Galaxy Trucker, Vlaada Chvátil (2007), Iello
Galaxy Trucker, la grosse extension, Vlaada Chvátil (2008), Iello
Galaxy Trucker, encore une grosse extension, Vlaada Chvátil (2012), Iello
Galaxy Trucker, nos tout derniers modèles, Vlaada Chvátil (2013), Iello

N’avez-vous jamais rêvé de construire votre propre vaisseau spatial et de partir à l’aventure ? Braver mille dangers aux quatre coins du cosmos, qu’il s’agisse d’essaims de météorites ou de pirates de l’espace, partir en quête d'autant d'opportunités, qu’il s’agisse de planètes aux trésors radioactifs ou de stations orbitales abandonnées, afin d’amener à bon port votre précieuse cargaison, et puis, aussi, très accessoirement, pour empocher plein de crédits galactiques. C’est grosso modo ce que propose Galaxy Trucker, jeu créé par Vlaada Chvátil.

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Créateur de jeux tchèque, Vlaada Chvátil possède à son actif quelques jolis succès en matière de jeux de sociétés : outre Galaxy Trucker, citons aussi Through the Ages : l'histoire vous appartient, jeu de stratégie lui ayant accordé la reconnaissance, mais aussi Space Alert, jeu de programmation coopératif affreusement dur (vous êtes dans un astronef, des problèmes se présentent ; les joueurs se coordonnent pour programmer leurs actions, puis on redéroule pour voir là où on s’est planté), ou le plus amusant Codenames (moins spatial, ce jeu propose de faire deviner le maximum de mots placés sur une grille… avec un seul mot).

Galaxy Trucker donc. Le jeu se joue en trois (ou quatre) manches, chacune se divisant en trois phases. La première consiste en la construction des vaisseaux, la seconde voit ceux-ci affronter les dangers de l’espace. Ce qui différencie les manches sont la taille croissante des vaisseaux à bâtir et la difficulté des dangers rencontrés – mais les opportunités, elles aussi, vont croissantes.

Ludique, la première moitié de chaque phase fait appel à l’ingéniosité des joueurs – ceux qui ont Bac + 12 en Lego seront avantagés. Chacun possède un plateau représentant le plan du vaisseau ; des tuiles correspondant aux éléments de construction sont positionnées devant les joueurs, face cachées. Le but est d’assembler son astronef le plus rapidement possible, à partir d’une tuile centrale. De fait, les vaisseaux doivent comporter le plus de composants possibles.

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Les composants. On notera les différents types de branchements.

Quelques plans de vaisseaux :

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Les trois modèles du jeu de base
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Quelques modèles issus des extensions

Réacteurs, lasers, cabines d’équipage, cellules énergétiques, containers : vous en voudrez le plus possible. C’est qu’il s’agit, dans l’ordre, de voler vite (du moins : plus vite que les adversaires), de se défendre face aux météorites ou aux pirates, de peupler votre astronef quand vous accostez sur une planète ou une station orbitale, d’alimenter en énergie vos réacteurs et lasers, et éventuellement de récupérer des marchandises qui vous rapporteront des crédits cosmiques. Le seul truc qu’il n’y a pas besoin d’avoir en quinze zillions d’exemplaires, ce sont les boucliers énergétiques : ils sont bidirectionnels et, bien orientés, seuls deux suffisent pour assurer la protection du vaisseau contre les périls qui arriveront de tous côtés. On peut également embaucher deux races aliens, qui donneront des bonus pour respectivement la propulsion et les lasers. Évidemment, il ne s’agit pas de poser les éléments au petit bonheur la chance sur son plateau de construction : la connexion des composants entre eux revêt également une grande importance, car si votre vaisseau est mal assemblé, les parties attachées inadéquatement se détacheront d’emblée. On évitera également de laisser des connecteurs exposés au vide de l’espace — non seulement ça fait désordre mais ça s’abîme pour un rien.

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Un vaisseau presque parfait (mais j'ai pris le temps pour le faire) : plein de lasers, plein de réacteurs, plein de cabines d'équipage, plein de containers, plein de cellules énergétiques… Notons que les boucliers laissent le flanc droit exposé.

La seconde phase de la manche, c’est l’épreuve du feu. On constate alors à ses dépends si son astronef tient la route (et lorsqu’on débute dans le jeu, la réponse est souvent un « non » piteux). On tire alors une série de cartes « Événements », qui permettent d’avancer ou de récupérer des marchandises, ou qui confrontent les joueurs à des essaims d’astéroïdes ou des pirates de l’espace.

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Quelques cartes « Évènement »

Récupérer des marchandises va rapporter des crédits cosmiques mais ralentir le joueur ; si se trouver en tête de cortège est un atout dans le comptage final des points, le leader essuie tout de même les plâtres en premier. Les avanies/avaries subies en cours de route influent sur le vaisseau et son intégrité : un astéroïde mal placé, et c’est tout un composant qui dégage. Voire un pan entier de l’astronef, si par malheur un composant à la position charnière est touché… Plus d’une fois, j’ai vu mon superbe vaisseau se faire décapiter et perdre sa poupe (adieu les réacteurs) ou bien d’autres parties essentielles.

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Le plateau de jeu central

Dans la troisième et dernière phase, on compte : l’ordre d’arrivée et les cargaisons accumulées (de valeur différente suivant leur couleur, les rouges radioactives sont les plus chères) vous rapporteront des crédits galactiques, à dépenser comme vous le sentez dans les tripots d’Aldébaran VII ; à l’inverse, les composants perdus vous seront facturés, ce qui est une belle incitation à construire le meilleur vaisseau possible.

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Galaxy Trucker nécessite d’apprendre plein de règles d’un seul coup, mais le jeu s’avère amusant et facile à jouer une fois celles-ci intégrées. Si l’on peut pointer un défaut, c’est dans la difficulté à rattraper son retard : les joueurs ayant terminé leur astronef en premier se situeront en pôle position dans la partie exploration ; les retardataires se retrouveront dernier, et auront bien souvent du mal à rattraper leur retard. Les manches I et II se révélant courtes, à moins d’un gros coup de (mal)chance, l’ordre d’arrivée des joueurs correspond souvent à l’ordre d’achèvement des vaisseaux. C’est là chose susceptible de changer lors de la manche III, plus longue, plus dangereuse, donc potentiellement plus riche en retournements de situation…

Une première extension de Galaxy Trucker est sortie en 2008, sous le nom de Grosse Extension. Grosse parce que vendue dans un boîtier de même taille que le (déjà) généreux boîtier du jeu de base. Son principal intérêt est de permettre de jouer à cinq joueurs au lieu de quatre, mais elle contient également d’autres réjouissances : des composants inédits, une nouvelle race d’aliens, de nouveaux modèles de vaisseaux (dont un spécial porte-poisse et un autre de forme cylindrique), ainsi que de nouvelles cartes pour corser la difficulté.

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D'autres modèles de vaisseaux issus des extensions, où l'on cherche vraiment à provoquer le sort…

Une deuxième extension a paru en 2012, nommée sans surprise : Encore une grosse extension. Au menu, encore de nouveaux composants indispensables, de nouveaux modèles de vaisseaux, quelques nouvelles cartes pour davantage de dangers, et surtout l’introduction de la phase IV, afin d’allonger la durée des parties.

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Cartes pour la phase IV et composants spéciaux provenant des extensions

En 2013 a paru Nos tous derniers modèles, une extension plus mesurée dans son offre : sous un blister, ce sont des plaques pour créer de nouveaux modèles de vaisseaux (dont un modèle « Étoile noire » ou un autre avec une anomalie spatio-temporelle au milieu, histoire d’épicer les choses). Bon, c’est ce côté du jeu qui s’avère le plus drôle : comment construire le meilleur astronef possible. Le voir partir en miettes dans la phase exploration est marrant… tant que ce sont les vaisseaux des adversaires qui explosent sous les coups des météorites et des lasers des pirate. Enfin, la petite boîte Missions en 2016 rajoute des cartes… Mission (d’où le titre), si d’aventure on trouvait le jeu de base et ses extensions encore un peu trop facile.

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Sous l’aspect formel, Galaxy Trucker est une réussite : graphiquement, le jeu est aussi amusant que sympathique ; la qualité des illustrations (tuiles, plateau, livret de règles) participe au fun et à l’immersion. Une immersion renforcée avec sa profusion de tuiles, d’accessoires (figurines alien, cubes cargaison), de cartes, et de plateaux. Le jeu est généreux, et cela fait plaisir. Les codes colorés permettent de bien s’y retrouver (violet, les lasers ; brun, les réacteurs ; vert, l’énergie) – Vlaada Chvátil les réutilisera d’ailleurs pour Space Alert. Parsemé de petits textes contextuels, le livret de règles est assez clair, même si rien n’équivaudra une partie pour s’y retrouver. En 2014, Galaxy Trucker a été adapté en jeu vidéo, permettant des parties solo ou multi-joueurs, et proposant une campagne.

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Avec Galaxy Trucker, on ne voit plus la conquête spatiale sous le même jour. De quoi permettre de nombreuses autres heures d’amusement – et de crispation à voir son bel astronef voler en éclat.

Introuvable : essentiellement d’occasion
Injouable : non
Inoubliable : oui