrée dans sa cabine exiguë. Les yeux débordant de larmes, elle tendait la main vers moi en hurlant : « Sortez-moi d’ici  ! J’ai si peur d’être enfermée  ! » Je me réveillai en sursaut et découvris qu’elle m’appelait vraiment. Je m’étais endormi avec ses yeux, allongé sur le dos.

« S’il vous plaît, faites-moi sortir, vous voulez bien  ? Allons voir la Lune, elle s’est sans doute levée  ! »

La tête lourde, encore écrasé de fatigue, je m’exécutai à contrecœur pour constater qu’en effet, l’astre venait tout juste de se lever, teintant d’un rouge pâle la brume baignant les environs. Bercé par les rayons lunaires, le Taklamakan était profondément endormi, tandis que les lueurs d’innombrables lucioles ondoyaient entre les herbes sombres, comme si la prairie révélait la vraie nature de ses rêves.

Je m’étirai tout en m’adressant aux cieux :

« Eh, vous voyez les rayons de la Lune descendre depuis votre orbite jusqu’ici  ? Donnez-moi la position approximative de votre vaisseau. Avec un peu de chance, je peux même le repérer d’ici. Je suis sûr que vous êtes sur une orbite basse. »

Elle se mit à fredonner un petit air en guise de réponse avant de préciser :

« “Clair de Lune”, de Debussy. »

Après quoi elle se remit à chantonner, si absorbée par la musique qu’elle semblait avoir totalement oublié mon existence. La mélodie du « Clair de Lune » accompagnait la symphonie des rayons de lune descendant sur le sol. J’imaginai cette jeune fille délicate au milieu de l’espace. Au-dessus de sa tête, l’astre d’argent  ; en-dessous, la Planète bleue  ; elle, minuscule, gravitant au milieu, sa mélodie se mêlant à la clarté sélène.

Une heure s’écoula avant que je retourne m’allonger. Elle fredonnait toujours  ; j’ignorais si c’était encore Debussy, mais sa douce mélodie continua à flotter dans mes songes.

Je ne sais combien de temps s’écoula lorsque la musique se mua en appel. Elle me réveillait à nouveau, elle voulait ressortir.

« Ne venez-vous pas de voir la Lune  ? lançai-je avec irritation.

— Mais elle est différente à présent. Vous vous souvenez  ? Tout à l’heure, les nuages étaient à l’ouest  ; ils ont certainement dû dériver pour aller jouer à cache-cache avec la Lune. Allons admirer la beauté de ces jeux d’ombres et de lumières sur la prairie. C’est une musique d’un autre genre, en quelque sorte. Je vous en supplie, faites sortir mes yeux  ! »

Bouillant de colère, je quittai néanmoins ma chambre. Les nuages s’étaient bel et bien déplacés, et les rayons de la Lune passaient maintenant à travers. De grosses taches de lumières ondulaient sur la prairie, tels des souvenirs anciens émergeant des profondeurs de la terre.

« Vous êtes comme ces poètes sentimentaux du XVIIIe siècle. Vous n’êtes pas à votre place dans notre époque, et encore moins dans l’espace », dis-je en tournant mon visage vers le ciel nocturne. J’ôtai alors ses yeux et les posais sur la branche d’un tamaris tout proche.

« Contemplez la Lune par vous-même, j’ai vraiment besoin de repos. Demain, je devrai me presser de retourner au Centre de navigation et continuer à vivre une vie dénuée de poésie. »

Depuis ses yeux me parvint le léger son de sa voix, mais je n’entendis pas distinctement ce qu’elle disait et regagnai seul ma chambre.

À mon réveil, il faisait déjà grand jour, le ciel était constellé de nuages sombres et une légère bruine enveloppait la plaine du Taklamakan. Ses yeux étaient encore sur la branche du tamaris, ses lentilles recouvertes d’une fine pellicule d’embruns. J’essuyai soigneusement les oculaires avant de les chausser. Je m’étais imaginé qu’ayant contemplé la Lune une bonne partie de la nuit, elle serait encore endormie, mais j’entendis bientôt en provenance de ses yeux des pleurs étouffées. Ce qui me restait de colère s’évanouit aussitôt.

« Je suis sincèrement désolé pour hier soir. J’étais vraiment épuisé.

— Ne vous excusez pas, vous n’y êtes pour rien, renifla-t-elle. Le ciel est chargé de nuages depuis trois heures et demie. La pluie s’est mise à tomber à environ cinq heures…

— Vous n’avez pas dormi de la nuit  ? »

Elle répondit dans un sanglot : « Il s’est mis à pleuvoir… je… je n’ai pas pu voir le soleil se lever, j’aurais tant aimé voir l’aube sur la prairie. J’aurais tant aimé… »

J’avais l’impression que mon cœur était en train de fondre. Dans mon esprit, je visualisais ses sanglots, son nez en train de renifler, et alors que je ne m’y attendais pas, mes yeux se mouillèrent à leur tour. Je devais bien admettre qu’au cours de ces heures passées en sa compagnie, elle m’avait appris quelque chose. Je n’aurais su dire quoi, quelque chose d’aussi opaque que les ombres sur la prairie de cette nuit lunaire. Une chose qui changerait à jamais mon regard sur le monde.

« Il y aura bien d’autres levers de soleil sur la prairie. Je vous promets de revenir ici avec vos yeux. Ou bien je vous y amènerai en chair et en os, qu’en dites-vous  ? »

Elle cessa de pleurer, et soudain, je l’entendis murmurer :

« Écoutez… »

Je n’entendis rien, mais mon cœur se noua.

« C’est le premier chant d’oiseau de la journée. Les oiseaux chantent même les jours de pluie… » Elle s’était exprimée avec une passion extrême, mais sur un ton aussi solennel que si les gazouillis avaient sonné comme l’Horloge du Siècle à Tianjin.

 

 

Crépuscule VI

 

De retour dans la grisaille de mon existence, les souvenirs de l’expérience que je venais de vivre s’estompèrent sous le poids du travail. Plus tard, bien plus tard, lavant les vêtements portés durant le voyage, je dénichai deux ou trois graines coincées dans les plis de mon pantalon. Je me rendis compte alors qu’une graine d’une toute autre nature s’était insinuée dans les profondeurs de mon être. Au sein du désert solitaire et désolé de mon âme, cette graine avait fait germer un imperceptible bourgeon vert. Même sans en être conscient, après une journée de travail bien remplie, je pouvais désormais ressentir la poésie de la brise du soir soufflant sur mon visage. Les chants des oiseaux attiraient mon attention, je me surprenais même à me rendre sur un pont, au crépuscule, dans le seul but de contempler le voile de la nuit tombant sur la ville… Dans mes yeux, le monde était toujours teinté de gris, mais de minuscules petites pousses vertes s’y faufilaient, n’avaient de cesse de se multiplier. Lorsque je m’aperçus enfin de ce changement en moi, le souvenir de cette jeune fille me revint en mémoire.

Sans que j’y prenne garde, pendant mes heures d’oisiveté ou mon sommeil, me revenait souvent l’image de ce décor dans lequel elle évoluait, cette cabine étroite, cette étrange combinaison spatiale thermique… Or toutes ces choses sombrèrent bientôt dans les abysses de ma conscience, et un seul souvenir rejaillissait encore quelquefois : le crayon à papier en apesanteur au-dessus de sa tête. J’ignorais pourquoi, mais dès que je fermais les paupières, je revoyais ce crayon planer devant moi. Un jour, enfin, alors que je franchissais le sas d’entrée du Centre de navigation, une immense peinture murale pourtant vue un nombre incalculable de fois attira mon attention : l’image de la Planète bleue depuis l’espace. Le crayon à papier se mit à flotter sous mes yeux, se superposant à la peinture. Et alors j’entendis sa voix :

« J’ai si peur d’être enfermée… » Un éclair jaillit dans mon esprit.

L’espace n’était pas le seul endroit libéré de la pesanteur  !

Je gravis en hâte les marches qui conduisaient à l’étage et frappai à la porte du bureau du directeur. Il était absent, mais quelque chose en moi me disait où il se trouvait : je courus jusqu’à la petite pièce où étaient conservés les yeux. Mon supérieur était bien là, contemplant l’écran géant – la contemplant, elle, toujours cloîtrée dans sa cabine étroite et close, vêtue de sa « combinaison spatiale ». Mais l’image était figée, il ne s’agissait que d’un enregistrement. « Tu es venu pour elle, je suppose  ? » Il ne quittait pas l’écran des yeux.

« Où se trouve-t-elle vraiment  ? m’écriai-je.

— Tu le sais déjà… C’est la pilote du Crépuscule VI. »

Les choses s’emboîtèrent les unes aux autres  ; sans force, je m’appuyai contre le mur avant de me glisser jusqu’au sol moquetté.

 

Ambitionnant le lancement de dix vaisseaux, le « projet Crépuscule » avait été abandonné après l’accident de Crépuscule VI. Dans l’ensemble, il se résumait à une mission d’exploration assez standard, aux procédures de navigation similaires à ceux que le Centre avait eu à gérer par le passé. À cette différence près que les vaisseaux du projet Crépuscule ne partaient pas pour l’espace, mais pour les profondeurs de la Terre.

Près d’un siècle et demi après la réussite du premier vol spatial, l’humanité s’était lancée dans la conquête de la direction opposée : la série des vaisseaux Crépuscule représentait la première tentative de ce type d’exploration.

Quatre ans plus tôt, j’avais suivi le lancement de Crépuscule I à la télévision. C’était tard dans la nuit. Quelque part au beau milieu de la Dépression de Tourfan, une boule de feu aussi flamboyante que le soleil avait déchiré les nuages du ciel nocturne au-dessus de la province du Xinjiang telle une fabuleuse aube rutilante. À peine la boule de feu s’était-elle assombrie que le Crépuscule I pénétrait la Terre. Le sol était brûlé, et au centre de ce cercle incandescent, un lac de lave en fusion soulevait des vagues magmatiques. Cette nuit-là, on ressentit aussi loin qu’à Urumqi les légères secousses provoquées par le vaisseau tandis qu’il forait la croûte terrestre.

Les cinq premiers vaisseaux du projet Crépuscule menèrent avec succès leur mission d’exploration souterraine et remontèrent en toute sécurité à la surface. Parmi eux, Crépuscule V battit même le record de profondeur jamais atteinte par l’homme à ce jour : 3100 kilomètres au-dessous du niveau de la mer. Crépuscule VI n’avait pas pour ambition d’effacer ce record. Selon les conclusions d’une étude effectuée par des géophysiciens, à une profondeur de 3400 à 3500 kilomètres, se trouvait l’interface entre le manteau et le noyau, ce que les scientifiques appelaient la « discontinuité de Gutenberg ». Une fois franchie cette interface, le vaisseau entrerait dans le noyau externe, principalement constitué de fer et de nickel liquides. À ce stade, la densité de la matière augmentait fortement, et Crépuscule VI n’était pas conçu pour y naviguer.

La première partie de la mission de Crépuscule VI se déroula sans encombre  ; deux heures suffirent à franchir l’interface entre la croûte terrestre et le manteau supérieur – la discontinuité de Mohorovicic. La capsule s’arrêta cinq heures sur une plaque continentale, avant de commencer sa longue odyssée au sein des trois mille kilomètres du manteau. Si la traversée de l’univers représente un périple solitaire par bien des aspects, les astronautes peuvent contempler l’espace infini et la splendeur des étoiles. En ce qui concerne les passagers d’un voyage au centre de la Terre, ils n’ont pour leur part d’autre choix que de se fier au seul sentiment d’accroissement de la densité de matière autour d’eux. Depuis l’écran holographique du vaisseau, on pouvait assister à la scène d’un magma aveuglant et bouillonnant qui chatoyait au rythme des mouvements du vaisseau, refluant au niveau de la poupe et comblant aussitôt l’espace traversé par l’appareil. Après son retour à la surface, un troglonaute évoquait ainsi l’expérience des aventuriers souterrains : en fermant les yeux, tous voyaient le reflux rapide et la pression du magma pesant sur le vaisseau, sentiment qui, aussi mental qu’il fût, donnait corps à la quantité énorme de matière qui ne cessait de s’épaissir au-dessus d’eux. Quiconque n’ayant connu que la surface terrestre ne pouvait prendre la mesure de ce sentiment d’écrasement, impression terrible qui s’emparait de chacun des membres de l’équipage et nourrissait une claustrophobie extrême.

Crépuscule VI menait à bien les travaux de recherche qui lui avaient été assignés. La capsule descendait à une vitesse d’environ quinze kilomètres par heure  ; il lui en faudrait une vingtaine avant d’atteindre la profondeur voulue. Pourtant, après 15 heures et 40 minutes de navigation, la sirène du vaisseau retentit. Le radar à la surface indiquait que la densité de la matière dans la zone de navigation était soudain passée de 6,3 à 9,5 grammes par centimètre cube. La substance autour du vaisseau n’était plus composée de silicate, mais d’un alliage métallique à base de fer et de nickel  ; en outre, de solide, elle était devenue liquide. Alors que Crépuscule VI n’avait atteint qu’une profondeur de 2500 kilomètres, tout semblait indiquer que le vaisseau s’était aventuré dans le noyau terrestre. Plus tard, on comprit qu’il avait bel et bien fait irruption dans une fissure du manteau qui menait directement au noyau. Cette dernière, veine gorgée d’un liquide sous haute pression composé de fer et de nickel, pile sur la trajectoire du Crépuscule VI, provoquait les conditions d’une discontinuité de Gutenberg s’étendant sur mille kilomètres  ! Aussitôt, le vaisseau passa en mode « urgence » et tenta d’échapper à la fissure dans une manœuvre de retournement – en vain. Conçue pour l’essentiel en matériau neutronique, la coque pouvait résister à la soudaine augmentation de pression : seize tonnes par centimètre carré. À ceci près que la capsule se divisait en trois parties, un moteur à fusion à l’avant, une cabine centrale et des moteurs de propulsion à l’arrière. Lorsque le vaisseau se retourna au sein de ce métal liquide dont la densité et la pression dépassaient de loin celles dans laquelle il était censé évoluer, le moteur à fusion se sépara de la cabine. Les images diffusées depuis le communicateur à neutrinos de l’appareil étaient sans appel : le moteur avant, désolidarisé de la coque, disparut dans le liquide rougeoyant. Sous terre, les moteurs à fusion étaient équipés d’un jet de plasma à haute température capable de découper la matière à l’avant du vaisseau. Privé de son moteur antérieur et ne disposant dès lors plus que de son moteur à propulsion, Crépuscule VI était dans l’incapacité de se déplacer. La densité du noyau était terrifiante, mais celle de la matière neutronique du vaisseau encore plus grande : l’habitacle tiendrait. Quand bien même la force de flottabilité de l’environnement fer-nickel, inférieure à la masse du vaisseau, enfonçait petit à petit Crépuscule VI au sein du noyau…

Un siècle et demi s’était écoulé depuis les premiers pas de l’homme sur la Lune avant que ce dernier ne soit technologiquement capable de rejoindre Saturne. Il lui faudrait au moins autant de temps pour rallier le noyau depuis le manteau. Si un vaisseau venait à s’égarer par erreur au sein du noyau, il connaîtrait le même destin qu’un astronef du milieu du XXe siècle parti pour la Lune et qui se serait perdu dans l’espace. Il n’existait tout simplement aucun moyen de lui porter secours.

Par chance, la coque de la cabine principale de Crépuscule VI était robuste, et le système de communication à neutrinos permettait de garder un contact ininterrompu avec la surface. L’année qui suivit, le vaisseau poursuivit sa mission d’exploration, envoyant une quantité considérable de données précieuses depuis le noyau. L’équipage était enveloppé d’une matière de quelques milliers de kilomètres d’épaisseur. Ici, pas d’air ni de vie, pas même un peu d’espace, mais une température extérieure de cinq mille degrés, et une pression telle qu’elle pouvait en une seconde changer du carbone en diamant métallique et liquide. Seuls les neutrinos étaient en mesure de passer à travers la dense quantité de matière accumulée autour du vaisseau. Dans un tel monde, l’Enfer de Dante aurait paru un paradis  ; dans un tel monde, comment qualifier la vie  ? L’adjectif vulnérable, sans doute, était le seul idoine.

L’immense tension psychologique à bord du vaisseau étouffait les trois membres d’équipage, plongeait au cœur de leur esprit. Jusqu’à ce qu’un jour l’ingénieur géologue du vaisseau s’éveille en sursaut et, aux prises avec ses cauchemars, qui sait, déverrouille la porte du sas de protection de la cabine. Le premier des quatre sas, mais le brutal afflux de chaleur qui s’ensuivit carbonisa aussitôt le scientifique. Le commandant du vaisseau parvint à refermer l’écoutille et éviter la destruction totale du Crépuscule VI, mais au prix de brûlures telles qu’il paya son exploit de sa vie – non sans avoir laissé un ultime message sur le journal de bord.

Ne restait désormais plus qu’une seule personne au sein du vaisseau en perdition, dans les tréfonds de la Terre.

À présent, Crépuscule VI était dans une situation d’apesanteur totale. Le vaisseau avait sombré à une profondeur de six mille huit cents kilomètres : la jeune femme était le premier être humain à avoir jamais atteint le centre de notre planète.

Sa zone de vie dans ce nouveau monde se limitait à cette suffocante cabine de pilotage d’à peine dix mètres carrés. À bord du vaisseau se trouvait une paire de lunettes à neutrinos, un accessoire qui lui permettait de garder malgré tout une liaison sensorielle avec la surface. Mais ce lien ne durerait pas éternellement : l’énergie du système de communication serait bientôt épuisée. L’énergie restante ne permettait déjà plus de maintenir le flux de données à haute vitesse des lunettes. La transmission s’était interrompue trois mois plus tôt, précisément au moment où je prenais l’avion qui me ramenait au Centre de navigation après mon escapade dans les prairies du Taklamakan. Ce jour-là, j’avais rangé ses yeux dans mon sac de voyage…

Cette aube bruineuse et sans soleil sur la prairie avait donc été sa dernière image du monde de la surface.

Depuis, Crépuscule VI n’avait pu maintenir avec le sol qu’une communication vocale avec le module de transmission de données. Une nuit, ces échanges s’étaient cependant interrompu et désormais, elle demeurerait à jamais seule et cloîtrée au centre de la Terre.

La coque en matériel neutronique du Crépuscule VI était suffisamment résistante pour ne pas subir l’énorme pression dans le noyau, tandis que les systèmes de survie et de recyclage à bord pourrait fonctionner pendant plusieurs dizaines d’années  ; peut-être quatre-vingts, affirmaient les ingénieurs. La jeune femme passerait donc le reste de son existence sous terre, prisonnière d’un espace de moins de dix mètres carrés.

Je n’osais imaginer la scène de ses derniers adieux avec le monde de la surface, et lorsque le directeur enclencha l’écoute de son ultime enregistrement, le choc fut pour moi terrible. Les flux de neutrinos émis depuis le centre de la Terre étaient déjà très faibles  ; si sa voix était saccadée, elle n’en restait pas moins d’une imperturbable sérénité.

« … j’ai bien reçu vos dernières recommandations. À partir de ce jour, je me consacrerai entièrement au travail de recherche du projet initial. Un jour futur, dans quelques générations, peut-être, quelqu’un retrouvera le Crépuscule VI au centre de la Terre, et peut-être sera-t-il en mesure de s’y amarrer et d’y pénétrer. Qui sait, les documents que j’y aurai laissés auront alors au moins une utilité. Rassurez-vous, je trouverai de quoi occuper mon existence ici. Je m’habitue déjà peu à peu à cette vie, je n’ai plus l’impression d’étroitesse et d’enfermement du début. Je suis entourée par le monde, il me suffit de fermer les yeux pour retourner au milieu de la grande prairie. Je peux encore voir clairement chaque fleur à laquelle j’ai donné un nom… Adieu. »

 

 

Terre transparente

 

Les années qui suivirent, je voyageai dans de nombreuses contrées. Partout où j’allais, j’aimais à m’allonger sur le sol.

Je me couchai sur une plage de l’île de Hainan, sur la banquise en Alaska, au cœur d’une forêt de bouleaux, en Sibérie, au milieu du désert du Sahara… À chaque fois, la Terre devenait transparente dans mon esprit et, quelques six mille kilomètres sous moi, au centre de cette gigantesque boule de cristal, je pouvais voir les amarres du Crépuscule VI. Je sentais le cœur de la pilote battre à des milliers de kilomètres. J’imaginais les rayons dorés du Soleil et le halo argenté de la Lune percer le noyau de la planète, j’entendais la jeune fille fredonner le « Clair de Lune » de Debussy. Je pouvais presque entendre la douceur de sa voix :

« … quelle beauté ! Une musique d’un autre genre… »

Une pensée en particulier apaisait mon âme : même aux confins de la Terre, je serais toujours aussi proche d’elle.