Bien chères toutes, bien chers tous…

Septembre est là qui s’accompagne d’une nouvelle livraison de notre lettre d’informations quant à nos réalisations du moment et nos projets plus ou moins lointains. Globalement, nous continuons d’avancer tout en faisant nos petits possibles. En particulier dans les domaines où nous pensons détenir quelque compétence – ou avons la faiblesse de le croire. Ecriture et musique, bien entendu. Mais nous avançons également – et bien malgré nous – dans des domaines où nous sommes magnifiquement incompétents : à savoir le reste de l’activité humaine dans son entièreté, ou très peu s’en faut. Pour tout dire, il est doux de ne savoir rien faire – tout en considérant que cela n’est en rien rédhibitoire !

Le chantier de la maison de Tizac continue d’avancer à son rythme. Ces dernières semaines de presque canicule, ce fut à la vitesse d’un escargot en stase. Pour ma part, après avoir creusé une tranchée pharaonique depuis le compteur d’eau en bord de route jusqu’au lieu d’un raccord pressenti, je me suis attaqué (au sens militaire du terme) aux murs du futur salon : de la pierre de taille recouverte, au nom d’une de ces lubies esthétiques typiques des années 60/70, de rien moins que trois épaisseurs de ciment. Après force burinage et marteau-piquage, la pierre respire à nouveau librement et les bas des murs ont commencé à perdre leur humidité chronique. On ne dira jamais assez à quel point nos maisons traditionnelles ont été littéralement massacrées, dans la seconde moitié du vingtième siècle, par des gens qui souhaitaient les faire ressembler à des appartements urbains ! Sols bétonnés, murs cimentés ou recouverts de panneaux supposés isolants, poutres dissimulées par des plaques d’aggloméré ou, au moins pire, plafonds lambrissés. Le chantier est long et difficile car nous essayons, aussi souvent que possible, de revenir à un état raisonnable des lieux, et de (re)mettre en valeur les prestations anciennes – et surtout de réutiliser tout ce qui peut l’être, pour d’évidentes raisons d’éthique mais aussi de restrictions financières. Un raisonnement parfaitement incompris de la part des artisans qui sont juste capables de construire du neuf en parpaings et BA13 ! Seule bonne nouvelle, le système d’épuration des eaux usées par des bacs filtrants est en place, et les roseaux commencent à pousser – même si les cuves ne sont pas encore connectées, faute de pouvoir à ce jour alimenter électriquement la pompe de relevage. Ce système écologique est le premier sur la commune et les environs. C’est à peine plus cher à réaliser qu’un système traditionnel qui éventre la terre-mère pour y enfouir un monstre technologique et occupe une place invraisemblable avec son fragile circuit d’épandage ! Par ailleurs, l’épuration par plantation coûte bien moins cher en entretien. Et puis, c’est beau !

La conséquence la plus dommageable de ces retards – de mon point de vue très égocentré – est que je n’ai pas pu organiser ce petit concert privé présentant mon travail littéraire et musical, relatif à la planète-océan Ayou, tel qu’annoncé dans la précédente livraison de Chic Planète. Pour tout dire, cela m’a un peu arrangé… car je n’ai pas réussi à trouver l’énergie pour finir le travail d’écriture dans les temps – avec l’âge, j’ai de plus en plus de mal à supporter les épisodes de forte chaleur. Et faute d’avoir pu redéployer mon studio à Tizac, je n’ai tout simplement pas pu terminer la musique et surtout le mixage. En regard du nouvel « agenda des travaux » de la maison, je ne pourrai pas disposer de la pièce qui m’est réservée avant mi-octobre au plus tôt ! Il y a d’autres priorités : cuisine, salle d’eau, toilettes, aménagement d’un espace de services autour de la chaudière à bois, etc. Ce qui signifie que mon nouveau studio ne sera pas opérationnel avant novembre. En attendant, j’ai simplement accès à une guitare acoustique – posée près de mon lit – et à un enregistreur numérique sur lequel j’ai branché un casque. Chaque fois que cela me démange et que des idées se pressent dans ma tête, j’attrape la guitare et lance l’enregistreur. Du coup, cela fait des semaines que je compose (et écris) des chansons dont l’esthétique, au final, emprunte autant au folk que je pratiquais il y a bien longtemps (influencé que j’étais alors par Neil Young, Fairport Convention, America …) qu’à la chanson française contemporaine. La création emprunte les chemins qu’elle peut et utilise ce qu’elle a à sa disposition ! Lorsque cela sera possible, il n’est pas exclu que j’enregistre quelques unes de ces chansons, dans des versions minimalistes (voix et guitare ou voix et piano). J’espère seulement en avoir encore envie, le moment venu.

Du studio, parlons-en. Cela fait des mois que je dessine des plans, que je fais et refais l’inventaire de mon matériel, que j’essaie de trier mes envies, conservant sous le coude celles qui sont réalisables et écartant celles qui ne le sont pas – pour des raisons objectives telles que les limites spatiales : la pièce est grande… mais tant que cela non plus ! En gros, je dispose d’un peu plus de trente mètres carrés, ce qui est bien pour un lieu de travail… mais un peu juste pour un lieu de diffusion. Or, c’est bien ce que j’ai envie d’aménager : un endroit pour à la fois travailler (composer, enregistrer, mixer…) et donner à entendre ma musique, telle que je souhaite qu’elle soit entendue. En fait, je souhaite aménager ce que l’on appelle un acousmonium.

Au fil des décennies, le travail en studio a profondément évolué. Au départ, il s’agissait de coller un micro devant un groupe qui jouait dans les conditions du direct. Puis on a inventé le magnétophone multipiste. L’électronique est arrivée, suivie de l’informatique, entraînant un effondrement des coûts du matériel. Aujourd’hui, un musicien isolé peut, dans son « studio à la maison », enregistrer autant de pistes qu’il le souhaite, utiliser des simulations d’instrument raisonnablement convaincantes, appliquer les effets les plus basiques comme les plus sophistiqués, mixer tout cela en stéréo, mettre le résultat en ligne sur l’internet et/ou graver des CDs. Chic planète ! Certes. Mais dans ce qui précède, le mot restrictif est « stéréo ». Le concept est bien connu : deux oreilles (de part et d’autre de la tête) et deux enceintes acoustiques placées face à l’auditeur, positionnées de telle manière qu’elles forment, avec le fauteuil de l’auditeur, un triangle équilatéral. C’est la théorie. Dans la pratique, on place tout cela comme on peut. Imaginez la même chose derrière l’auditeur : il se retrouve au centre d’une pièce carrée (idéal) avec une enceinte acoustique dans chaque coin – et bien entendu, ce qui est diffusé devant est différent/complémentaire de ce qui est diffusé derrière. La musique est diffusée sur quatre canaux au lieu de deux. La stéréophonie devient quadriphonie. Et rien n’empêche d’aller encore plus loin : en équipant chaque mur de deux enceintes écartées d’une distance plus ou moins égale au tiers de la largeur du mur, la quadriphonie devient double ou octophonique ! Variante : octophonie avec une enceinte placée dans chacun des coins, inférieurs et supérieurs, de la pièce. Plus on multiplie le nombre d’enceintes et plus on peut proposer à l’auditeur une sensation d’immersion totale dans la musique, une expérience sensorielle entièrement nouvelle. Évidemment, c’est tout sauf simple. Il faut beaucoup de matériel : un ordinateur très puissant, une carte son externe avec de nombreuses sorties, un grand nombre d’enceintes acoustiques et d’amplificateurs hi-fi. Et puis il faut acquérir la maîtrise du placement des objets sonores dans l’espace – et plus encore de leur déplacement. De vous à moi : c’est un truc de malade !

Composer et mixer des pièces musicales en multicanal, c’est-à-dire sur un nombre de canaux supérieur aux deux canaux de la simple stéréophonie, est une chose. Diffuser cette musique est autrement plus complexe – et rapidement tout à fait impossible. Car si tout le monde dispose d’une écoute en stéréophonie (chaîne hi-fi, lecteur mp3 avec un casque, ordinateur avec sa paire d’enceintes amplifiées, etc.), relativement peu de personnes sont équipées pour écouter de la musique diffusée sur davantage de canaux : un ensemble 5.1 connecté aux sorties de la carte son interne d’un ordinateur de bureau relativement récent ou un home-studio complet sur lequel sera connecté un lecteur de DVD, permettra d’écouter de la musique mixée et enregistrée en quadriphonie ou en 5.1 (gravée sur un support de type DVD). Mais au-delà de six canaux, c’est impossible – à moins d’avoir aménagé chez soi son propre acousmonium et de positionner, pour l’occasion, les enceintes tel que préconisé par le compositeur. D’où le concept d’acousmonium : à la fois le lieu de création de la musique et le lieu de sa diffusion. En clair : il s’agit de composer à la maison… puis d’inviter les gens à venir écouter chez vous, au même endroit, à l’occasion de soirées très privées, ne serait-ce que par le nombre de place extrêmement limitée, afin de bénéficier d’un confort d’écoute (c’est-à-dire du placement de l’auditeur dans la salle) satisfaisant.

Concernant le futur Acousmonium – la majuscule indiquait que je parle désormais du lieu et non plus du concept – je dispose de la salle (6.10 m de profondeur sur 5.40 m de largeur) et d’une partie du matériel, à ce jour : un ordinateur raisonnablement puissant, une carte son avec 20 sorties, un subwoofer amplifié, cinq amplis hi-fi stéréo, 6 paires d’enceintes hi-fi ainsi qu’une enceinte dépareillée. Le matériel hi-fi date pour l’essentiel des années 80, le genre de chaînes qui étaient considérées en leur temps comme du milieu de gamme, déjà très performant, et que l’on achète aujourd’hui quasiment au poids sur ebay ou le bon coin – la plupart des gens préférant une mini-chaîne avec un lecteur CD et une prise pour une clef USB, voire pas de chaîne du tout mais une espèce de truc sur lequel on emboîte un téléphone portable. Pauvres gens. J’ai également récupéré du matériel dans les garages, caves et greniers de vieux copains qui, eux aussi, sont passés à des systèmes d’écoute davantage dans l’air du temps. Je ne suis pas encore opérationnel. Je souhaiterais équiper l’Acousmonium, dans un premier temps, de manière telle que l’on puisse écouter en 2.0 (stéréo), 2.1 (stéréo + subwoofer), 4.0 soit quadriphonie bi-stéréo (les enceintes aux quatre coins de la pièce à hauteur médiane) ou quadriphonie centrée (les enceintes au centre des murs), 5.1 (en façade gauche et droit, centre, subwoofer et en arrière/éloigné gauche et droit), 8.0 soit octophonie avec deux enceintes par mur, écartées du tiers de la largeur du mur, ou avec les enceintes aux huit coins de la pièce. Il y a déjà de quoi diffuser un répertoire varié et procurer de belles sensations à l’auditeur !

Je me suis procuré quelques boitiers permettant de distribuer jusqu’à quatre paires d’enceintes par ampli, en sélectionnant celles que l’on souhaite utiliser – ce qui permet, au prix de quelques manipulations, d’utiliser un peu moins d’amplis et d’enceintes que nécessaire pour l’ensemble de ces configurations. Il me rester à trouver encore un peu de matériel – et à acheter au moins 200 mètres de câble de 4 mm2 de diamètre, fort coûteux mais indispensable pour des connections aussi longues. Et bien sûr, je reste preneur (à petit prix !) de toute chaîne hi-fi de l’époque où l’on construisait « lourd et encombrant » qui vous encombrerait…

J’espère être en mesure d’inaugurer l’Acousmonium au printemps 2017. Nous avons le temps d’en reparler.

À vous lire !