Zebraman [ゼブラーマン], Takashi Miike (2004). Couleurs, 115 minutes.

Qu’est-ce qui est noir et blanc ? Un plateau d’échecs. Ou un zèbre. J’avoue, le lien est ténu, pour dire le moins. N’empêche.

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2010, quelque part du côté de Yokohama. Professeur de CE2 sans aucune confiance en lui, Shinichi Ichikawa (Shô Aikawa) a une vie morne : ses propres enfants n’ont aucun respect pour lui, sa femme le trompe, ses élèves le méprisent, le trouvant ni drôle ni intéressant. Mais Ichikawa a une passion secrète et inavouable, sous peine de perdre le semblant d’estime que lui porte le reste du monde : Zebraman, une vieille série super-héroïque japonaise annulée au bout d’une poignée d’épisodes. Il en est tellement fan qu’il a même conçu une réplique du costume. Qu’importe si la tenue a tendance à craquer aux entournures… lorsqu’un alien, déguisé en humain coiffé d’un masque en forme de crabe et armé de ciseaux se met à terroriser le quartier, Ichikawa se doit d’enfiler son costume pour que « justice soit faite en Noir et Blanc ! » Contre toute attente, Ichikawa se voit doté des pouvoirs de Zebraman et débute alors sa quête superhéroïque… Mais que penser de la série télévisée Zebraman, dont les scénarios inédits entretiennent une trouble ressemblance avec la réalité ?

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Zebraman, sans son costume…

À ma grande honte, il me faut reconnaître que Zebraman est le premier film que j’ai vu du prolifique Takashi Miike – l’Imdb le crédite d’une centaine de réalisations, entre films, téléfilms, épisodes de séries télés depuis 1991 – et je ne saurais donc dire la manière dont ce film super-héroïque s’inscrit au sein de sa filmographie. Il s’agit là d’une adaptation du manga éponyme de Reiji Yamada (inédit en français, sauf erreur).

Zebraman se présente comme une parodie des films de super-héros et propose donc un héros terne, ayant en guise d’animal-totem une bestiole pas des plus inspirantes, tirée d’une série télé (fictive, faut-il le préciser) ratée. Un zèbre, donc. Rien de plus qu’une sorte de cheval avec une robe un peu particulière, c’est tout. Oui, c’est un peu ridicule, et il n’y a rien d’étonnant à ce que les héros costumés choisissent de préférence des animaux avec un charisme plus fort et plus sombre (la chauve-souris, les fourmis, l’araignée). À la manière de Batman, la panoplie des coups spéciaux est à l’avenant : « zébra-hélice », « zébra-ruade »… C’est bête, c’est drôle et ça marche, lorsqu’on voit le pauvre Shinichi se démener dans son costume miteux (conseil : les capes, c'est classe mais tellement pas pratique).

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Zebraman, en costume…

La photographie est volontairement terne, et, dans un premier temps, Miike fait la part belle aux plans longs, insistant sur le caractère définitivement ridicule de son personnage engoncé dans un costume de pacotille et qui peine à assumer sa double identité de vigilante. Cela, sans pour autant le mépriser totalement : les scènes avec Ichikawa et le jeune Shinpei Asano, enfant handicapé lui aussi fan de Zebraman, se montrent assez touchantes – Ichikawa se reconnaissant dans la solitude de l’enfant. Pour le reste, le film pastiche avec humour les sentai – ces séries TV japonaises mettant en scène de façon frénétique des super-héros face à d’innombrables super-méchants (Ultraman en forme l’exemple-type ; les Power Rangers aussi, même s’ils sont plutôt la version exportée de la chose). C’est là un aspect qui apparaît dans deux séquences plutôt réussies  : la vraie-fausse bande-annonce de la série Zebraman (avec sa caracolante zebra-song) et le rêve zébramanesque d’Ichikawa, qui retranscrivent parfaitement le sentai et ses clichés (zooms intempestifs ; ennemis innombrables et increvables en costumes moches ; méchants qui changent de taille…).

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Et voilà qu'arrive la Zebra-nurse !

De nombreuses autres scènes à la joyeuse absurdité ponctuent Zebraman (quand ces types en tenues hazmat discourent autour d’une piscine d’eau laiteuse au centre de laquelle flotte un protoplasme alien et qu’un type seulement vêtu d’une serviette arrive pour s’y laver l’entrejambe ; quand ce vendeur d’aubergines grillées ne trouve rien de mieux à faire que de demander aux enfants au cerveau parasité et ravageant son échoppe de le payer). Et en matière d’absurde, les répliques de Zebraman ne le sont pas moins :

« Je n’aime pas quand on se trouve… derrière moi ! » (Et hop, zébra-ruade  !)

Si l’histoire se montre plaisante à suivre dans sa première moitié, il marque cependant le pas une fois le cap de l’heure franchi : on finit par s’ennuyer ferme. Le rythme ralentit, et ce n’est pas les quelques révélation balancées çà et là qui relancent durablement l’intérêt. Le film retient son souffle en prévision du final, qui retombe comme un soufflé. Fini, l’ironie et l’absurde, place au super-héroïsme et au sérieux, Zebraman faisant face à une bouillie protoplasmique en images de synthèse ayant pris un vilain coup de vieux. Dommage.

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Zebraman, dans toute sa gloire

Il en ressort de tout cela un film inégal, sympathique et amusant mais plombé par une seconde moitié décevante. Cela n’a pas empêché le film d’être récompensé par le Grand Prix des Utopiales en 2004 (tout comme, dans des genres très différents et lors d'autres millésimes, Norway of Life et Jodorowsky’s Dune, évoqués précédemment sur ce blog), ni de connaître une suite en 2010 : Zebraman 2: Attack on Zebra City. Ce second volet, également signé Miike, se déroule quinze ans après les événements du premier film, dans un Tokyo rebaptisé Zebra City et où la Zebra Police bénéficie d’une période quotidienne bien délimitée pour arrêter les criminels (fussent-ils présumés) – mais voilà qu’on tente d’assassiner Zebraman ! Diantre…

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Moralité : « L’extase en noir et blanc… Zebraman ! »

Enfin, presque.

Introuvable : en zébra-DVD seulement
Irregardable : non
Inoubliable : non