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Jour 8 : Samedi 10 décembre 2016

Hier soir, passionnante (et très longue) émission sur Bob Dylan. Sur Arte, bien sûr. Mais cela finissait bien trop tard – comme tout ce qui est intéressant sur le petit écran – et je n’ai pas tenu jusqu’à la fin.

Matinée de répétition pour Anita avec son groupe de musique traditionnelle et médiévale. Ils jouent la semaine prochaine. Pendant ce temps, j’installe un bureau provisoire avant de commencer à saisir les textes écrits au jour le jour, au cours de la semaine qui vient de s’écouler. Export des photos dans la foulée. Reste à mettre tout cela en ligne.

Après-midi électricité (pose des néons et des dernières prises électriques) et peinture des deux radiateurs en fonte, à L’Atelier. Anita fait quasiment tout. J’aide comme je peux (peu…). J’ai le vertige dès la première marche de l’escabeau et la tête me tourne au premier spray du pistolet à peinture. Avec l’âge, je deviens un rien chochotte. Bon. Chacun son truc, on va dire…

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Jour 9 : Dimanche 11 décembre 2016

Passé la nuit allongé sur le divan, enveloppé dans des couvertures, à cause de l’odeur de peinture dans ma pièce. Nous avons laissé les fenêtres ouvertes pendant toute la nuit, volets fermés toutefois, et ce matin l’atmosphère y est presque respirable.

Saut à La Contrée en fin de matinée pour aller chercher mon deuxième poêle à pétrole – il sera plus utile à L’Atelier. J’en ai profité pour mettre ligne les sept billets concernant ma première semaine ici, sur le blog de Terre Profonde – en me demandant qui ça pourra bien intéresser ? Je les annonce également avec une série de liens sur ma page Facebook et j’envoie une version regroupée à Erwann, au Bélial, pour qu’il la mette en ligne dans le Journal d’un Homme des Bois.

Egalement rapporté une platine CD – le lecteur CD/DVD de ma vieille unité centrale ne reconnaît aucun des CDs que j’ai essayé d’y lire. C’est une machine assemblée au tout début des années 2000, qui tourne avec un XP Pro du commerce – en la mettant sous tension, hier, j’ai vu qu’elle n’avait pas été allumée depuis 2007 ! Cela étant, elle fonctionne bien, à part quelques messages fantômes récurrents – elle insiste par exemple pour que je change la cartouche magenta de l’imprimante Epson qui devait y être connectée, à l’époque !

Branché la patine CD sur la mini-chaîne pour écouter Rubycon de Tangerine Dream, ce qui ne nous rajeunit pas – en même temps, ce n’est pas le but… L’album est un des premiers du groupe. Il est date de 1975. Quarante et un ans au compteur. Et si le son a sans doute un peu vieilli – on reconnaît les sons caractéristiques des synthés analogiques d’antan : Synthe A, VCS 3, ARP 2600 – les ambiances restent tout autant évocatrices et chargées de sensations « science-fictives ».

De même que je me souviens parfaitement du premier CD que j’ai écouté – Hotel California des Eagles, chez un copain – et du premier CD que j’ai acheté moi-même – les Blues Brothers ! – je me souviendrai de Rubycon comme étant le premier CD écouté dans cette nouvelle maison.

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Jour 10 : Lundi 12 décembre 2016

J’ai longtemps eu ce fantasme de commencer une nouvelle vie, débarrassé de tout ce qui m’encombre : livres, BD, disques, objets divers… Tout en étant bien conscient (j’allais écrire « douloureusement conscient ») que c’est justement cet encombrement qui, à la fois, me rassure et m’inspire. Je pense parfois que ma vie se confond avec cet encombrement qui, dans les faits, dévore une large part de mon temps et de mon énergie : je suis toujours en train de classer, trier, lister, réorganiser. Cela étant, je me nourris de cet encombrement : les milliers de pages que j’ai consacrées à la science-fiction en quarante années de pratique, articles, catalogues d’exposition, essais, ouvrages de référence… n’ont été possibles que parce que j’ai réuni, au fil de ces mêmes années, ce qui a fini par constituer une documentation immense. Souvent – et de plus en plus souvent, en vieillissant, c’est-à-dire en étant confronté à cette évidence qu’il me reste de moins en moins de temps pour, au minimum, mettre en ordre mes travaux dispersés çà et là, et si possible achever ceux qui en valent la peine, car sinon à quoi aurait servi une vie passée à étudier, analyser, commenter ? Souvent, disais-je donc, je me prends à regretter ce choix, à me dire que j’aurais peut-être mieux fait de consacrer davantage de temps à mon propre travail artistique, en particulier littéraire et musical. En somme, j’aurais peut-être gagné – au moins en estime de moi-même à défaut d’une reconnaissance significative – à être plus égoïste, à me placer davantage au centre de mes préoccupations. Je ne l’ai pas fait – même si ce blog est la pure expression d’un tel positionnement, merci de bien vouloir excuser les incohérences d’un homme revenu un peu de tout. Sur le fond, me semble-t-il, la tentation égocentrique n’est pas dans ma nature profonde, intime – la tenue d’un blog où l’on parle de soi me semble davantage relever d’une forme d’exhibitionnisme, en tout cas d’une incapacité à préserver l’intime, plutôt que de l’expression d’un amour excessif de soi, serait-il doublé de la certitude que l’on possèderait quelque chose d’unique et qui aurait valeur d’enseignement ! Après toutes ces années, force est de constater qu’un défaut d’égocentrisme est en fait une infirmité lorsqu’on envisage une "carrière" artistique !

Mais revenons à nos moutons. Ce fantasme que j’évoquais au tout début de ce billet, avant de me laisser aller à cette longue digression, s’exprime ainsi : je prends possession d’un lieu vide, je déroule à même le sol un futon avec un oreiller et une couette, dans un coin j’installe une chaîne et quelques disques, dans un autre coin c’est une pile de livres qui grimpe contre le mur en s’y appuyant. Un plateau posé sur deux tréteaux occupe le centre de cet espace, avec un ordinateur. Il n’y a rien de plus. Je prends place devant l’écran et j’écris.

A évoquer cela, je me trouve aussitôt, par je ne sais quelle magie, transporté – en esprit – à la fin de mon adolescence ou au tout début de ma vie d’adulte, disons vers l’âge de dix-huit ans, lorsque je vivais seul dans une « piaule » au cinquième étage d’un immeuble sordide, dans le quartier des prostituées, près du port, à Bordeaux. L’ordinateur était absent de mon décor d’alors – j’écrivais à la main des poèmes que personne n’a jamais lus et des pièces de théâtre qui n’ont jamais été montées. Par contre, il y avait en plus une guitare et un chevalet de peintre. En somme, le nécessaire et le suffisant pour écrire, composer et peindre. A une époque où tout restait à faire, où ma vie était à inventer – où tout était possible. J’ai laissé tomber la peinture, j’ai continué la musique et l’écriture. La lecture de la page que me consacre aujourd’hui Wikipédia donnerait presque à penser que j’ai plutôt « réussi », au moins dans le domaine littéraire. Alors pourquoi ce sentiment que ces quarante dernières années n’ont produit, in fine, que du vide  ? Pourquoi cette envie d’une nouvelle vie, d’un autre départ, d’une seconde chance pour tout reprendre à zéro… surtout avec le peu, sans doute, qu’il me reste à vivre ? Je crains qu’il n’y ait pas de réponse simple – et satisfaisante. Ou simplement supportable. Et c’est peut-être mieux ainsi.

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Jour 11 : Mardi 13 décembre 2016

Encore une journée passée à La Contrée pour travailler sur la troisième (et dernière) sélection, cette fois de magazines de SF (pulps, digests et assimilés), destinée à illustrer une double thématique : les villes du futur et les fins du mondes, ou pour le moins les grosses catas ! Il me faut trouver dans mes collections cinquante couvertures, ce qui devrait être jouable – mais risque de prendre du temps puisque je dois passer en revue le contenu de plus de deux cents boites archives. Et ensuite, il faudra tout scanner.

Je dois aussi trouver un moment pour découper sur mesure des « bouchons » dans des chutes de BA13, afin de combler des ouvertures dans un ancien conduit d’une cheminée condamnée depuis belle lurette.

Côté déménagement, je marque une pause car nous allons profiter du week-end et d’un jour de RTT posé par Anita pour recouvrir les murs de L’Atelier de toile de verre avant de tout peindre en blanc.

Avec un peu de chance, je pourrai peut-être commencer à installer (les bases de) mon studio pour Noël. Et recommencer à travailler sur la musique d’Ayou aux premiers jours de la nouvelle année.

Ce soir Anita rentre tard, pour cause de répétition. Je retrouve mon rythme de vie des années quatre-vingt, si ce n’est que les rôles sont inversés : c’est maman qui part swinguer avec ses potes tandis que papa reste à la maison ! Les temps changent, comme chantait le Zim’. Et ça me convient bien.

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Jour 12 : Mercredi 14 décembre 2016

Journée « pulps » à La Contrée. Je continue d’éplucher ma collection à la recherche de couvertures montrant des villes du futur et je m’aperçois que le motif est beaucoup plus rare que je ne l’imaginais. Les architectures futuristes grandioses mises en œuvre, par exemple, par Frank R. Paul – architecte de formation, soit dit en passant, avant d’être engagé par Hugo Gernsback comme artiste principal pour ses magazines – consistent pour l’essentiel en dessins au trait, illustrant des nouvelles, et non en peintures de couverture. Après avoir épluché le Wonder Group (Air Wonder Stories,Science Wonder Stories, Wonder Stories, Thrilling Wonder Stories ainsi que leurs annuels et trimestriels) etAmazing Stories, périodes gernsbackienne et post-gernsbackienne, je passe en revue quelques pulps mineurs comme Comet, Cosmic Stories/SF, Fantastic Story Magazine… puis enfin Startling Stories. Au final, je repère bien quelques villes de demain, mais elles sont utilisées en général comme un simple décor à une scène d’action qui constitue l’élément principal de l’illustration. Or, il me semble que ce motif des villes futuristes dans l’Imaginaire n’a d’intérêt que si l’artiste dépeint quelque chose se démarquant radicalement de l’architecture de sa propre époque : se contenter de faire grimper un peu plus haut (voire beaucoup plus haut !) les gratte-ciel de Manhattan, ou multiplier leur nombre, ne génère pas une vision futuriste très originale. La ville doit être le sujet principal de la couverture et non le décor. Je poursuis donc mes recherches de villes suspendues dans le ciel (grâce à un dispositif anti-gravité) ou de villes ancrées dans l’espace, par exemple aux points de Lagrange – mais ce motif-là me semble bien plus récent dans l’imaginaire science-fictif. J’aimerais également trouver de belles cités sous dôme, sur des mondes dépourvus d’atmosphère ou dans les profondeurs océaniques. J’espère que mes recherches dans les magazines au format digest des années cinquante/soixante seront plus fructueuses.

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Jour 13 : Jeudi 15 décembre 2016

Longue journée de travail à l’Atelier, débutée avant que le jour ne se lève et terminée bien après que la nuit ne soit tombée. Nous avons entièrement recouvert les murs de bandes de papier de verre, afin d’en égaliser la surface et de faciliter les opérations de peinture. Les murs totalisent vingt-trois mètres linéaires, et le plafond est à environ trois mètres. Compte tenu de la présence d’une porte et de deux fenêtres, la surface traitée doit faire environ soixante mètres carrés. Je crois que nous avons bien travaillé. En tout cas, nous sommes épuisés.

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Jour 14 : Vendredi 16 décembre 2016

Les jours se suivent aussi dissemblables que possible. Je suis de retour à La Contrée pour y poursuivre mes recherches. La mise en ligne des précédents billets a suscité plusieurs réactions sur le sujet, publiques et privées. Ces premiers – et rapides – retours sont toujours agréables et appréciés. J’ai sélectionné aujourd’hui une douzaine de couvertures supplémentaires et je dépasse désormais les trente propositions de villes futuristes et d’événements cataclysmiques – il est amusant de constater que les illustrateurs mettent volontiers en scène la fin du monde par la destruction d’immenses et splendides mégalopoles : par le feu dévorant d’un soleil se transformant en nova, par un formidable tsunami, par une nouvelle glaciation… ou tout simplement, si l’on peut dire, par l’intervention d’une armada extraterrestre belliqueuse. Ainsi, les deux thèmes, l’architecture de demain et la destruction de la planète – ou au moins la fin de la civilisation occidentale – sont souvent liés. Sans doute parce que la mégalopole est le symbole le plus immédiat de la supposée toute-puissance – celle-ci rimant avec arrogance – humaine. Frapper l’homme dans ses plus intrépides réalisations architecturales, c’est porter atteinte à l’expression concrète du défi permanent que lui-même, en toute inconscience, adresse à la nature, et donc à la planète elle-même. D’un point de vue bio-centriste, l’urbanisation et ses corollaires (autoroutes, voies ferrées, aéroports, centres commerciaux, parkings périphériques…) constituent d’ailleurs un problème infiniment plus préoccupant pour la « santé » de la planète, qu’une de ces improbables catastrophes imaginées par la science-fiction. En définitive, il y a quelque chose de presque réjouissant dans la vision de ces vagues colossales qui font de l’arrogante New York un simple jeu de quilles !

Pour en revenir à l’exposition, il me faut encore trouver une vingtaine d’illustrations. Je n’ai pas encore consulté mes collections de Famous Fantastic Mysteries, Fantastic Novels, Planet Stories et Astounding SF. Il me reste également tous les digests ainsi que les magazines non étasuniens (britanniques, canadiens, australiens…). Je ne suis donc pas inquiet quant à la faisabilité de cette recherche. Et c’est donc sur cette note positive que s’achève la deuxième semaine de mon grand redéploiement.