On vit une époque vraiment formidable !

Hier, en toute fin d’après-midi, après avoir pianoté comme un bienheureux, toute la journée, pour mettre au point l’arrangement d’une ritournelle en do phrygien, j’ai allumé la télévision pour regarder l’épisode du jour de Silence, ça pousse – l’une des deux émissions de télévision que je regarde régulièrement, l’autre étant Sagesses bouddhistes (le dimanche matin). TV5 s’est en effet engagé dans la rediffusion estivale des épisodes de la dernière saison de ce programme agriculturel et paysager, ordinairement diffusé le mercredi soir, animé – c’est peu de le dire – par le pétulant Stéphane Marie et la sémillante Noëlle Bréham, à moins que ce ne soit le contraire.

Et j’ai regardé l’émission.

Jusque-là, rien à signaler. En fait, ce n’est pas le sujet de ce papier. Et tout soudain, l’homme des bois de se demander pourquoi parle-t-il de cela ? Ah, oui : c’est pour préciser le contexte. Donc, j’ai regardé l’émission – il y a eu un reportage sur les jardiniers de Nantes qui ont aménagé un parc en reproduisant des scénettes dessinées par l’immense Claude Ponti. Trop bien. Puis il y a eu la réclame, alors j’ai zappé. Je me suis retrouvé sur France 2 (enfin, je crois), pour la fin de la météo. Et hop ! J’ai eu droit à l’ouverture du journal de 20h, avec l’annonce des sujets qui vont être traités. Et c’est là – ça y est, je me souviens de ce que je voulais dire – que j’apprends, juste après les hurlations de trois demies-folles venant d’apercevoir leur nom sur la liste des reçus au bac, qu’une application technologique révolutionnaire va tout bientôt rien moins que bouleverser nos vies. Qu’on en juge : il va être désormais possible d’équiper nos poubelles de capteurs qui nous informeront, quasiment en temps réel, lorsqu’elles seront bientôt pleines ou peu s’en faut !

jhb-20150708-poubelle.jpg

D’où l’accroche de ce billet : on vit une époque vraiment formidable.

Depuis des années, j’utilise une poubelle qui, je l’avoue, n’est pas équipée d’un tel capteur. Je la remplis au jour le jour, en définitive sans rien connaître de son niveau de remplissage. De par le fait, ma poubelle est chaque jour un peu plus remplie que la veille – et un peu moins que le lendemain. Du moins, pendant un certain temps. Car arrive forcément l’instant fatidique où, totalement à l’insu de mon plein gré, ma poubelle a atteint gentiment son stade de remplissage maximal. C’est inéluctable. Et là, faute d’en être informé, je continue d’y déverser les menus rebuts découlant de ma simple existence. Et ces rebuts commencent à déborder, à choir au sol pour y esquisser une sorte de tas de saloperies, au départ circonscrit au pourtour extérieur de la poubelle et donc vaguement circulaire, puis gagnant peu à peu le reste de la pièce. Et tout cela, par simple conséquence accumulative due à mon ignorance de l’état de plénitude de ma poubelle. Il arrive que cela dure des mois, jusqu’à ce que l’assistante sociale appelle les pompiers. Et c’est à chaque fois la même chose : « Mon bon monsieur, il faut équiper votre poubelle d’un système de capteur mesurant son niveau de remplissage, enfin, on vous le dit à chaque fois ! Vous qui êtes dans la science-fiction, vous devriez être capable de vous bricoler un truc comme ça, non ? »

jhb-20150708-napoli.jpg

Eh bien ça y est, ça va exister. Oh, putain ! Je respire.