The Killings at Outpost Zeta, Robert Emenegger et Allan Sandler (1980). Couleurs, 92 minutes.

À l’instar de Deadly Harvest, The Killings at Outpost Zeta est une petite curiosité de sci-fi qui ne mériterait a priori guère qu’on s’attarde à son sujet. Film à petit budget sorti un an après le séminal Alien de Ridley Scott, il aurait peut-être pu passer pour un long-métrage correct vingt ans plus tôt. Mais n’anticipons pas.

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Nous voici dans un futur distant d’un siècle ou deux. Après quelques images confuses d’espaces et de planètes, nous voici dans une salle de contrôle à l’ambiance inquiète. Et pour cause : le poste avancé sur la planète Zeta ne répond plus. Encore. Une première mission s’est posée sur cet astre distant, avant de cesser toute communication. Les deux expéditions de secours qui ont suivi sont elles aussi devenues incommunicado. Que faire ? Les autorités de Starfleet prennent une décision : renvoyer une troisième expédition. Composée de quatre scientifiques et deux officiers de sécurité, elle devra tâcher de jeter la lumière sur le mystère régnant sur Zeta. Zeta… planète désertique et dépourvue de vie, à l’atmosphère toxique, à la gravité forte, mais d’une importance capitale pour l’humanité, car potentiel marchepied pour des zones inexplorées de ce recoin de la Galaxie.

La nouvelle expédition se pose. Après un minimum d’exploration, les six membres d’équipage parviennent au (minuscule) avant-poste, pour y découvrir les cadavres de toutes les précédentes expéditions. De quoi sont-ils tous décédés ? Et que sont ces étranges cailloux vaguement sphériques trouvés dans les housse mortuaires des défunts ? Mais voilà qu’une créature mystérieuse se met à assaillir les scientifiques : un puis deux trouvent la mort, égorgés. Que faire ? Essayer de comprendre ce dont il s’agit ? Ou tout simplement prendre la fuite ?

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Réunion de crise…
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Atterrissage sur Zeta…
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En route…
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Des morts !
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Ils ne le savent pas encore mais ils sont observés…
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À l'assaut du poste avancé !
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On ne le dirait pas comme ça mais le graphique derrière le personnage représente le plan du (minuscule) poste avancé…
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Ces étranges boules grisâtres auraient-elles un lien avec tout ça…?
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Quand vos monstres sont moches, montrez-les le moins possible.

Grossièrement résumé, The Killings at Outpost Zeta ressemble au rejeton d’Alien et Star Trek… mais réussit l’exploit de ne retenir aucune qualité des deux œuvres citées.

Pourtant, loin d’être un navet, The Killings at Outpost Zeta se contente d’être un nanard plutôt anodin, et accumule les défauts liés à ce genre de production SF à micro-budget. Il s’agit là du premier long métrage de ses deux réalisateurs, Robert Emenegger et Allan Sandler, après deux documentaires. Entre 1980 et 1981, les deux hommes collaboreront par la suite à deux autres films, trois téléfilms et un documentaire. À l’exception d’une ou deux productions plus tardives, l’œuvre cinématographique du duo ne semble pas avoir dépassée l’année 1981.

Le film assure le minimum en matière d’effets spéciaux : les scènes spatiales sont rares, les décors assez peu élaborés, et la créature est à peine montrée, comme si les réalisateurs en avaient honte et préféraient se contenter de contre-champs piteux plutôt que de laisser voir la chose. Les spationautes sont vêtus de pyjamas rouges, avec quelques accessoires (ceinture, plastron) les faisant ressembler à une équipe de Power Rangers écarlates. Quant aux casques de leurs combinaisons, ce ne sont rien d’autres que des casques de moto repeints rapidement. Enfin, l’avant-poste du titre est passablement riquiqui, et voir nos explorateurs examiner attentivement une carte (papier) représentant un bloc rectangulaire divisé en une demi-douzaine a quelque chose de ridicule…

Aucun des acteurs ne se distinguent, et si aucun ne jouent fondamentalement mal, cela reste plat. Les personnages restent simplistes : on trouve notamment le Noir de service (qui, évidemment, fait quelques blagounettes, et qui, curieusement, survit presque jusqu’à la fin), une blonde (qui se contente de rester prostrée quand sa collègue se fait attaquer par le monstre), et trois types interchangeables (l’un évoque Nikolaj Coster-Waldau, de loin).

The Killing at Outpost Zeta est filmé platement (gros plans sur les visages, plans larges sur les groupes de personnage) mais s’autorise un peu de caméra subjective quand la créature se prépare à frapper. Néanmoins, les décors extérieurs parviennent à être un minimum réussi : un paysage rocheux excessivement désolé, des fumigènes pour évoquer une activité volcanique, des filtres rougeâtres sur la caméra… on veut bien y croire. Plus qu’à l’intrigue, globalement téléphonée.

Les créatures sont visiblement rocheuses, et, dans le genre « biochimie basée sur le silice », rappellent d’autres bestioles science-fictives. C'est bien le seul point un tant soit peu original de ce film.

Outre son rythme défaillant, ses acteurs transparents, son budget dont l’essentiel a dû passer dans l’achat des casques de moto, le principal problème deThe Killings at Outpost Zeta est d’être sorti trop tard : Alien, on l’évoquait plus haut, voire La Planète des vampires de Mario Bava en 1965. Sorti en 1980, The Killings at Outpost Zeta fait figure d’oubliable suiveur, à regarder un soir de désœuvrement.

L’une des rares choses à sauver de ce film reste sa musique : composée aux synthétiseurs, la bande originale signée par le co-réalisateur Robert Emenegger s’avère loin d’être désastreuse, plutôt porteuse d’une atmosphère mélancolique. On peut aisément imaginer que The Killings at Outpost Zeta, avec sa bande-son, ait pu fasciner deux jeunes garçons vivant du côté d'Édimbourg dans les années 80, au point que, une quinzaine d’années plus tard, ils aient choisi d’utiliser une image tirée du film pour illustrer la pochette de leur premier album officiel – on y reviendra.

Faute de bande-annonce, voici le morceau Hi Scores de Boards of Canada, illustré par les images du film :

Introuvable : sur le web seulement
Irregardable : pas loin
Inoubliable : presque