Mashopolos, Wax Audio, 2007 (auto-édité). 11 morceaux, 35 minutes.
Mashopolos II - The Mashening, Wax Audio, 2009 (auto-édité). 14 morceaux, 59 minutes.
Mashopolos III - Mashups for the people, Wax Audio, 2012 (auto-édité). 13 morceaux, 53 minutes.
Mashphonics, Wax Audio, 2015 (auto-édité). 10 morceaux, 37 minutes.

Comment aborder Wax Audio ? Comme « comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie » ? Plus exactement, comme la rencontre, inattendue, sur une table de mixage de deux morceaux pas forcément faits pour se rencontrer. Comme, au hasard, « Another Brick in the Wall Pt2. » rencontrant « Stayin’ Alive  », pour donner une idée.

Reconnaissons que c’est tout simplement parfait, non ? La section rythmique des deux chansons est si similaire qu’elles semblaient faites pour aller ensemble. Les deux refrains s’opposent et se complètent de la plus amusante des manières, la protest-song de Roger Waters se dissolvant dans le disco inoffensif des Bee Gees. C’est irrésistible.

Tom Compagnoni alias Wax Audio, musicien australien (du moins, je crois ; je n’ai guère d’autre information sur le bonhomme), s’est ainsi spécialisé dans le mash-up, un amusant domaine d’activité musicale proche du remix. Si le remix est un exercice consistant à recréer un morceau déjà existant, avec un bonheur variable (cela va de la recréation complète, comme Yann Tiersen réinventant «  À ton étoile » de Noir Désir, jusqu’à la paresse pure et simple, tels les Daft Punk rajoutant des beats un peu crades à «  Take Me Out » de Franz Ferdinand et grosso modo rien de plus, en passant par bon nombre d’états intermédiaires), le mash-up télescope deux morceaux (au moins) pour en recréer un troisième. Il s’agit souvent de la partie chantée d’une chanson collée sur l’instrumentation d’un autre titre. Un véritable collage sonore/sonique, dans la lignée des collages surréalistes.

Le résultat s’avère souvent troublant : on connaît l’un ou l’autre titre, mais son union improbable avec telle ou telle autre chanson le rend soudain imprévisible. C’est familier tout autant qu’infamilier. Irrévérencieux ? Sûrement. Et parfois, on obtient même un morceau supérieur aux deux premiers — « Relax » de Frankie Goes to Hollywood est bien sympathique, mais mixé avec du Iron Maiden, ça envoie du tonnerre de Dieu.

On peut également assister à des collaborations que l’on n’écouterait jamais dans la vraie vie, comme Queen et Toris Amos (« I want Precious Things »), Europe et Nirvana (« The Final Spirit », titre qui assume son pur mauvais goût), ou comme « Dissolved by the water », qui propose une rencontre au sommet entre trois des plus grandes chanteuses des années 90, Tori Amos (oui, encore), Björk et PJ Harvey, sur « Dissolved Girl » de Massive Attack. De manière générale, on retrouve une constante dans les mashups de Wax Audio : balancer des gros riffs qui tachent sur des chansons plus… délicates. « Come Together » voit les Beatles assaillis par Justice ; les guitares de Metallica donnent toute leur puissance sur « Superstition » de Stevie Wonder ; les titres « Maiden goes to Bollywood » et « Metallica goes to Punjab » se passent d’explication. (Irrévencieux : l’ai-je déjà dit  ?) Metallica, Led Zep’, Iron Maiden ou AC/DC sont des noms que l’on recroise souvent chez Wax Audio. Mais cela va parfois au-delà de l’ajout de hard rock sur des chansons pop : « I Hear it now » ressemble à une drôle de jam, longue de huit minutes, qui rassemble la trompette aérienne de Miles Davis, la voix lointaine de Lisa Gerrard de Dead Can Dance, ainsi que Public Enemy, King Crimson et Angus Young.

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Les quatre albums Mashopolos I, II, III et Mashphonic contiennent ainsi leur lot de grands moments de pur délire. On accroche, ou pas. Pour sa part, votre serviteur adore.

Wax Audio ne s’est pas seulement contenté de mélanger entre elles nombre de chansons populaires. Ses premiers EP (WMD, Mediacracy et Cut, Past and Run), auto-publiés au début des années 2000, mélangent chansons et discours issus de l’actualité politique australienne/américaine de l’époque. Ça date un peu, forcément, et ce ne sont pas les œuvres les plus intéressantes. Certains des albums de Wax Audio s’aventurent vers d’autres territoires sonores, plus proches de l’ambient, voire de la musique concrète, comme 9 Countries, voyage hypnotique d’une heure autour du monde qui poursuit le travail entrepris avec ces groupes de gros rock mixés avec des musiques venues de l'orient. Ou encore CMYK, quatre longues pièces instrumentales (hélas introuvables sur la page Soundcloud de Wax Audio), qui prouvent que le bonhomme sait faire autre chose que le concassage malicieux de chansons pop-rock. (Sans oublier deux EP de mashups sous inspiration David Lynch : Mashed in Plastic.)

Wax Audio n’a pas l’apanage du mash-up. Citons aussi Soulwax, groupe d’electro-rock gantois qui, sous leur pseudo 2 Many DJs, faisait se rencontrer Eleanor Rigby et Kraftwerk, Nirvana et les Destiny’s Child (irrévérencieux, on vous dit !), ou encore le site bootlegs.fr, qui répertorie bon nombre de mashups et d’événements liés à cette sous-culture. Le problème du mashup, comme celui du remix, se situe du côté des droits musicaux, raison pour laquelle les albums de Wax Audio n’existent que sur le web. À ma connaissance, la seule œuvre de ce genre à avoir une existence physique est As Heard on Radio Soulwax Pt.2 (2002) de Soulwax / 2 Many DJs ; plus d’une centaine de morceaux s’y côtoient, s’y mélangent, et les musiciens belge se sont échinés à obtenir l’accord des ayant-droit pour chacun des titres remixés. (Le Pt.2 du titre s’explique par le fait qu’il en existe onze autres, sans existence officielle. Par la suite, 2 Many DJs s’est lancé dans le projet Radio Soulwax, compilant vingt-quatre mixes/mashups longs d’une heure, chacun dédié à une thématique précise : David Bowie, le rap des 80s, la musique cosmique, les banques de musiques, une heure de riffs de guitare.)

À quoi reconnaît-on un bon mash-up ? Parce qu’on distingue ses éléments constitutifs, qu’on les apprécie séparément, et qu’on apprécie aussi leur malicieux mélange ? Parce qu’il nous fait sourire ? Un peu de tout ça. Sous cet aspect, les albums de Wax Audio s’avèrent de jolies petites réussites.

Introuvable  : non
Inécoutable : non
Inoubliable : oui

Et, au vu de la date, un titre de circonstance :