C’est l’histoire d’un mec, comme disait Coluche, qui lance une grande souscription populaire pour financer un projet littéraire et musical. Il fait ça un vendredi matin et commence de suite à récolter des fonds – en particulier auprès des personnes qui avaient déjà financé son précédent projet et qui, semble-t-il, avaient trouvé ça plutôt intéressant. Et puis paf ! Dans la nuit du vendredi au samedi, on annonce sur toutes les ondes que c’est la fin du monde – ou peu s’en faut. Clairement, comme dirait Olivier Girard, le mec se retrouve un peu con et légèrement en décalage par rapport aux préoccupations de ses concitoyens, avec son projet consistant à raconter les états d’âme d’un ambassadeur tout frais nommé sur une planète-océan, où les indigènes partagent leur temps entre glander et rien foutre, avec pour seule activité un peu physique, à part la fornication, la pratique de la musique. Le genre de choses qui n’a aucune chance d’arriver. Sauf que vendredi matin, l’homme des bois a effectivement lancé un nouveau kickstarter (en français : une campagne de financement participatif) pour son nouveau projet ; que dans un premier temps en ont été informées les personnes ayant participé au financement du précédent kickstarter ; que les promesses de dons, comme on dit, ont de suite commencé à arriver ; et qu’au moment où l’homme des bois allait faire suivre l’information au reste de son petit fichier de contacts dans le monde de la science-fiction, on a appris ce que vous savez…

Du coup, l’homme des bois se sent légèrement indécent de demander de l’argent pour financer ses petites amuseries littéraires et musicales, aussi insignifiantes qu’inutiles, dans un monde de plus en plus cruel et vide de sens…

Et puis, comme parfois dans ces moments-là, les copains envoient des mails juste pour savoir si tout va bien, sur comment on va faire maintenant, sur la bonne attitude à adopter… des mails dans lesquels apparaissent des mots comme « éthique », « engagement », « résistance »… et cette formule enfantine mais qui semble tellement appropriée à la situation, peut-être à cause de l’innocence qu’elle suggère, trois mots qui disent simplement : « même pas peur ! »

Alors…

Ecrire des choses aussi futiles que des récits qui se passent sur des planètes lointaines, composer des musiques qui n’ont d’autre ambition, dans le meilleur des cas, que de susciter chez leur auditeur un peu d’émotion… désolé, à part cultiver des pommes de terre et des topinambours, je ne sais rien faire d’autre ! Et surtout je n’ai aucune envie de faire autre chose ! Donc l’homme des bois qui, la tête dans les étoiles, lançait vendredi dernier son nouveau kickstarter, est resté le même homme des bois, quarante-huit heures après l’abomination. Soyons honnête : un peu peur tout de même… Mais ça passera. Et en tout cas, pas assez peur pour devenir quelqu’un d’autre !

Voilà donc le texte de présentation de mon nouveau projet, tel qu’il a été mis en ligne vendredi, en fin de matinée.

Bienvenue dans le monde de l’Essaim !

L’Essaim… il est ce que les astrophysiciens appellent un « amas globulaire », c’est-à-dire un ensemble de plusieurs milliers à plusieurs centaines de milliers d’étoiles, relativement proches (voire très proches) les unes des autres, et ayant toutes peu ou prou le même âge.

L’Essaim est situé à l’extérieur de notre galaxie – à la lisière de celle-ci. Il est constitué de quelques milliers d’étoiles du même type que notre soleil. La plupart de ces étoiles possèdent un système planétaire – et un certain nombre de ces planètes possèdent des caractéristiques propices à la vie. Au sein de vaste ensemble, il existe une planète sur laquelle réside une colonie d’origine humaine. Ses habitants ont baptisé ce monde NovaTerra. Après trois siècles de présence et de développement, ces humains se sont lancés dans l’exploration de l’Essaim.

De nombreuses planètes se sont révélées peuplées par des créatures intelligentes, parvenues à des degrés de civilisation divers – mais toujours très inférieur à celui de NovaTerra. A leur grande surprise, les explorateurs venus de NovaTerra ont même découvert des peuples qui, à l’évidence, sont eux aussi d’origine humaine. Même si aucun d’eux n’a de souvenirs de ses origines… Comment des humains sont-ils arrivés sur NovaTerra, alors que l’Essaim est à une distance incommensurable de la Terre ? Comment et quand les autres colonies d’origine humaine sont-elles arrivées dans l’Essaim ? Les mêmes interrogations se posent pour tous les autres peuples d’origine extraterrestre qui vivent sur des planètes de l’Essaim.

Afin de tenter de comprendre le comment – et éventuellement le pourquoi – de cette situation, les Novaterriens ont constitué un corps d’élite dont les membres, triés sur le volet au terme d’une formation de très haut niveau, et dotés de compétences très particulières : les Ambassadeurs. Ceux-ci sont envoyés sur toute planète de l’Essaim nouvellement découverte, afin de jouer le rôle d’une « interface » entre les peuples aliens et les équipes d’explorations novaterriennes. Leur mission consiste à faire en sorte que tout se passe pour le mieux, dans le respect des peuples indigènes. Et de fait, ce n’est pas une mission de tout repos, car les Ambassadeurs sont souvent amenés à s’opposer aux intérêts de NovaTerra et à se tendance à l’expansionnisme. A ce titre, le Corps des Ambassadeurs constitue un véritable contre-pouvoir, n’ayant de comptes à rendre qu’aux dirigeants du Temple : une organisation indépendante des instances dirigeantes de NovaTerra, dont le but est de collecter l’ensemble des connaissances rapportées par les équipes d’exploration, et de maintenir le silence sur ce qui ne doit pas être révélé…

Tout au long de sa carrière et au gré de ses nombreuses affectations, l’Ambassadeur Broderick a fini par comprendre beaucoup de choses sur la nature de l’Essaim et sur le vaste projet auquel il participe et qui dépasse l’entendement. En parallèle aux rapports officiels qu’il adresse au Temple, Broderick a toujours rédigé en secret une sorte de journal intime, et ce sans aucune autocensure. Ayou est un chapitre du journal intime de l’Ambassadeur Broderick. C’est le récit de son séjour sur une planète-océan où la mémoire se transmet d’une manière déconcertante, de sa découverte d’une civilisation plus ancienne cachée sous la surface de l’océan, de sa lutte aux côtés des indigènes soucieux de préserver leur culture ancestrale de l’ingérence des humains.

Détail qui n’est pas sans intérêt, Broderick est à titre personnel un passionné de musique. Aussi met-il à profit ses diverses affectations sur des planètes aliens, pour se livrer à un collectage auprès des populations indigènes. Au fil du temps, il a ainsi constitué des archives sonores uniques en leur genre.

On l’aura compris : mon projet est de vous proposer le chapitre du journal intime de Broderick, consacré à la planète-océan Ayou, ainsi qu’un CD de musique collectée auprès des divers peuples de ce monde, à l’occasion d’événements festifs ou de cérémonies rituelles. Ce projet relève donc à la fois de la littérature et de la musique – dans une esthétique propre à la science-fiction.

Risques et défis

Le pendant littéraire consiste à écrire un récit autonome, bien que s’inscrivant dans un cadre plus vaste dont le titre de travail est « Les Mondes de l’Essaim ». Cela fait plusieurs mois que je travaille à l’occasion sur ce projet : recherche de documentation, échange de mails avec mes « référants » (conseiller scientifique, éditeur), prise de notes, réflexions quant au plan global, rédaction de fragments, etc.

Le pendant musical consiste à composer une musique aussi déconnectée que possible des aspects « culturels » des musiques humaines (au moins de la musique occidentale liée à la tonalité et au tempérament égal), ramenée à des fondamentaux « naturels » (relevant de la physique ondulatoire, de l’acoustique), composée à partir de ses fondamentaux dans un environnement autre que celui de la Terre, par des êtres dont les modes de pensée seraient assez largement différents. Autant dire : mission impossible ! Mais le défi est de taille et il n’est pas interdit de tenter de le relever.

Ce projet a un coût. Il demande la construction de plusieurs dispositifs sonores : en particulier un ensemble de monocordes, de tubes accordés et de percussions également accordées. Ces instruments peuvent être partiellement construits avec des éléments recyclés (micros, manches, mécaniques de guitare, etc.) mais certaines percussions devront être acquises – ainsi qu’un accordeur spécifique aux percussions basé sur l’analyse de fréquences spectrales (le premier prix pour un tel accordeur est d’une centaine d’euros). Il faut ajouter a cela les coûts d’impression du texte, sous forme d’une brochure réalisée de façon artisanale, la fabrication du CD (achats CD vierges et coffrets, impression d’une jaquette). Et in fine les coûts d’expédition postale. Même en privilégiant le « Do It Yourself », la somme de 500 euros apparaît comme un minimum difficilement compressible. Par ailleurs, j’estime à trois mois le temps nécessaire pour mener ce projet à son terme : écriture, composition, enregistrement, fabrication des brochures et des CDs. Il conviendrait donc d’ajouter à cette somme un montant nécessaire à financer ma modeste existence pendant ce temps : emplettes alimentaires, loyer, charges et toutes ces choses. Plutôt que de placer la barre trop haut en demandant, par exemple, 2000 € pour la totalité du projet – et de risquer ainsi de ne pas boucler son financement – j’ai donc décidé de laisser aux internautes le libre choix de participer à ce financement de ma survie au quotidien, à la hauteur de leur choix – et de leur possible.

Le financement « officiellement » demandé via kickstarter est donc de seulement 500 €, ce qui correspond aux simples frais. Pour le reste, nous ferons comme nous pourrons !

Si vous souhaitez aider au financement de ce projet, il vous suffit de vous rendre sur sa page, sur le site de kickstarter.

C'est ici.

Merci d’avance à toute personne qui pourra apporter son aide.