Ce matin, j’ai pris le temps de mettre à jour le document Excel qui, sur mon disque dur, porte le nom de Musicothèque – ce mot étant suivi de la date de mise à jour. La nouvelle version s’appelle donc Musicothèque_2016.11.24 et prend en compte deux vieux CD de Susumu Yokota achetés sur ebay, chez nos voisins teutons, et que j’ai reçus en début de semaine. À chaque mise à jour de ce document, je crée une nouvelle version et conserve quelque temps les anciennes. Avec l’informatique, forme moderne du Vaudou, on n’est jamais assez prudent.

Il y a dans cet inventaire tous les 33 tours que j’ai acquis : depuis mon adolescence dans le Maine-et-Loire, au début des années soixante-dix, jusqu’à ces dernières années lorsqu’il m’arrivait d’aller me balader aux Puces de Bordeaux, dans les vide-greniers de la région ou dans les boutiques du style cash-converteur ; en passant par les parking sales de Rhino Records à Los Angeles, écumées au cours des années quatre-vingt, en compagnie de – et surtout par – Pascal Thomas, alors enseignant à UCLA, et où l’on pouvait alors dénicher des petites merveilles pour vingt-cinq cents. Heureuse époque où tout le monde ne jurait que par la nouvelle technologie du CD (ah, les benêts !) et bazardait les vinyles au poids !

Mon fichier Musicothèque prend également en compte mes K7 – j’en possède qui n’ont jamais eu d’équivalents en vinyle et n’ont jamais été rééditées en CD, par exemple des autoproductions de groupes qui évoluaient dans les marges du business du disque. J’en ai aussi beaucoup qui sont des copies de vinyles pirates ou, mieux, des enregistrements pirates de concerts auxquels j’assistais, avec un mini-cassette planqué sous mon blouson et des micros passés dans mes manches, scotchés à même la peau. Sans parler des éventuelles complicités permettant de pomper le son directement sur la table de mixage. On peut l’avouer : il y a prescription ! :o))

Bien entendu, mes CDs figurent également dans cet inventaire – je crois d’ailleurs que leur nombre a fini par dépasser celui des vinyles.

Ce qui manque dans cette liste, ce sont les 45 tours. Au départ, je ne listais dans mon inventaire que les LPs et les équivalents en CD et/ou K7, et le courage m’a manqué lorsque j’ai voulu y intégrer également les SP et les EP. J’en ai trop ! Et puis le principal intérêt de ce document est de savoir ce que j’ai et sous quelle forme physique (LP, CD, K7). Ce qui est fort utile, car il m’arrive encore d’être persuadé de posséder tel album… avant de découvrir, en le cherchant, qu’il fait visiblement partie de la catégorie « prêté/jamais rendu ».

Après avoir refermé mon fichier, j’ai entrepris de faire un peu le ménage en jetant les plus anciens états antérieurs. Je n’ai gardé que ceux des douze derniers mois, non sans avoir jeté un œil sur la version 2015.11.20 soit celle datant d’il y a précisément un an et quatre jours. Et je me suis rendu compte que mon tableau Musicothèque, au cours de ce laps de temps, s’était enrichi de 185 nouvelles références – ce qui fait très précisément 15 par mois : une tous les deux jours.

Sachant d’une part que lorsque je reçois – ou emprunte à une médiathèque – un nouveau CD, puisque c’est presque essentiellement à ce format que mes archives sonores s’enrichissent désormais, je le passe généralement en boucle toute la journée ; sachant d’autre part que lorsque je suis moi-même en train de travailler dans mon studio je ne peux évidemment pas écouter de la musique autre que celle sur laquelle je travaille ; on pourra légitimement se demander à quel moment j’écoute les CDs anciennement acquis – sans même évoquer les vinyles qui sont dans mes étagères, certains depuis quarante-cinq ans ?

La réponse doit très probablement approcher de « jamais », pondérée d’une légère dose de « en tout cas vraiment pas souvent ». D’où cette autre question : à quoi ça sert, or donc, de posséder des milliers de disques, de cassettes et de CDs que l’on n’écoute jamais ?

Franchement, je l’ignore…

Si quelqu’un a une idée ?