Il est impossible de conserver un niveau de qualité égal, surtout sur dix saisons et plus de deux cents épisodes. Dans la masse, certains se distinguent par leur indécrottable nullité. Dans ce billet, on tâchera de ne pas trop accabler les saisons 6 à 10, moins réussies dans l’ensemble que les cinq premières — qui contiennent aussi leur part de médiocrité. Le fait que la sélection ne contiennent pas d’épisodes provenant des saisons 1, 4 ou 6 ne signifie pas que ces saisons soient dépourvues de ratages… juste de ratages moins spectaculaires que les ci-présents.

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Nous ne sommes pas seuls

S02E18 – Parole de singe (Fearful Symmetry)

« You think that these animals were taken aboard some spaceship? »

Tout commence lorsqu’un éléphant invisible piétine tout sur son passage. Échappé d’un zoo de manière inexplicable, le pachyderme est retrouvé (visible) mort des kilomètres plus loin. Mulder et Scully mène l’enquête, cherchent des responsables du côté de l’équipe du zoo – en difficulté financière – ou d’activistes prônant la libération des animaux. Chose plus surprenante, aucun des pensionnaires n’a pu mener une grossesse à son terme… La vérité viendrait-elle (une nouvelle fois) d’ailleurs ? Genre d’outre-espace ?…

Les épisodes à base d’animaux sont toujours risqués, et celui-ci n’échappe pas au ridicule. Passé la séquence pré-générique, pas trop dégueulasse, Parole de singe s’enfonce dans la médiocrité. Sur le fond, le message est valable (protégeons la faune sauvage), mais l’explication apportée par Mulder (des kidnappeurs d’outre-espace) fait gentiment ricaner, avec son lot d’incohérences internes (si les aliens sont capables de kidnapper des animaux, pourquoi ne parviennent-ils pas à les remettre en place incognito). Surtout, l’intrigue ne décolle jamais, l’épisode se contentant d’être une simple et longuette scène d’exposition.

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Nous ne sommes pas seuls

S03E06 – Meurtres sur internet (2Shy)

« From a dry skin sample, you’re concluding that he’s a fat-sucking vampire? »

Le cadavre méconnaissable d’une femme est découvert dans une voiture. Méconnaissable, car paraissant liquéfié par des sucs gastriques… Le plus étonnant est l’apparente réduction de masse corporelle de la victime : dotée, vivante, d’un léger embonpoint, la voici toute fine une fois morte. Lors de leur enquête, Mulder et Scully s’intéressent au fait que cette femme entretenait une correspondance sur un site de rencontre avec un certain 2shy, qui semblait parler si bien à son cœur.

Du côté des créatures mythiques, qu’il s’agisse de vampires, loups-garou ou chupacabra, X-Files a rarement brillé. Côté vampirique justement  : entre 3 et Meurtres sur internet, lequel est le pire ? Les deux mettent en scène la figure du vampire, avec un bonheur bien moindre que dans Le Shériff a les dents longues. 3 où Mulder s’amourache d’une vampire, n’est pas bien terrible, mais Meurtres sur internet est probablement plus mauvais encore. Quoique tout ne soit pas intégralement raté : ce vampire qui se nourrit des aspirations amoureuses de femmes fragiles est intéressant ; le fait qu’il doive s’abreuver de graisse humaine tend carrément vers le ridicule (et on préféra regarder une nouvelle fois Compressions). Plus agaçant encore est cette énième déclinaison du « oh, danger technologie », magnifié par le stupide titre français. Bon, on échappe à l’ordinateur tueur, c’est déjà ça – mais c’est peu.

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Nous ne sommes pas seuls

S03E18 – Malédiction (Teso Dos Bichos)

« More rats, Scully. »

Lors de fouilles archéologiques en Equateur, le squelette d’une amaru, une femme chaman est mis à jour. Une aubaine pour le musée diligentant les fouilles. En dépit des avertissements des Indiens, le squelette est ramené aux USA. Mais les morts commencent à s’accumuler, à commencer par les archéologues – l’un est tué par un jaguar, l’autre disparaît en laissent derrière lui une mare de sang. Mulder et Scully mènent l’enquête, et sont confrontés à des hordes de rats ainsi qu’à des chats particulièrement agressifs.

En matière de films et de séries, il est bien connu qu’il ne fait pas bon toucher aux affaires des morts, surtout lorsqu’il s’agit d’Indiens : une thématique vue et revue, remontant au moins à Amytiville. Ce Malédiction accumule les poncifs de la même manière que l’on fait un collier de perle. Le compositeur Mark Snow ne fait pas des merveilles, se sentant obligé d’inclure une inévitable flûte andaise dans sa partition vu qu’il est question de chamanisme amérindien ; Duchovny et Anderson paraissent désintéressés de l’intrigue, et, à lire les commentaires, toute l’équipe des X-Files a grosso modo détesté cet épisode. En fin de compte, la seule chose que réussit à faire Malédiction est de produire un ennui tenace.

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Nous ne sommes pas seuls

S05E09 – Schizogénie (Schizogeny)

« Talk about puttin’ down roots.  »

Un adolescent, du genre boutonneux rebelle, est soupçonné du meurtre de son beau-père, et se défend mollement des accusations. Se serait-il vengé, suite à des abus ? Mulder et Scully, pas convaincus de sa culpabilité, poussent l’investigation du côté de sa psychiatre.

Pas grand-chose ne fonctionne dans Schizogénie : le portrait des adolescents est affreusement caricatural (« Gné, je suis un ado rebelle boutonneux pas coopératif qui écoute du gros rock et joue à des jeux vidéo »), le vieux jardinier, façon « esprit de la forêt » va et vient selon ce qui arrange le scénario, la référence à Psychose échoue à provoquer le moindre sentiment de sidération. Et puis… bon, l’idée d’arbres tueurs n’est pas mauvaise en soi, juste ridicule sur le papier mais exploitable, sous réserve d’un bon scénario – ce qui n’est clairement pas le cas ici. Schizogénie est l’un des pires épisodes de la saison 5, et l’un des plus faibles en général.

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Nous ne sommes pas seuls

S06E16 – Entre chien et loup (Alpha)

« Dog gone. Dog gone. Doggone? – Yeah, I got it. »

Un collectionneur fait venir de Chine un chien d’une race réputée disparue. Problème : à l’arrivée en Californie, la bestiole a joué les filles de l’air, laissant deux cadavres derrière elle. Un troisième ne tarde pas à suivre. Une experte en comportement canins prévient Mulder de l’affaire, sans toutefois se montrer totalement claire à son sujet. Mais le collectionneur non plus ne s’avère pas non plus très coopératif. Par le plus grand des hasards, cet individu louche aurait-il des choses à cacher ?

Oh, mais s’agirait-il d’une nouvelle histoire de loup-garou ? Hélas… Déjà, Métamorphoses (Shapes) dans la première saison montrait que les X-Files sont jamais aussi peu convaincants que lorsque les scénaristes s’attaquent à des mythes du genre loups-garous/vampires (cf. Meurtres sur Internet plus haut). Au bout de la énième scène « chien aux yeux orange luminescent qui montre les dents avant de bondir sur sa victime », on commence à en avoir un peu marre. Quel dommage que l’essentiel de l’épisode consiste en de telles scènes. On appréciera enfin le titre français, un brin à côté de la plaque.

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S07E13 – Matreya (First Person Shooter)

« This is my game. »

Saviez-vous que Stephen King avait co-écrit un épisode pour X-Files ? Il s’agit de Chinga, dixième épisode de la saison 5, et c’est une histoire de poupée tueuse très oubliable. King s’en sort indéniablement mieux avec les romans et nouvelles qu’avec les scripts. Mais saviez-vous que William Gibson – oui, le Gibson de Neuromancien et Identification des schémas — avait co-écrit avec Tom Maddox (pionnier du cyberpunk ayant omis de concrétiser) deux épisodes pour la série ? Le présent Matreya, et Kill Switch (onzième épisode de la saison 5). Deux ratages. Kill Switch et son énième histoire d’IA tueuse brillait par son absence de qualités, mais Matreya est encore pire. Comment le pape du cyberpunk a pu se fourvoyer à ce point dans cette intrigue débile décrédibilisant les jeux vidéos ?

L’histoire nous montre Mulder et Scully enquêtant sur un jeu vidéo, titré (ironiquement ?) First Person Shooter. Ce jeu de tir subjectif, en réalité virtuelle, a la fâcheuse tendance à tuer ses joueurs, par l’intermédiaire d’un PNJ, sorte de Lara Croft équipée d’une grosse épée et nommée Matreya.

De manière générale, X-Files se plante dès qu’il est question de nouvelles technologies. IA tueuses, machines hantées… le résultat n’est jamais concluant. Et le présent Matreya, qui semble considérer concepteurs de jeux et joueurs comme des post-ados imbibés de testostérone, s’avère pour le moins navrant.

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Nous ne sommes pas seuls

S07E20 – Doubles (Fight Club)

« You know what they say. Everyone has a twin out there somewhere. »

À Kansas City, deux femmes identiques se suivent et se poursuivent, semant le chaos sur leur passage – quand elles sont en présence, tous les gens à proximité se découvrent l’étrange tendance à vouloir cogner son prochain. Ces deux femmes entretiennent une passion amoureuse envers un même catcheur, sorte de nounours décati au bout du rouleau. Mulder et Scully se retrouvent à enquêter à leur sujet…

Soyons honnête, cet épisode ne commence pas si mal. On s’attend à un nouvel épisode « méta », lorsqu’on croise ces doubles de Mulder et Scully ; espoirs déçus, l’intrigue s’intéressant en fin de compte à des personnages ratés. De fait, tout est raté : l’actrice jouant les deux sœurs interprète son double rôle comme un seul ; Duchovny et Anderson paraissent s’en ficher ; Mark Snow nous inflige une partition digne des pires heures des Eighties… et puis : le vieux papa colérique qui transmet génétiquement son irascibilité ?? Si le titre français ne laisse aucune place à l’ambiguité (pour ne rien changer), il n’en est rien avec l’original : Fight Club. Voulait-on sauver cet épisode avec un malentendu destiné à le rapprocher du film éponyme de David Fincher sorti l’année d’avant ? L’unique règle de cet épisode devrait être : « Il est interdit d’en parler. »

 

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S08E10 – À l’intérieur (Badlaa)

« The man sitting here may not be the man sitting here. »

De retour d’un voyage en Inde, un homme d’affaire ventripotent est retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel. Problème : il serait en réalité déjà décédé avant d’avoir embarqué. Et quelque chose serait sorti de son corps… Scully et son nouveau partenaire, l’agent Doggett, mènent l’enquête.

Même si le fond de l’histoire se veut social et dénonciateur de certaines pratiques – cf. la catastrophe de Bhopal –, rien ne tient la route dans A l’intérieur. Ce fakir nain vindicatif, à la vengeance aveugle et qui se dissimule aux USA sous l’apparence d’un concierge mutique, s’avère plus ridicule qu’autre chose, en plus d’être extrêmement embarrassant comme bon nombre d’autres éléments de l’épisode : les deux gamins qui veulent piéger le fakir, Scully qui tente non sans mal de suivre les pas de Mulder en l’absence de ce dernier, les incohérences du scénario… L’un des pires moments de la saison 8, déjà pas avare en épisodes médiocres.

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Nous ne sommes pas seuls

S09E19-20 – La vérité est ici, 1re et 2e parties (The Truth/The Truth II)

« I’m putting the truth on trial. – What truth ? Whose truth ? You think these men will even hear it ? »

Tout ça pour ça ? C’est l’impression qui prédomine à la fin de ce double épisode final (enfin, final pendant une quinzaine d’années). Tout commence avec Fox Mulder, qui s’invite inopinément dans la visite du fort de Mount Weather, destiné à abriter le gouvernement américain en cas d’attaque sur le territoire. L’agent du FBI y découvre la vérité sur le complot, les aliens, tout ça, avant d’être repéré par un super-soldat, qu’il tue. Mis aux arrêts par les militaires, il est bientôt jugé par un tribunal exceptionnel constitué de membres du FBI. Pour assurer sa défense, il peut compter sur l’assistant-directeur Skinner, qui va faire comparaître de nombreux proches de l’agent : Scully, Dogget, Reyes… Mais comment se défendre efficacement quand les preuves tendent à disparaître ?

Après une longue mise en place, l’essentiel de ce double épisode se focalise sur le procès à huis-clos de Mulder – c’est l’occasion de revoir bon nombre d’anciens visages de la série, pour un exercice un brin nostalgique. Quant au procès, il sert surtout de résumé à l’ensemble de l’arc narratif complotiste… qui montre ici ses limites. Sûrement demeurait-il plus intéressant dans la pénombre. Rien de génial, et un virage en eau de boudin dans les dernières vingt minutes : certains personnages changent brutalement d’allégeances, certains morts ne le sont plus en fin de compte… En matière de conclusion, La vérité est ici se révèle peu satisfaisant. Au lieu d’apporter un véritable dénouement, l’épisode élève mollement les enjeux, en présentant un horizon d’attente qui ne sera jamais atteint, l’annulation de la série l’en empêchant. Quant à la saison 10, elle y répondra… à sa manière, avec le double épisode introductif-et-final-à-la-fois My Struggle, qui conclut ce palmarès du médiocre et du raté.

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Nous ne sommes pas seuls

S10E01+E06 – La vérité est ailleurs, 1re et 2e parties (My Struggle I & II)

« It makes no sense. »

Quatorze ans après la fermeture des X-Files, Mulder est recontacté par Walter Skinner via Dana Scully. L’assistant-directeur souhaite qu’il rencontre Tad O’Malley, un influent youtubeur conspirationniste. Celui-ci veut lui présenter Sveta, une jeune femme qui prétend avoir été enlevée par des aliens. Mais Mulder en arrive à douter de tout ce en quoi il voulait croire : toutes ces histoires de complots aliens ne seraient-ils que du vent face à un complot plus grand encore ?

En tant qu’épisode introductif d’une nouvelle saison quatorze ans après la dernière en date, My Struggle I laisse un petit goût de ratage. Forcément, les attentes étaient élevées – sûrement trop. À trop vouloir brasser de thèmes, l’intrigue va trop vite, laissant une impression de gloubi-boulga confus. Les saisons 8 et 9 sont par endroit allègrement piétinée (pas que ces deux saisons soient particulièrement réussies, mais de là nier leur existence, il y a un pas), avec une Scully redevenue inexplicablement l’incrédule qu’elle était au début. Malgré la joie que l’on éprouve à retrouver nos protagonistes, Gillian Anderson est inexpressive au possible (à peine si elle hausse un sourcil de temps à autre) et David Duchovny marmonne dans sa barbe. Les épisodes suivants de cette saison 10 relèvent le niveau – en particulier Mulder and Scully meet the Were-Monster et Home Again –, en saupoudrant les « monstres de la semaine » d’un soupçon de complot. Las ! Babylon, pénultième épisode à base de terroristes musulmans, s’avère au mieux embarrassant (en dépit de la présence sympathique des agents Miller et Einstein, avatars jeunots de nos deux héros), et My Struggle II achève d’enfoncer le clou. Tandis que Mulder se balade d’un côté de cette intrigue bancale, Scully gesticule de l’autre en répétant les mots « alien DNA » comme une sorte de baguette magique. On voudrait y croire, mais… pfff… Et que dire de la fin ?

Au bout du compte, les trois plus mauvais épisodes de cette inégale saison 10 (ce qui en représente la moitié…) portent tous la signature de Chris Carter, ce qui ne rend pas le spectateur forcément confiant quant à la saison 11 qui ne manquera pas de suivre.

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À suivre…