Par Emmanuel Tollé
Etudes
mercredi 9 novembre 2011
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Ce livre est particulier. S’il s’agit du treizième roman de Stephen Baxter publié en français, c’est surtout le premier qu’il écrivit. Paru outre-Manche en 1991, Raft, pour utiliser son titre anglais, est le volet initial d’une série fondatrice dans l’œuvre de notre auteur, le « cycle des Xeelees », série qui compte quatre romans (Timelike Infinity, Flux et Ring étant les trois autres) auxquels s’ajoute à ce jour un recueil de nouvelles, Vacuum Diagrams, lauréat du prestigieux prix Philip K. Dick en 2000 — l’ensemble étant prévu en France aux éditions du Bélial’, au rythme d’un titre par an environ. Cinq volumes « centraux », donc, plus quelques autres hors cycle initial mais qui y sont tout de même rattachés, comme nous le découvrirons plus loin.
Mais voyons donc d’où viennent ces fameux « Xeelees », et pour ce, faisons connaissance avec leur géniteur…
Si Mir ne vient pas à moi…
Dur… comme la science
Stephen Baxter est généralement considéré comme un auteur de hard science, branche de la science-fiction qui se caractérise par un fond scientifique et technique très détaillé. Les auteurs de ce type ont en général une formation scientifique poussée et suivent l’évolution des sciences de près. Contrairement à certains de ses collègues dans ce domaine (1), Baxter utilise rarement les extrapolations scientifiques comme moteur de l’intrigue. À l’instar d’un Arthur C. Clarke — dont il est d’ailleurs considéré comme l’héritier littéraire le plus direct —, il procure un minimum de détails afin de garantir une certaine rigueur à son récit sans pour autant noyer le lecteur sous les équations et le vocabulaire spécialisé, privilégiant l’accessibilité. Baxter est avant tout un raconteur d’histoires et un vulgarisateur.
Effets spéciaux illimités
La rigueur de rigueur
Rigueur est un autre des qualificatifs s’appliquant le mieux aux écrits de Baxter. Quand certains se contentent d’aligner les superlatifs dans leurs descriptions sans pour autant s’interroger sur la vraisemblance de leur sujet, Baxter, en bon auteur de hard science, cherche à produire quelque chose qui soit, au moins en partie, explicable par nos connaissances scientifiques et techniques actuelles. Une rigueur qui se ressent aussi dans le rythme de travail qu’il s’impose. De 1987 à 2008, ce sont près de trente romans et plus de cent trente nouvelles qui auront vu le jour sous sa plume. Un corpus impressionnant, fruit d’un travail méthodique et organisé. Cette rigueur, combinée à une imagination débridée, rapproche une fois encore Baxter de son mentor, l’incontournable Arthur C. Clarke, avec lequel il collabore à quatre reprises.
Le tour du propriétaire
Avant de nous intéresser au « cycle des Xeelees », livrons-nous à un rapide tour d’horizon du reste de l’œuvre de Baxter. Les lecteurs français ont déjà pu profiter d’un certain nombre de ses ouvrages (douze romans, si on exclut Gravité, et une poignée de nouvelles traduits à ce jour). Parmi ceux-ci, on remarquera la trilogie dite « de la Nasa » (Voyage, Titan et Poussière de Lune, éditions J’ai Lu), qui illustre bien la passion de l’auteur pour la conquête spatiale et ce qu’il aurait pu advenir si l’humanité s’était un peu plus intéressée à la question. La trilogie des « Univers multiples » (Temps, Espace et Origine, Fleuve noir «Rendez-vous ailleurs ») présente le côté prospecteur de Baxter, cette capacité à tordre les concepts scientifiques pour en tirer un élixir de merveilles. On retrouve cet esprit dans Évolution (publié aux Presses de la Cité, et tout récemment réédité au format poche chez Pocket en deux volumes), colossal roman qui s’intéresse aux origines de l’espèce humaine mais aussi à son avenir. Comme nombre d’auteurs de science-fiction, Baxter est conscient du patrimoine légué par ses prédécesseurs. Ainsi écrivit-il une sorte de suite à La Machine à explorer le temps du pionnier H. G. Wells (Les Vaisseaux du temps, Livre de Poche SF), et partagea-t-il la plume — plus vraisemblablement le clavier — avec le regretté Arthur C. Clarke (Lumière des jours enfuis, J’ai Lu). Les textes inédits en français sont encore nombreux. On y trouve pêle-mêle une imposante trilogie centrée autour des mammouths plutôt destinée à un lectorat adolescent, lectorat pour qui Baxter écrivit d’ailleurs trois autres livres (Gulliverzone, Webcrash, The H-Bomb Girl) ; un roman steampunk prenant pour canevas l’existence d’un nouvel élément sur fond de XIXe siècle (Anti-Ice, une manière d’hommage à Jules Verne et H. G. Wells) ; une trilogie co-écrite avec Arthur C. Clarke, sorte d’antithèse à 2001 : L’Odyssée de l’espace (3), cinq recueils de nouvelles, une tétralogie de romans uchroniques et un diptyque en cours de parution sur la montée des eaux (on renverra le lecteur curieux à la bibliographie qui figurera à la fin du second volet du « cycle des Xeelees », à paraître aux éditions du Bélial’ fin 2009). À tout ceci, on peut ajouter deux recueils d’essais et un ouvrage sur James Hutton (l’un des pères de la géologie moderne).

Au commencement étaient les Xeelees
Baxter commença sa carrière d’écrivain par quinze années de production, essentiellement des nouvelles, sans parvenir à la moindre publication. Ce n’est qu’en 1987 qu’il place enfin son premier texte dans la revue anglaise Interzone, accédant ainsi au statut d’auteur à part entière. Écrit en grande partie pendant la coupe du monde de foot de l’année précédente (de sinistre mémoire pour la France), « The Xeelee Flower » [la fleur xeelee] met en scène un astronaute en orbite autour d’une étoile en train de se transformer en nova, cet astronaute n’étant protégé que par la grâce d’une sorte d’ombrelle convertissant l’énergie en matière. Et c’est en essayant d’imaginer qui avait pu concevoir un tel artefact que Baxter créa les Xeelees. Peu après, écrivant une histoire sur des humains coincés dans une sorte de cage à quatre dimensions, il réalisa que créditer les Xeelees de la conception de ladite cage l’aidait à transformer cette simple idée en une véritable histoire, lui offrant même un cadre pour d’autres récits à venir. Les hasards de l’édition font que le premier texte ouvertement rattaché à la série publié en France est aussi l’un des plus récents (4). En ajoutant au « cycle des Xeelees » la série « Les Enfants de la destinée (5) », l’un et l’autre étant liés (les Xeelees sont présents dans la tétralogie des « Enfants de la destinée », certains personnages apparaissant même dans les deux cycles), on se retrouve avec un ensemble de sept romans, deux recueils comptant quarante nouvelles et encore six autres nouvelles non reprises en recueil, ce qui en fait d’emblée un ensemble considérable dans le paysage SF.



Premier roman du 