Wrong, Quentin Dupieux (2012). 89 minutes, couleurs.
Wrong Cops, Quentin Dupieux (2014). 82 minutes, couleurs.

Après Nonfilm,Steak et Rubber, Wrong est le quatrième film de Quentin Dupieux.

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Chacun cherche son chien. D’une certaine manière, Dupieux reproduit le schéma du film de Cédric Klapisch – quelqu’un part en quête de son animal de compagnie et fait des rencontres au passage – mais pour un résultat tout autre.

Dolph Springer (et pas Adolf, bordel) se réveille un matin, à 7:60, et se rend compte que Paul, son chien, n’est plus là. Voilà qui pertube grandement notre bonhomme. Quoi que, côté perturbations, il en a vu d’autres : bien que viré depuis trois mois, Dolph continue à se rendre à son lieu de travail, des bureaux sous une pluie continuelle.

Wrong nous montre donc le quotidien de Dolph et ses vagues efforts pour retrouver Paul – au point qu’on finit par douter même de l’existence du cabot en question. Tout autour de notre anti-héros, les choses vont gentiment de travers. De fait, un aréopage de personnages étranges gravite autour de Dolph : son voisin, qui refuse d’admettre qu’il fait du jogging et qui finit par fuguer ; la standardiste d’une boîte de livraison de pizza, un peu trop entreprenante  ; un jardinier français (Eric Judor), dévoué ; un détective colérique ; et surtout (surtout), Maître Chang (interprété par un William Fichtner complètement perché), qui a kidnappé Paul.

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Wrong abandonne le dispositif narratif enchâssé de Rubber pour se concentrer sur la narration d’une histoire aussi simple que loufoque. De fait, l’intérêt se situe moins dans l’intrigue – à la résolution complètement expédiée – que dans les détails. Le film est ponctué de trouvailles, où la réalité semble dévier de son cours normal. Le réveil qui passe de 7:59 à 7:60 en est l’exemple le plus flagrant. Mais il y a aussi un palmier qui se transforme en pin. Citons aussi la musique, qui ponctue de manière aussi menaçante qu’absurde certaines scènes anodines.

L’ensemble se laisse regarder sans déplaisir, mais peine à susciter le même enthousiasme que Rubber. Dupieux continue à développer son univers improbable, où la réalité telle qu’on la connaît subit un léger décalage, et cet univers en question vaut suffisamment le détour pour qu’on lui pardonne un film un peu moins dingue – juste doux dingue, là où le précédent, porté par son pneu tueur (je ne m’en suis pas remis) et son dispositif narratif, se révélait d’une férocité inattendue.

Profitons-en pour dire quelques mots sur le film suivant dans la filmographie de Dupieux, Wrong Cops. (Après un film nommé Wrong, pourquoi ne pas faire un film au titre presque similaire ?)

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Le titre ne ment pas sur le contenu. Dans Wrong Cops, il est donc question de flics pas très professionnels dans l’exercice de leur métier, quelque part dans une banlieue résidentielle californienne anonyme. Dans cet avenir proche où la criminalité a disparu, les flics s’ennuient. Il y a Duke, mélomane, qui deale accessoirement de l’herbe (enrobé dans des rats morts, parce que). Il y a Renato, qui fait chanter les jeunes femmes pour voir leurs nichons – ce qui ne marche pas à tous les coups. Il y a Rough, flic borgne persuadé d’avoir composé un hit electro – mais tout le monde n’est pas forcément de son avis. Il y a Shirley, fliquette qui se fiche éperdument de la déontologie et du professionnalisme. Il y a Sunshine, qui n’est pas un flic et qui déterre quatorze mille dollars dans son jardin. Enfin, il y a un cadavre récalcitrant, que tout le monde s’empresse de se refiler.

Wrong Cops était à l’origine une série de courts-métrages, que Quentin Dupieux a remontés pour aboutir au présent film. Pour un résultat un tantinet déconcertant : c’est aussi amusant que vain. On ne s’ennuie pas : l’humour absurde fait mouche, et l’on guette les quelques références à la filmographie de Dupieux, glissés çà et là (on retrouve plusieurs acteurs déjà présents dans Wrong), ou de la présence de Marilyn Manson dans un rôle à contre-emploi ; la bande originale de Mr Oizo/Dupieux est positivement affreuse et l’on amuse d’autant plus des rebuffades essuyées par Rough (Eric Judor en mode Nick Fury). Mais une fois le film terminé, il n’en reste pas grand-chose, à la différence de Rubber ou de Réalité. Pas de questionnement amusé sur le médium cinématographique, la narration ou la réalité, pas d’absurde au carré, juste une histoire de bad cops. Sympa mais oubliable.

Wrong et Wrong Cops fonctionnent comme un vague diptyque. Triptyque même, si l’on considère que Réalité (qui fera l’objet d’un prochain billet) aurait pu s’appeler Wrong Reality. Avec Rubber, l’ensemble constitue une forme de « dupieux-verse », sorte de réalité déviante et délirante qui prend pour cadre une Californie désenchantée. C’est fou et c’est pour ça qu’on aime.

Introuvable : non
Irregardable : non
Inoubliable : oui pour Wrong, un peu moins pour Wrong Cops