Récemment, l’excellent magazine KR home-studio a publié un article fort intéressant de Pierre Emberger, titré « L’industrie musicale, à l’aube de sa révolution ». Dans son accroche, l’auteur s’interroge : « Depuis combien de temps maintenant assistons-nous à la chute d’une industrie musicale qui peine à se renouveler ? Ses acteurs majeurs continuent de s’accrocher à un modèle qui n’est pas adapté, mais jusqu’à quand ? » Le sujet de l’article est une réflexion sur « quelques solutions d’avenir ».

Parmi ces solutions, l’une pourrait être « un système d’abonnement mensuel par prélèvement qui permet au fan de rémunérer le travail de l’artiste. En contrepartie, ce dernier peut tout à fait publier chaque mois un titre studio, un titre live, un vidéo clip, le making-of de l’enregistrement de l’album… bref, ce n’est plus un élément/produit nommé que l’on marchande comme c’est le cas avec le disque mais bien l’activité globale de l’artiste et ça change tout ! »

Emberger s’interroge ensuite sur la faisabilité du modèle : « L’abonnement, peut-on en faire une économie viable ? On estime qu’il faut réunir 1000 abonnés mensuels pour, comme on dit, vivre de sa musique professionnellement. Alors faisons un calcul simple : on considère que la vente totale de musique est générée par 5% de la population occidentale qui représente 20% de la population mondiale. Cela veut dire que 70 millions d’individus sont susceptibles d’investir dans des projets musicaux, parmi eux, il faut en convaincre 1000 qui acceptent de dépenser entre 1 et 5 € voire plus par mois (les gens sont libres de leur participation) pour un artiste. Dans ces conditions : oui on peut vivre de sa musique. On notera que le principe de l’abonnement est parfaitement adapté aux petits indépendants et aux marchés de niche. »

Autant dire que la lecture de cet article a suscité force résonnances dans ma petite tête d’écrivain un rien en bout de course, s’épuisant à essayer d’inventer de nouvelles manières de financement de son travail, en-dehors du système éditorial – tout autant en chute libre que l’industrie de la musique enregistrée – et plutôt en connexion directe avec les lecteurs. Si s’abonner au travail d’un musicien s’avère être une idée intéressante et réaliste, alors la démarche doit être transposable au travail d’un écrivain ou d’un artiste multimédia. D’autant que le nombre d’abonnés considéré par Emberger comme minimal – 1000 – me semble, dans la pratique, très surestimé. La plupart des artistes acceptent de vivre de manière relativement spartiate, si c’est le prix à payer pour pouvoir se consacrer à leur travail sans trop de contraintes, en particulier de rentabilité. Trois cents abonnés me semble un chiffre raisonnable et réaliste – s’ils versent chacun deux ou trois euros, l’affaire est jouable. Et si quelques-uns versent un peu plus, on peut envisager une professionnalisation de l’artiste avec le financement de ses charges sociales, par exemple dans le cadre d’un statut de micro-entrepreneur.

J’ai longuement réfléchi à ce que je pourrais proposer à des abonnés, s’il en était, bien sûr, pour s’investir dans un projet d’abonnement à mon « activité globale » – pour reprendre l’expression, très juste et très parlante, proposée par Emberger. Une nouvelle inédite, un chapitre de roman, un développement sur un point de synopsis… (en ce qui concerne l’écriture littéraire). Un morceau inédit, un mixe alternatif, une prise live, une vidéo… (en ce qui concerne l’écriture musicale). Avec un plus : le souci d’une réelle transparence, en particulier financière. En plus du bonus offert aux abonnés, je pense qu’une newsletter mensuelle est indispensable, qui ferait un peu le point sur l’avancement des divers projets et sur la situation, en temps réel, des abonnements…

Il y a plus d’un mois, en bonne partie motivé par le fait qu’à partir du mois de mai je n’aurai plus aucune rentrée financière (et aucun droit au chômage), j’ai commencé à rédiger une présentation du projet – je voulais l’envoyer à un choix de mes correspondants : amis, compagnons de route et de galère, éditeurs, employeurs… Je ne l’ai pas fait. Adresser une telle requête de manière personnelle crée un rapport un peu faux : je ne voudrais surtout pas que quelqu’un, parce qu’on se connaît depuis des dizaines d’années, se sente obligé d’adhérer à ma (future) liste d’abonnés. Ça me semble un peu délicat. Mais il faut pourtant que je me bouge, pour essayer de survivre – et pouvoir continuer à travailler. Donc, j’ai décidé de commencer par exposer ce projet dans le cadre du Journal d’un Homme des Bois. Cette intervention fait d’ailleurs suite, très logiquement, à la précédente, dans laquelle je m’interrogeais déjà sur les modalités de financement des artistes, modalités qu’il faudrait très largement réinventer.

Ce qui suit est l’état actuel de cette présentation – suivi d’un formulaire d’abonnement. Que vous soyez séduit ou pas, je suis intéressé par toute réaction et/ou commentaires.

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