C’est l’histoire de BodhGaïa qui vit dans une maison un peu délabrée au fin fond de nulle part, au milieu d’un amoncellement de livres et d’instruments de musique, en compagnie d’une bande de chats. Là-bas, cela s’appelle La Contrée et on commence à s’y sentir vraiment à l’étroit !

Et puis, un beau jour, s’offre la possibilité d’investir une grande pièce de plus de trente mètres carrés, dans une autre maison, à une quinzaine de kilomètres. Elle est en cours de rénovation et les travaux sont loin d’être terminés. Mais elle a déjà beaucoup de charme, cette maison, face à un château qui a des allures de commanderie templière, à côté d’une église également du treizième siècle, adossée à un petit bois touffu, avec un parc collé contre le vieux cimetière… c’est un lieu tout aussi magique que La Contrée !

BodhGaïa va continuer de mener ses petites activités littéraires à La Contrée mais ses petites activités musicales vont être transférées dans ce nouveau lieu qu’il baptise L’Atelier.

Ce blog raconte ce déménagement – ou plutôt ce redéploiement entre La Contrée et L’Atelier, les choix qu’il implique, les nouveaux possibles mais aussi des renoncements. Au fil des jours, va s’esquisser puis se préciser un nouveau projet de vie…

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Jour 1 : Samedi 3 décembre 2016

Premier jour de mon déménagement personnel.

J’apporte à L’Atelier mon lit – fabrication maison avec deux madriers, des tasseaux et une série de planchettes transversales pour la plupart amovibles, afin de faciliter le déplacement et le transport de ce qui tient lieu de sommier. Un matelas et trois couvertures. Je récupère sur place deux étagères pour l’instant inutilisées et qui vont constituer une tête de lit provisoire très convenable. Un peu de linge. Des médocs. Une ramette de papier et quelques stylos.

Première nuit frileuse. La pièce dans laquelle je m’installe fait plus de trente mètres carrés, son plafond se confond avec le plancher très approximatif d’une partie du grenier, constitué de planches non jointives, simplement posées bord à bord et clouées sur des poutres irrégulières. Il n’y a évidemment aucune isolation, le grenier étant livré aux quatre vents avec ses ouvertures sans fenêtres, seulement dotées de volets plus ou moins déglingués. Et dehors, il gèle.

Le peu de chaleur dégagée par les radiateurs d’un antique chauffage central, construit de bric et de broc autour d’une chaudière à bois, ne fait que passer. Il fait bien plus froid que dans la Petite Maison, à La Contrée.

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Jour 2 : Dimanche 4 décembre 2016

Passé la matinée à étaler des cartons sur le plancher du grenier, dans l’espoir d’un semblant d’isolation. Dans l’après-midi, nouveau aller et retour à La Contrée. Cette fois j’apporte un commencement de poste de travail : une unité centrale avec son clavier et sa souris, une lampe de bureau, quelques câbles. Egalement pris la table de bar sur laquelle je prends mon petit déjeuner, debout, histoire de ne pas me casser le dos à peine sorti du lit. Côté musique, j’emporte un enregistreur numérique ainsi que Marylou, la plus petite de mes guitares acoustiques, tout en acajou massif. En dépit de son format « Auditorium 000 », elle a une excellente projection sonore et le son est très équilibré.

Il a fallu rallumer la chaudière ce matin. Elle peine vraiment au labeur et en fin de journée nous atteignons un petit 14°C dans le salon.

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Jour 3 : Lundi 5 décembre 2016

La chaudière s’est encore éteinte au cours de la nuit et ce matin il n’y a plus la moindre braise. Nous l’avions pourtant bourré, hier au soir, de quatre ou cinq énormes bûches de chêne avant de la régler au minimum.

Journée passée à La Contrée pour travailler sur une sélection de bandes dessinées, dans le cadre d’une exposition internationale sur la Science-Fiction – dont je ne peux parler davantage pour l’instant, clause de confidentialité oblige.

Au retour, j’apporte à L’Atelier un écran d’ordinateur, une mini-chaîne dont seul le tuner fonctionne encore, un système de son 5.1 pour compléter l’ordinateur. Ainsi que des draps, une petite lampe d’ambiance et le classeur des textes et partitions des chansons que j’ai écrites ces derniers mois. Le soir, nous rallumons la chaudière et parvenons à atteindre 14°C – pas mieux qu’hier.

Soirée M6 avec deux émissions consacrées, la première à Renaud, très touchante, la seconde à Jean-Jacques Goldman, plus convenue. Je les ai toujours aimés, comme deux grands frères. Rien n’a changé.

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Jour 4 : Mardi 6 décembre 2016

Sans surprise, la chaudière s’est une nouvelle fois arrêtée au cours de la nuit. Petit déjeuner aux côtés du poêle à pétrole apporté la semaine dernière depuis la Contrée, en prévision de notre entrée dans les lieux.

Journée studieuse à La Contrée où je continue de travailler sur la sélection BD : je dois dénicher des super-héros « décalés » – le qualificatif devant être compris comme « non-américains » et/ou « américains mais insolites ». Je cherche dans mes archives…

Pas le temps de poursuivre mon déménagement et je rentre à vide à L’Atelier.

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Jour 5 : Mercredi 7 décembre 2016

Hier soir, Anita est rentrée tard d’une répétition avec son groupe et je ne l’ai vue que ce matin. Elle me dit avoir rallumé la chaudière à son arrivée, donc beaucoup plus tard que d’habitude, et réglé la combustion au minimum dans l’espoir que le feu tienne jusqu’au matin. Cela n’a pas fonctionné. Pas la moindre braise, ce matin. Pour tout dire, je ne me suis même pas rendu compte qu’elle avait fonctionné au cours de la nuit, tant j’ai eu froid, avec des crampes douloureuses dans les mollets et à l’arrière des cuisses. Il faut que je trouve des couvertures supplémentaires.

Journée à La Contrée et poursuite de mes petites recherches muséographiques.

Retour à L’Atelier avec un carton de vieilles couvertures, un lampadaire, deux tréteaux, deux enceintes amplifiées de monitoring et un de leurs supports – l’autre ne rentre pas dans la voiture, bien pleine. Sans oublier une poignée de CD (les premiers Tangerine Dream) et de DVDs (la première saison de Twin Peaks, deux saisons de X-Files…).

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Jour 6 : Jeudi 8 décembre 2016

Toujours ce problème de chauffage – ou plutôt d’absence de chauffage. La chaudière brûle beaucoup trop rapidement sa charge de bois, en dépit de nos essais de « blocage » du tirage. Ce matin encore, elle est éteinte, alors que nous l’avons remplie hier soir. Départ pour La Contrée. Il faudrait que je finalise aujourd’hui ma sélection de personnages de BD, que je scanne tout cela, et que je réalise un tableau Excel avec toutes les informations nécessaires, à l’intention des scénographes. Les recherches s’avèrent plus compliquées que je ne l’escomptais – et donc plus longues. En fin d’après-midi, ma sélection dépasse les quarante propositions, allant des premiers personnages qui posent les bases du genre, comme le français Judex (1916), aux créations les plus modernes, issues de l’underground et qui renouvellent le concept même de super-héros.

En rentrant à L’Atelier, j’entends à la radio qu’une exposition se tient à Beaubourg à l’occasion du soixantième anniversaire de Gaston Lagaffe. Dommage que personne – à ma connaissance – n’ait songé à prendre prétexte du centenaire de Judex pour monter une exposition dont l’intitulé aurait pu être « 1916-2016 : un siècle de Super-Héros ».

Je rapporte de La Contrée un petit poste de travail informatique, le second support d’enceinte et une paire de tréteaux étroits. Je prévois de m’organiser un espace de travail samedi matin.

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Jour 7 : Vendredi 9 décembre 2016

Réveillé par l’Angélus, comme chaque matin. Pour tout dire, nous sommes les plus proches voisins de l’Eglise qui se dresse en parallèle à la maison – les seuls voisins, en fait, à part les gens du Château, de l’autre côté. Mes fenêtres donnent sur les vitraux de l’Eglise. Il semble ne plus jamais y avoir de messe dominicale – on y enterre parfois un des derniers anciens du village, et l’été il arrive qu’on y convole en justes noces. Mais chaque jour, le duo de cloches s’en donne à cœur joie, depuis l’Angélus du matin à 8h jusqu’à la sonnerie de 22h – entre temps, nous avons droit aux heures, quarts d’heures, demies heures et moins le quart, ainsi qu’à l’Angélus du Soir, à 19h, tout aussi sonore et intarissable que celui du matin.

Encore une journée passée à La Contrée à poursuivre mes recherches. Après un choix de super-héros, je dois désormais réunir une vingtaine de comics avec des couvertures illustrant la faune et la flore de mondes extraterrestres – c’est une proposition bucolique que j’ai faite au commissaire général de l’exposition et qui a été acceptée, mais charge à moi de réunir le matériel.

Rapporté à L’Atelier Bob, un vieux Bronco de chez Fender en compagnie de qui j’ai établi mon record de kilométrage en train, à l’époque où j’accompagnais sur scène une conteuse et où nous déplacions uniquement en train… Côté matériel de musique, j’ai également pris un de mes synthés, un Venom de chez M-Audio, un « stand » de clavier et quelques câbles. Complété le chargement avec des planches, des vêtements, du ravitaillement et un genre de futon en prévision des futurs travaux de « peinturage » qui m’obligeront à aller dormir ailleurs dans la maison.

Ma première semaine de (sur)vie ici s’achève. Mais dans ma tête, je ne suis pas encore vraiment là.