XX, Roxanne Benjamin, Karyn Kusama, Annie Clarke et Jovanka Vuckovic (2017). 80 minutes, couleurs.

Fichue lettre X : pas facile de trouver des œuvres dont le titre commence par cette fichue lettre. Mais parfois, il s’en trouve, comme le présent XX, donc. Rien à voir xXx, la série d’actioners avec Vin Diesel, ni avec un film érotique à qui il manquerait quelque chose (un scénario ?). Mais XX comme la paire de chromosomes de détermination sexuelle des femmes. De fait, XX est un film anthologique, dont la particularité est d’être réalisé par des femmes. Et, accessoirement, d’être axé sur l’horreur – enfin, tel que c’est présenté, car dans la réalité, l’horreur en question peut adopter plusieurs visages.

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Les quatre courts-métrages qui composent XX sont introduits par des séquences en animation, dans la lignée d’ Alice de Jan Švankmajer. À savoir : une boîte à poupée aux attributs humains (yeux, bouche) se balade à travers une maison, en compagnie d’une poupée de porcelaine. Ambiance délicate et creepy : rien de foncièrement novateur, mais bon. Passons.

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Premier court-métrage, « La Boîte » se base sur la nouvelle éponyme de Jack Ketchum – auteur à qui l’on doit notamment l’éprouvant Une fille comme les autres . Le court-métrage est l’œuvre de Jovanka Vuckovic, qui a réalisé quelques autres courts et prépare un long-métrage post-apo uchronique, Riot Girls. Peu avant Noël, Susan voyage en bus avec ses deux enfants, la sage Jenny et le turbulent Danny. Celui-ci taquine un voyageur – à l’air moyennement avenant, mais bon, de principe, il ne faut pas se fier aux apparences. Danny insiste pour voir le contenu du cadeau – une grosse boîte – que transporte l’individu. Celui-ci s’exécute. Et Danny se calme aussitôt. Qu’a-t-il vu ? Rien. Le gamin ne veut rien dire. Au dîner, Danny ne veut rien manger. Les parents laissent couler. Le lendemain, pareil. Le surlendemain, aussi. Danny prétend ne pas avoir faim. Pourquoi ? Sûrement Danny a-t-il parlé à sa sœur car, bientôt, elle aussi perd l’appétit… Et Susan de commencer à perdre les pédales.

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À l’exception d’une unique rêve, rien de particulièrement horrifique dans « La Boîte ». L’histoire est simple, dérangeante, efficace dans son jusqueboutisme, scandée par les repas auxquels de moins en moins de monde dans cette famille ne touche. Qu’on ne s’attende pas à des révélations finales : il s’agit là d’un équivalent filmique à ce fameux clip pour la chanson « Just » de Radiohead, où, un beau matin, un individu se laisse tomber par terre et refuse d’expliquer pourquoi. Impossible aussi de ne pas penser à cette devinette dont la réponse est « rien ».

Voilà un court introductif qui place la barre assez haut. Pourtant, « La Fête d’anniversaire », réalisé par Annie Clarke (alias la musicienne St. Vincent), n’entretient aucun lien avec « La Boîte », c’est un peu son problème. La petite Lucy fête aujourd’hui son anniversaire : enfant adoptée, elle est du genre timide, mais sa mère, Mary, quoique un peu dépassée par les événements, a prévu que les choses se passent bien. Sauf que Mary retrouve David, le père, mort dans son bureau. Comment faire en sorte que personne – ni Lucy, ni la fouineuse femme de ménage, ni les parents des camarades de Lucy – ne s’en rende compte en cette après-midi fatidique. Chronique d’une catastrophe annoncée : qu’on ne se méprenne pas, « La Fête d’anniversaire » est réellement drôle. Mais au sein de XX, il est et en demeurera l’anomalie comique.

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En troisième position, « Attention à ne pas tomber » (calamiteux titre français), œuvre de Roxanne Benjamin (à qui l’on doit un précédent long-métrage d’horreur, Southbound), se souvient des prémices horrifiques et propose donc une histoire d’horreur. Un groupe d’amis – deux gars, deux filles, dont un frère et une sœur – effectuent une rando sauvage dans les montagnes. Gretchen est la pétocharde du lot : elle a le vertige, a peur des scorpions et des bestioles susceptibles de traîner dans le coin. Par hasard, ils trouvent au flanc d’un rocher des dessins rupestres — l’œuvre d’Amérindiens ? Puis Gretchen est piquée par un insecte. Rien de bien méchant… ou non. En pleine nuit, la jeune femme se réveille après de mauvais rêves. L’horreur peut commencer… et c’est là que le bât blesse. Le court-métrage est trop court pour que le spectateur ressente quoi que ce soit envers les personnages (autre manière de dire que la caractérisation est médiocre), les acteurs ne sont pas terribles non plus, l’intrigue abuse des clichés les plus éculés du genre (les portes capricieuses, les personnages qui hurlent sans expliquer pourquoi ils hurlent). « Attention à ne pas tomber » est une ébauche de film d’horreur conventionnel, dans tous ses défauts – c’est là le court-métrage le plus mauvais du lot.

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Karyn Kusama, la plus chevronnée des quatre réalisatrices (de nombreux épisodes de séries TV, mais aussi les films Girlfight et Jennifer's body), conclut XX avec « Son unique fils vivant ». Le fils du titre, c’est celui de Cora. Le père ? Aux abonnés absents. Andy va avoir dix-huit ans, et il file un mauvais coton. Adolescent violent, il aurait maltraité l’une de ses camarades – en lui arrachant les ongles. Mais en dépit des prostestations de la mère de la victime, la principale laisse couler : selon elle, Andy est promis à de grandes choses. Et ils sont plusieurs à penser cela. Tous, en fait, sauf Cora. Qui comprend peu à peu la véritable nature de son fils et qui n’a que son amour pour le soustraire à l’influence délétère de son père. Si Andy a un choix à faire le jour de ses dix-huit ans, qu’il le fasse de lui-même. Curieux court-métrage : photographie au grain presque téléfilmique, ambiance à l’avenant, jeu inégal des acteurs, quasi absence d’éléments horrifiques… Pourtant, ça marche : le résultat se révèle curieusement intense, avec une histoire qui prend le temps de se dérouler.

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En fin de compte, XX s’avère un étrange objet filmique, basé sur une idée séduisante : proposer donc quatre courts-métrages par autant de femmes. Mais ça tourne court (ha). D’une part, les quatre courts sont d’une qualité inégale, « Attention à ne pas tomber » s’avérant un ratage sans inspiration. D’autre part, thématiquement, les quatre parties n’ont rien en commun, au-delà du sexe de leurs réalisatrices et des protagonistes : un peu coq à l’âne, le film passe de l’horreur psychologique à l’humour noir, d’une horreur classique un brin grand-guignolesque à une revisitation d’ Un bébé pour Rosemarie, pour un ensemble à la cohésion faible. Enfin, ces quatre histoires ne disent pas grand-chose au-delà de leurs prémices – à l’exception de « Son unique fils vivant » et de son approche d’un amour maternel inconditionnel. Mais… doit-on justement attendre des quatre réalisatrices qu’elles proposent des œuvres foncièrement féminines voire féministes ? Forcément, lorsque l’accroche sur l’affiche proclame « Four Deadly Tales By Four Killer Women », on s’attend à quelque chose d’un peu plus corsé, d’un peu plus investi : XX aurait pu s’intituler XY que ça n’aurait pas changé grand-chose.

En dépit de ses défauts, XX demeure regardable. C’est déjà ça. Mais on s’en ira volontiers (re-)regarder Grave de Julia Ducourneau.

Introuvable : non (sur Netflix par exemple)
Irregardable : loin s’en faut
Inoubliable : pas tout à fait