X: Past is present, Hemant Gaba, Pratim D. Gupta, Sudhish Kamath, Nalan Kumarasamy, Anu Menon, Sandeep Mohan, Qaushiq Mukherjee, Rajshree Ojha, Raja Sen, Abhinav Shiv Tiwari et Suparn Verma (2015). 105 minutes, couleurs.

Que ne ferait-on pas pour trouver la lettre X ? Cette fois, on se tourne du côté de l’Inde, mais non pas, comme on pourrait se l’imaginer, avec un film bollywoodien long de trois heures, comportant force numéros musicaux chantés et dansés. X: Past in present est un film collectif, avec pas moins de onze réalisateurs derrière la caméra, pour une durée relativement brève. Il ne s’agit pas exactement d’un film à sketches, car les sketches en question s’entremêlent afin de former une seule et même histoire. Mais avant de nous embrouiller, voyons d’abord de quoi il retourne.

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K est un réalisateur, assez renommé (en particulier pour ses lunettes noires qui ne le quittent jamais), avec une vingtaine de films à son actif. Un soir, au cours d’un festival de cinéma, le voilà qui tue son ennui dans une boîte de nuit. Il rencontre là une accorte jeune femme, qui bien vite engage la conversation avec lui. Une conversation qui va durer toute la nuit, qui sera l’occasion pour K, grognon et à la vérité en pleine crise de la quarantaine, à faire son examen de conscience en repensant aux nombreuses femmes qui ont marqué sa vie.

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Il y a ses différentes petites amies, celle avec qui il n’a pas réussi à conclure au moment de passer aux choses sérieuses (« Chapter II: 17 Presents »), celle avec qui il a perdu son pucelage et qui l’a poussé à aller de l’avant en même temps que dans ses retranchements (« Chapter III: Knot »), celle qu’il a dragué comme un malpropre lors d’un séjour à San Francisco (« Chapter VI: 17 Fin ») ; il y a ses compagnes, avec qui les relations ont duré plus ou moins longtemps, ont impliqué des enfants, des désirs d’enfant ou rien du tout (« Chapter VII: Yaadein », « Chapter VIII: Biryani », « Chapter IX: Audition » et « Chapter X: Ice Maid »). Il y a aussi cette femme, qu’il a peut-être un peu peu espionné, qui s’est peut-être laissée complaisamment observer, et qui lui permet de décrocher un financement pour son premier film (« Chapter V: Oysters »). Il y a aussi cette inconnue, avec qui il a partagé une chambre : lui de 8h à 20h, elle de 20h à 8h… (« Chapter IV: 8 to 8 ») Mais celle avec qui il passe la soirée, qui est-elle vraiment ? Est-elle une création de son esprit ? la somme de toutes les femmes qu’il a connues, lui ? Et lui, justement, qui est-il ? Un long flash-back revient sur la jeunesse de K – qui ne s’appelait alors pas tout à fait comme ça – et sur un traumatisme ((« Chapter I: Summer Holiday »)

« Ma vie est un foutoir. »

Dans le fond, X: Past in present est un long-métrage relativement classique : un individu en crise fait l’examen de lui-même au long d’une nuit mouvementée et, ses démons exorcisés, se réveille un nouvel homme au matin. Les acteurs sont plutôt bons (et pas désagréables à regarder), Rajat Kapoor en tête dans le rôle de l’irascible K. À l’exception de « Summer Holiday » et de « Past is present », la plupart des chapitres évitent de montrer le personnage de K. La plupart du temps, son visage n’est pas vu de face, est flou, ou plongé dans la pénombre. K comme Citizen Kane ? La comparaison peut venir en tête.

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« Chapter IV: 8 to 8 »

Sur la forme, le film est plus inventif : il s’agit donc de dix sketches, d’inégale longueur, enchâssés au sein d’une onzième histoire – la nuit de K. Il s’agit là d’un dispositif intéressant, mais imparfaitement abouti : les différents chapitres s’avèrent d’un intérêt variable. Dix approches de la jeunesse de K par le prisme des femmes ayant traversé sa vie, c’est beaucoup, sûrement trop, et une moitié d’entre elles ne parviennent à dépasser le niveau de la vignette anecdotique n’apportant qu’un éclairage mineur sur un personnage au demeurant agaçant. Quelques séquences tirent leur épingle du jeu, en particulier dans la seconde moitié du film : la colocation alternée d’une chambre (« 8 to 8 »), la simulation d’entretien d’embauche que la volontaire Vina fait passer à K (« Knot »), et surtout le flashback final (« Summer Holiday »).

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« Chapter V: Oysters »

Ce chapitre-là surprend par sa crudité (toute proportion gardée pour un film indien) et sa noirceur. La dernière réplique de ce chapitre, qui constitue aussi l’ultime réplique du film, est un petit bijou d’humour noir. Ailleurs, les chapitres « Yaadein » et « Ice Maid » (et « Oysters » et « Fin » dans une moindre mesure) cherchent à repousser gentiment les limites de ce qui est permis de voir dans un film indien : pas de baiser certes (si ce n’est avec la projection, au sein du film, d’une scène d’un film occidental où deux acteurs s’embrassent), mais des filles un peu plus dévêtues qu’à l’accoutumée, avant, pendant ou après l’amour. C’est là une impression de ma part à prendre avec des pincettes : il est notoire que les baisers sont extrêmement rares dans les films indiens, mais j’ignore ce qu’il en est du sexe – qui, souvent, va prendre l’apparence d’un chaste numéro musical. Bref, le film me paraît oser être un brin osé. Rapidement. Ça ne chante ni ne danse : dommage pour les aficionados du genre (dont je suis).

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« Chapter VIII: Biryani »

Le principal souci de X: Past is present est que la mayonnaise peine à prendre. Bon, la métaphore de la mayonnaise n’est pas idoine dans un contexte indien : disons que le biryani (qui a son importance dans ce film) n’est pas entièrement réussi, les nombreux différents ingrédients peinant à s’agglomérer pour former un plat consistant et goûtu. Les clichés habituels des films bollywoodiens sont absents, le film ose certaines choses (à mes yeux peu éduqués, je reconnais). Il y a de bonnes idées, des scènes réussies, et d’autres qui restent moins réussies. Néanmoins, le résultat final s’avère correct, pas désagréable à regarder, et est sauvé par son dernier chapitre, long en bouche.

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Introuvable : non
Irregardable : non
Inoubliable : rien que pour la dernière réplique