Nous voici aux derniers jours de septembre. Les matinées commencent à être fraiches avec une belle régularité – autour des dix degrés sur le coup de huit heures du matin, lorsque les chats commencent à s’impatienter et le font savoir sous nos fenêtres. Les nuits ne sont pas encore assez froides pour qu’ils aient envie de les passer à la maison, aussi continuent-ils de les passer dehors, planqués dans une multitude de coins et de recoins. L’après-midi, le soleil réchauffe l’atmosphère et, parfois, on approche même des trente degrés – ce qui fait un sacré différentiel thermique, nos vieilles carcasses ont du mal à suivre ! Comme disait ma grand-mère : « On ne sait plus comment s’habiller ! » Heureusement, dans quelques semaines, il fera froid tout le temps. Ce sera plus simple à gérer !

En attendant, nous avons semé des épinards, de la variété Géant d’Hiver. Avec un peu de chance, si le thermomètre de nuit ne descend pas trop rapidement et si le soleil continue de briller pendant la journée, nous aurons une première récolte début novembre – il suffira de prélever les jeunes feuilles : en salade, c’est un délice. Puis il faudra attendre mars, pour la reprise de la pousse et la suite de la récolte.

Nous avons ça et là, des énormes potées de Billbergia. C’est une plante tropicale de la famille des Broméliacées, originaire du continent américain. On en trouve dans la nature depuis le Mexique jusqu’en Amérique du Sud mais la majorité des variétés – il en existe une soixantaine – est originaire du Brésil. Les Billbergias forment de grandes rosettes de feuilles coriaces qui se développent en longs rubans retombants, de couleur verte ou panachée. La partie inférieure des rosettes constitue un véritable entonnoir au fond duquel l’eau de pluie s’accumule. J’ignore le nom de la variété que nous cultivons car la plante-mère est dans la famille depuis plusieurs générations : je me souviens avoir vu ma grand-mère (puis ma mère) diviser les touffes devenues trop grosses et les replanter dans plusieurs pots. La floraison est spectaculaire, avec de grandes fleurs tubulaires accrochées à de longues bractées. Les Billbergias ne connaissent pas de repos végétatif. Dans de bonnes conditions, elles se développent sans cesse et la floraison peut avoir lieu à n’importe quel moment de l’année. En mai, nous sortons les pots à l’extérieur pour les accrocher à des supports muraux ou, plus simplement, nous les déposons sur les rebords des fenêtres. L’un des intérêts de vivre dans une très vieille maison avec des murs en pierre incroyablement épais, est qu’on dispose de très larges rebords de fenêtres ! En octobre, nous rentrons les pots et les entassons en haut des buffets, dans des pièces relativement chauffées comme la cuisine. C’est là que ça devient vraiment amusant… À la fin de l’été, des petites grenouilles vertes s’installent dans les potées. Elles passent la journée sur une feuille, parfaitement immobiles, au soleil ou à mi-ombre. Le soir, quand il commence à faire plus frais, elles descendent tout au fond des rosettes où elles passent la nuit. Lorsque nous rentrons les potées à l’intérieur, il est fréquent que nous rentrions aussi les grenouilles – sans le savoir. Et du coup, je suppose qu’elles hibernent au chaud ! De fait, au printemps, nous les voyons réapparaître – il est plus juste de dire que nous les « entendons »… car ces grenouilles poussent un coassement d’un volume sonore vraiment impressionnant, sans le moindre rapport avec leur taille minuscule ! Une fois les potées sorties à l’extérieur, les grenouilles les quittent et on les retrouve bientôt dans les collecteurs d’eau de pluie : sous les couvercles ou sur le pourtour intérieur des cuves dans lesquelles elles se glissent en empruntant les petits tuyaux en plastique qui les relient aux descentes des gouttières. Je crois savoir, vieux souvenir de collège, que les grenouilles ne peuvent se reproduire que dans l’eau où elles pondent des œufs d’où émergent des têtards. Il est donc probable que les réserves d’eau se transforment bientôt en maternité à têtards ! Nous laissons faire tout ce petit monde qui vit sa vie sans nous causer le moindre problème.

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Côté musique, c’est le calme plat. Les travaux d’aménagement de l’Acousmonium sont au point mort, faute de temps. Donc mon matériel à faire du bruit attend son transfert à Tizac pour y être installé – depuis des mois, les claviers et les guitares sont dans des flightcases, la batterie et les percussions dans des housses, les amplis dans des cartons, tout le reste (pédales d’effets, micros, câbles…) est entassé dans des valises. Je n’ai conservé près de mon lit qu’une guitare acoustique et un enregistreur numérique. Au cours de l’été, j’ai écrit et composé sept ou huit chansons, et enregistré des maquettes minimalistes – davantage pour ne pas oublier que pour constituer de véritables bases de travail. Je suis le premier surpris de me voir renouer, par la force des choses, avec cette esthétique « folk » que je pratiquais à mes débuts, avec cette différence que j’écris désormais tous les textes en français. J’aime bien. Mais cela ne fait pas avancer la « bande son » de Ayou… qui a désormais pas loin de six mois de retard.