Vincent n’a pas d’écailles, Thomas Salvador (2015), 78 minutes.

La bande-annonce pour Vincent n’a pas d’écailles était plutôt alléchante. Elle présentait un extrait du film plutôt amusant, et vantait ce dernier comme « le premier film de super-héros français », « 100% bio ». Certes, on pourra toujours arguer sur le fait que Vincent… soit ou non le premier film super-héroïque français. Mais son aspect « bio » ne souffre guère de contradiction.

Vincent a un super-pouvoir : le contact de l’eau décuple ses forces. Mais Vincent est quelqu’un de discret, qui cultive une apparence normale. Pas vraiment un héros. Le début du film le montre quittant Paris pour gagner le sud de la France, où il vit alors d’expédients. La journée, il bosse sur les chantiers, passe son temps libre à se baigner dans les rivières ou les lacs. La nuit, on supposera qu’il dort. Lors d’un concert, il rencontre la jolie Lucie, avec qui il finit par sortir, et à qui il explique son pouvoir – ce qui donne lieu à l’une des meilleures scènes du film. Sur un chantier, une rixe amène Vincent à user de sa super-force ; pas de chance, il blesse un collègue. Prévenue, la gendarmerie voudrait l’interroger, mais Vincent, peu désireux de s’expliquer sur ses pouvoirs, décide de fuir. Grosso modo, voilà pour l’histoire.

Vincent n’a pas d’écailles s’affirme bio dans le sens où, d’une part, il repose sur des effets spéciaux à l’ancienne. Aucun trucage numérique, rien que de bon vieux câbles (effacés à l’écran) ou trampolines. Mine de rien, ça fonctionne quand même : une modestie bienvenue. Une modestie qui se retrouve dans le scénario, très léger. La première moitié du film alterne les scènes : Vincent nage, Vincent drague, Vincent bosse… Amusant par moment, mais peu palpitant, jusqu’à ce que s’engage la course-poursuite. Et c’est tout (à peu près).

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Hormis le postulat de départ, Vincent… s’affirme donc comme un film réaliste, ancré dans le quotidien normal de son héros pas si super que ça. Sur le principe, le film est effectivement intéressant, change des productions DC/Marvel dopées aux effets spéciaux, et s’avère plaisant à regarder, porté par ses interprètes très nature. Un film que l’on peut inscrire dans la lignée de ces longs-métrages proposant un regard non-héroïque sur ces personnages dotés de pouvoirs hors-normes – ou étant persuadés de l’être, ou se croyant investi d’une mission : Incassable de M. Night Shyamalan en tête, mais Special, Super, voire The Green Hornet ou Kick-Ass dans une certaine mesure aussi. Mais Vincent… se concentre sur la seule figure du héros, et prend le contrepied de la quincaillerie qui entoure habituellement la figure super-héroïque : pas de sidekick (encore que le personnage de Lucie puisse s’en rapprocher), pas de super-vilain (mais des gendarmes), pas de ville dont il s’érigerait en gardien (au contraire, Vincent passe son temps à bouger), pas de trauma initial expliquant l'apparition des pouvoirs ou l'envie d'un désir de justice (juste un gars presque normal, quoi)… Toutefois, les scènes finales prennent le contrepied du contrepied : au terme de sa fuite, Vincent arrive de l’autre côté de l’Atlantique, sur la terre où les super-héros sont nés…

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La durée du film, assez courte (moins de 90 minutes), est optimale : intrigue minimale, concept peu développé, avec un film plus long l’ennui serait proche. Malgré ses qualités intrinsèques, Vincent… laisse cependant quelque peu sur sa faim. Un scénario plus étoffé aurait été le bienvenu.

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Grossièrement résumé, Vincent n’a pas d’écailles est au film de super-héros hollywoodien ce que la cuisine bio est à la junkfood. Un plat de boulgour ou de quinoa est sûrement plus sain qu’un hamburger de chez McQuick. Mais fait moins saliver. Et il existe de très bons burgers.

Introuvable : oui, en attendant la sortie du DVD
Irregardable : non
Inoubliable : non