Mon prof est un extraterrestre [My Teacher is an Alien], Bruce Coville, roman traduit de l’anglais par Jean-Baptiste Médina. Pocket, 1994 [1989]
Ciel, encore un prof extraterrestre ! [My Teacher Fried My Brains], Bruce Coville, roman traduit de l’anglais par Jean-Baptiste Médina. Pocket, 1994 [1991]
Mon prof brille dans le noir [My Teacher Glows in the Dark], Bruce Coville, roman traduit de l’anglais par Jean-Baptiste Médina. Pocket, 1995 [1991]
Mon prof a bousillé la planète [My Teacher Flunked the Planet], Bruce Coville, roman traduit de l’anglais par Jean-Baptiste Médina. Pocket, 1995 [1992]

Si vous aviez une dizaine d’années dans la décennie 90, vous avez peut-être lu cette série de romans, « Mon prof est un extraterrestre » de Bruce Coville. Auteur d’une centaine de livres pour la jeunesse louvoyant entre la SF, la fantasy et le fantastique, cet écrivain américain a vu plusieurs de ses séries traduites en français.

Sur les quatre romans de la série, j’en avais lu trois et, dans mes souvenirs, j’avais trouvé ça plutôt sympa. Enfin : carrément cool, pour être plus exact. Et puis, faute de trouver le tome 4, je suis passé à autre chose – la bibliothèque municipale de mon bled n’était pas trop mal achalandée en ce qui concernait la SF, le fantastique et le roman policier. À la faveur d’un vide-grenier il y a un mois ou deux, je suis tombé sur les deux premiers volumes. À cinquante centimes les deux, il n’y avait guère à hésiter, d’autant que je nourris ces temps-ci une certaine passion pour les lectures de SF qui ont marqué mon enfance et jeunesse (Les Cinq, L’Enfant qui venait de l’espace). Alors ? Mes souvenirs avaient-ils ajouté une patine nostalgique indue sur ces livres ?

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Mon prof est un extraterrestre se déroule dans la petite ville américaine de Kennituck Falls. Susan Simmons, l’une des élèves les plus douées de sa classe de CM2, n’apprécie guère l’un de ses professeurs, M. Smith. Sévère au possible, l’enseignant, un nouveau venu, pourrit la vie de ses élèves. Un soir, Susan le suit jusqu’à son domicile. C’est là qu’elle découvre l’impensable : Smith est en réalité un extraterrestre ! Pire, il prévoit d’enlever cinq élèves humains, comme la fillette le découvre en surprenant une conversation avec son supérieur. Que faire ? Certes, il s’agit de démasquer l’alien… mais comment  ? Susan décide de faire appel à Peter Thompson, garçonnet gringalet, bouc émissaire du terrible Duncan Dougal et grand lecteur. Amateur de SF, il saura forcément l’aider… Il s’agit là d’un premier tome sympathique, à défaut d’autre chose. On est content de voir une héroïne pleine d’allant et d’initiative, pas du genre princesse en détresse qui se fourre malgré elle dans les ennuis ; il n’y a guère qu’un seul paragraphe qui, à cette aune-là, fait un peu daté – un défaut véniel. Mais en dépit du ton et du traitement, intrigue et personnages sont brossés à grands traits, et l’ensemble ne va pas très loin.

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Qu’à cela ne tienne : Ciel, encore un prof extraterrestre ! rehausse le niveau. Désolé, ami lecteur : il va y avoir quelques spoilers. Quelques mois se sont écoulés depuis les événements du premier tome : le professeur extraterrestre a été démasqué et a fui… mais pas seul. À la surprise de tous, Peter a détalé avec lui. Néanmoins, il s’agit là d’événements quelque peu tabous, dont personne n’aime parler. Duncan Dougal, la petite brute qui martyrisait Peter, s’en rend compte : le voici au collège, un lieu où il rencontre plus fort que lui. Quand il explique les événements récents à une journaliste, on lui fait bien comprendre qu’il aurait mieux fait de se taire. Un coup de malchance lui permet de découvrir qu’un autre prof extraterrestre se cache au collège. Mais qui ? Comment le démasquer ? Faire de l’affreux Duncan le narrateur du récit s’avère une excellente idée de la part de Bruce Coville, la petite brute devenant ici un personnage touchant, dont le quotidien n’est pas tout rose – une explication à son comportement de terreur des cours de récré. Au passage, on en apprend davantage sur les extraterrestres, et surtout sur les raisons de leur présence sur Terre : notre planète est sous observation, la communauté galactique se retrouvant désemparée face aux humains, cette race agressive qui se prépare à entrer dans l’âge de l’espace.

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Les choix qui s’offrent à la société galactique sont exposés à Peter dans Mon prof s’allume dans le noir. Débutant pile là où le deuxième volume s’achevait, ce roman prend la forme d’un long flashback où Peter raconte à Susan et Duncan ses aventures à la suite de son abduction volontaire par le premier prof alien : le garçon débarque dans le New Jersey, immense astronef peuplé d’une foultitude de races extraterrestres. Et c’est là que ça devient réellement intéressant, tant pour le jeune lecteur que pour le lecteur adulte : si les deux premiers tomes étaient sympas, ce troisième volume prouve que l’auteur connaît son bréviaire de la SF. Ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un roman jeunesse qu’il faut torcher la partie « science » de la science-fiction. On croise un cristallin capitaine de vaisseau spatial, basé sur une chimie non-carbonée (siliceuse n’est pas précisée, n’exagérons rien) ; on trouve un précurseur bien cool de nos smartphones actuels ; la méthode du voyage spatial instantané est expliqué avec une analogie parlante ; les différentes morphologie aliens sont évoquées en peu de mots mais assez pour qu’on comprenne que l’organisation bilatérale du corps n’est pas un prérequis, etc. La relecture de ce troisième tome me fait comprendre pourquoi je l’avais adoré. Cela, sans oublier le fonds du discours : les humains foutent la merde, ce qui laisse les extraterrestres perplexes. Pourquoi, lorsqu’on est doté d’un tel cerveau, s’entêter à laisser crever de faim ses semblables et à polluer sa planète ? Une faction alien veut détruire la Terre sans autre forme de procès : on les comprend.

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Mais qui plaidera pour la Terre et les humains si ce n’est Peter, Susan et Duncan ? Sauver notre monde, c’est là l’objet du quatrième tome, Mon prof a bousillé ma planète. Accompagnés de leur ex-prof Broxholm, les trois amis retournent sur Terre, avec l’intention de l’arpenter pour trouver ce qu’il y a de bon dans l’humain et ainsi justifier qu’on n’annihile pas la planète. Guerres, famines, pauvreté, inégalités… le tableau est aussi sombre que moche – et n’a malheureusement guère changé depuis la publication originelle du roman. La seule solution ne serait-elle pas alors de changer l’humain ? Moins enjoué que les précédents, ce dernier tome de la série se situe un petit cran en dessous du troisième, mais propose néanmoins une conclusion réussie à cette série.

Que dire de plus ? L’ensemble forme un modèle du genre : de l’excellente SF pour la jeunesse qui omet de prendre son lecteur pour un idiot. À lire et, forcément, à relire, que l’on ait 11 ou 111 ans.

Introuvable : d’occasion
Illisible : en rien
Inoubliable : tellement