Lust in the dust, Paul Bartel (1985). 83 minutes, couleurs.

Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas eu l’occasion de parler de Divine…

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Une femme obèse chemine à dos de mule à travers un paysage désertique. Soudain, c’est le drame : elle chute lourdement. Une voix off prend alors la parole :

« Our passions are like fire and water, good servants but poor masters. The legend of Chile Verde tells of men and women who became slaves to their passions. They paid the price here under the blistering, burning, blazing, scorching, roasting, toasting, baking, boiling, broiling, steaming, searing, sizzling, grilling, smoldering, VERY HOT New Mexico sun. For there is a saying in these parts: those who lust in the dust shall die in the dust. »

Le ton est donné…

La femme qui a chuté, c’est Rosie Velez. Bien vite, elle se retrouve à cheminer en compagnie d’un lonesome cowboy bien peu loquace – on découvrira plus tard qu’il se nomme Abel Wood. Le couple improbable finit par atteindre un petit village reculé au fin fond du Nouveau Mexique, Chile Verde. Rosie a l’intention de s’y établir comme danseuse dans le saloon, tenu par l’intraitable et plantureuse Margarita. Laquelle avoue un léger faible pour Abel Wood. Mais une équipe de desperados emmenée par un simili-pasteur, Hardcase Williams, à qui Rosie a déjà eu affaire, rôde dans le coin. Car il est un sujet dont personne à Chile Verde ne veut parler : l’or ! Il y aurait un trésor caché dans les environs, mais personne ne sait l’endroit précis où son ancien propriétaire, Cactus Kaplan. À moins que la solution de l’énigme ne se cache sur les postérieurs rebondis de Rosie et Margarita…

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Lust in the dust est l’œuvre du réalisateur américain Paul Bartel, à qui l’on doit aussi La Course à la mort de l’an 2000 (1975), avec David Carradine et un tout jeune Sylvester Stallone pré-Rocky, ainsi que Cannonball (1976), avec Carradine à nouveau – deux nanards automobiles. Avec Lust in the dust, on a là un western gentiment parodique, qui ne se caractérise pas par un humour des plus fins. On se situe au-dessus du tagada-tsoin-tsoin-pouet-pouet, mais de peu. En fait, Lust in the dust vise volontairement un humour situé « au nord de la jarretelle » – comme l’explique Margarita lors de son tour de chant, une reprise salace de « South Of The Border » – et parvient à s’y tenir sans verser dans l’outrance et sans oublier non plus au passage son intrigue et ses personnages. Un joli tour de force, quand on y pense. Bref, c’est con mais drôle. Mais con. Mais drôle. Les blagues, même idiotes, font mouche la plupart du temps. Et j’avoue, j’ai ri, plus souvent que la décence ne l’autorise.

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Here comes Divine
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Rosie
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A lonesome cowboy (not for much longer)
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Abel rencontre Margarita
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Hardcase Williams

Parodie oblige, Lust in the dust pastiche les figures imposées du genre, sanctifiée par les westerns spaghettis. La figure du « pale rider » eastwoodien est détournée par Tab Hunter – qui fera d’ailleurs son coming out vingt-et-un ans plus tard, dans son autobiographie –, qui donne à l’impavide pistolero un charisme de crevette. Ce qui vaut mieux, face aux personnages bigger than life de Rosie et Margarita. Et puis il y a des prostituées, au nombre de trois : une gamine, une vieille sénile, et une matronne. Le film se conclut non pas par un duel, ni même par un « triel » leonesque, mais par un combat quadripartite (quintapartite, même, un bref moment). Et ça chante, parfois ; ça se tire dessus, souvent ; certains personnages meurent, mais cela ne prête jamais grandement à conséquence ; il est question de passion et de sentiments, mais de cul aussi. Tant pis si le film manque parfois de rythme et que les scènes de baston s’avèrent poussives, ce sont des défauts que l’on pardonnera volontiers ici.

Pour ne rien gâcher, les acteurs semblent s’en donner à cœur joie. Divine a un jeu égal à lui-même : un surjeu constant, mais pas dénué de nuances pour autant. Le personnage de Rosie étant extravagant et outrancier par nature, l’acteur lui donne sa pleine mesure, concurrencée par Lainie Kazan dans le rôle de Margarita. Ànoter que jamais l’humour ne se fonde sur le fait que Divine est un travesti : pas de blague grasse et pesante du genre « hu-hu, c’est un homme déguisé en femme » ; tout au plus l’humour porte-t-il parfois sur le physique imposant de l’acteur.

Divine est souvent associée au réalisateur John Waters, notamment pour les films trash de ce dernier – le culte Pink Flamingos en tête. Rien de tout cela avec Lust in the dust, qui constitue l’une des deux infidélités de l’acteur à Waters (mais le terme adéquat serait peut-être « ouverture »), et qui pourrait représenter une bonne porte d’entrée pour la filmographie de Divine – quoique il vaut peut-être mieux opter pour le documentaire I Am Divine (2013), qui brosse un très attachant portrait de l’acteur-chanteur drag-queen. (Concernant la collaboration entre Divine et Waters, il est plus simple de commencer en douceur avec Hairspray – l’original, on est d’accord, pas le remake avec Travolta – ou alors opter pour un dépucelage brutal avec Pink Flamingos.) Par ailleurs, Lust in the dust marque aussi les retrouvailles de Divine avec Tab Hunter, cinq ans après Polyester – ce film de John Waters ayant permis à Hunter de remonter en selle, après une décennie 1970 peu fructueuse. Hunter, qui a enchaîné les rôles principaux dans des films de guerre ou des westerns lors des années 50 et 60, notamment devant la caméra de Sidney Lumet ou Jacques Tourneur, en compagnie de Vincent Price, Sophia Loren ou Natalie Wood. Les autres acteurs principaux du casting (Geoffrey Lewis dans le rôle de Hardcase Williams ou Lainie Kazan dans celui de Margarita) ont mené des carrières essentiellement dans le domaine des séries et des films télévisés.

Bref. Les amateurs du bon goût s’abstiendront. Pour notre part, on s’en fiche et on recommande sans réserve.

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Introuvable : non
Irregardable : peut ne pas plaire à tout le monde
Inoubliable : pas tout à fait