Je le savais : ce matin, il fait 13°c dans mon antre. En rangeant mon bureau, j’ai retrouvé un petit papier sur lequel j’avais noté : lundi 24 décembre 2012, sur France Inter, vers 8h30, entendu une certaine Dominique Bertinotti, affublée du titre ronflant de "Ministre déléguée auprès de la ministre des affaires sociales et de la santé, chargée de la famille", déclarer : « En tant qu’enseignante je dirai qu’on ne fait jamais assez trop de pédagogie ». Moi, en tant qu’écrivain, j’aurais écrit qu’on ne fait jamais assez de pédagogie – ou qu’on n’en fait jamais trop ; ce qui, au passage, ne veut pas dire tout à fait la même chose, mais passons. Mais un barbarisme comme ‘jamais assez trop’, dans la bouche d’un(e) ministre qui, en plus, met en avant son statut d’enseignant, ça fait un rien erreur de casting. Mais bon, peut-être qu’elle est prof de texto ? Bon. Je sais. Il y en a qui vont encore m’engueuler, façon « Francis, t’es parfois vraiment élitiste ! ». Pas du tout, je vous ferais dire ! J’aimerais simplement que les donneurs de leçons (politiciens, enseignants…) aient quelques échantillons sur eux, comme disait Coluche. Parler correctement français, c’est le minimum requis pour ouvrir sa gueule quand on prétend expliquer ce qu’il faut faire ou ne pas faire. Cela étant, c’est vrai que je suis sans doute – par certains côtés et dans certains domaines – un rien élitiste. Et alors ? En plus, je m’octroie le droit de faire swinguer la langue comme j’en ai envie – justement parce que, petit un, je suis écrivain, et petit deux, je suis musicien. Ne pas respecter les règles, ça fait partie du job. Un ministre ou un journaleux, par contre, ça n’a rien d’un artiste. Et puis entre nous, pour déconstruire avec style, selon ses propres règles, il faut avoir appris à construire avec rigueur, selon les règles de la tradition. Dynamiter la langue, ça devrait être réservé aux premiers de la classe. N’importe qui devrait savoir ça. Bon… c’est vrai, je suis élitiste. (Et je suis en pleine contradiction, car une certaine inventivité verbale venant des banlieues m’émoustille et me réjouit parfois !). Mais le droit à la contradiction est plus important que le droit au travail, si vous voyez ce que je veux dire.