Au hasard d’un vide grenier, j’ai acheté – au poids du papier ou peu s’en faut – une pile du magazine Coda. C’était une revue consacrée à la musique électronique, dans les années 1990/2000. Je ne l’ai jamais lue – à cette époque, je ne m’intéressais plus à ce type de musique.

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Dans les années septante, je fus un grand fan de ce que l’on appelait alors le « rock planant » et qui, pour l’essentiel, nous arrivait d’Allemagne : Tangerine Dream, Ash Ra Temple, Klaus Schulze. Le groupe qui me fascinait le plus était sans doute Kraftwerk. Dans la foulée, j’ai suivi les carrières de divers groupes s’inscrivant plus ou moins dans cette même esthétique, l’humour et l’irrévérence en plus – comme Devo (Are we not men ? We are devo ) et Telex (Moskow Diskow). Par la suite, certains courants de house music m’ont intéressé, en particulier ce qui provenait de Belgique. Et puis il m’a semblé que l’on entrait peu à peu dans une période de grand nimportnawaque où des machines de plus en plus puissantes et dotées de banques de sons d’usine d’une grande richesse, prenaient le pas sur la créativité des musiciens. J’ai toujours pensé qu’un synthétiseur, ça servait avant tout à rendre possible des sons, des timbres, des textures, des phrasés… que l’on entendait dans sa tête et que l’on ne pouvait restituer avec des instruments traditionnels. Mais au cours des années 80/90, j’ai eu de plus en plus souvent la sensation que les musiciens commençaient d’abord par explorer les banques de sons d’usine de leurs machines fraichement déballées, avant d’en choisir quelques uns et de se contenter de les assembler pour produire des morceaux. Un jugement sans doute injuste, d’autant que les deux démarches sont complémentaires, mais c’est ce que je ressentais. À cette époque, je ne tournais qu’avec des groupes de pop-rock plutôt guitaristiques ! Il a fallu qu’arrive un nouveau millénaire, et le milieu de sa première décennie, pour que je m’intéresse à nouveau à la musique électronique – bien aidé en cela par le fait que quelques vieux copains, ne sachant que faire des synthétiseurs analogiques qui traînaient dans leur cave (ou dans leur grenier) me les donnent. En deux ou trois ans, je me suis retrouvé à la tête d’un commando d’une douzaine de machines, certaines de légende…

L’intérêt de faire des pauses au niveau de ses centres d’intérêt, c’est que lorsqu’on y revient, on a dix ans (ou plus !) de « nouveautés » à découvrir. Concernant la musique électronique, ce serait plutôt vingt ans de retard que j’ai à combler. D’où le pillage organisé auquel je me livre des stocks de plusieurs médiathèques de Bordeaux et sa banlieue – j’ai récemment découvert la musique de groupes comme Boards of Canada, Chapelier Fou, Aphex Twin, Chemical Brothers, Cornelius ou Portishead que je ne connaissais que de nom (ou à peine davantage : ah, le vieux ringard !).

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C’est dans ce contexte de rétro-découverte que j’ai fait l’acquisition de ce lot du magazine Coda. Cette revue apparaît sans doute en 1994 – le n°13, le plus ancien dont j’ai vu la couverture reproduite sur internet, est daté juin 1995 et semblait être un mensuel. Le logo s’écrit CODa et la revue est sous-titrée « nouvelles cultures ». Cette première série de la revue que certains commentateurs qualifient plutôt de fanzine, s’arrête au n°52, daté février 1999. Dès le mois suivant, elle redémarre au n°1 (daté mars 1999) avec un nouveau logo : COD@, et cette fois sur-titrée « Musiques et cultures électroniques ».

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Le petit lot que j’ai acheté concerne cette seconde série. Le plus ancien est le n°25 daté juin 2001, le plus récent, si l’on peut dire, est le n°124, daté août 2006. Quelque part après le n°37 et au plus tard au n°54, le logo devient CODA. Je ne sais pas pendant combien de temps cette revue a continué de paraître. Y aurait-il dans la salle un ancien lecteur de CODA qui pourrait éclairer notre lanterne ?

J’ai fait comme je fais tout le temps. J’ai classé les numéros par ordre chronologique et ai commencé ma lecture par le plus ancien en ma possession. D’emblée, j’ai constaté l’existence d’une rubrique SF tenue par un certain L@urent Diouf. Une petite recherche via Google a fait apparaître, entre divers Laurent Diouf (ils sont plusieurs en ce bas monde), un Laurent Diouf actuellement rédacteur en chef de MCD (pour Magazine des Cultures Digitales) dont le contenu et le positionnement nous incitent à le placer dans une même mouvance que feu Coda. Toujours est-il que, dans le n°25, daté juin 2001, de Coda, notre L@urent Diouf commence sa rubrique par une chronique du n°22 de Bifrost, spécial Clifford D. Simak, et me cite comme étant l’auteur de la biographie de l’auteur – ce dont je ne me souvenais pas. Il faudra que j’aille voir si cet article est répertorié dans la bibliographie de ma page wiki [On peut lire cet article ici]. Dans le n°26 et suivant, daté été 2001, la rubrique SF fait à nouveau référence à ma petite personne : le guide Cartographie du Merveilleux de notre ami A.F. Ruaud est décrit comme ayant été réalisé « sur le modèle de celui qu’avait rédigé Francis Valéry pour la SF ».

C’est un sentiment étrange.

Je suis passé à côté d’une revue dont j’ignorais totalement l’existence – alors qu’un de ses collaborateurs me connaissait et faisait volontiers référence à mon travail. Est-ce que c’est ce genre de choses qui fait que l’on estime que quelqu’un « est connu » ? Quinze ans après, j’ai un tel recul par rapport à cette époque où j’étais omniprésent sur la scène de la SF, que j’ai le sentiment que Laurent Diouf parle de quelqu’un d’autre que moi (que le moi d’aujourd’hui, tout aussi illusoire que le moi d’alors, dans une approche bouddhiste du réel). Est-ce que ça me fait plaisir de me rendre compte (bon, je le savais bien déjà un peu…) qu’il fut un temps où, toute fausse-modestie mise de côté, j’étais une sorte de référence dans ce petit milieu (en tant qu’éditeur, critique, auteur, etc.) ? Franchement, je ne sais pas. Je crois que ça ne me fait rien. Je n’ai aucun ressenti par rapport à cette époque, à cette situation. Je n’ai aucun regret de ne plus être cette personne-là – aucun remord non plus. Et je n’aurais pas envie de redevenir cette personne-là – c’est d’ailleurs sans doute un des éléments qui font que j’ai autant de difficultés à me remettre à écrire de la science-fiction. J’ai sans doute la légitimité pour souhaiter revenir sur le devant de la scène littéraire – mais quel sens ce retour pourrait avoir ? C’est peut-être une interrogation sans objet. La roue tourne. Je n’ai jamais regardé en arrière – du moins cela n’a jamais été le fruit d’une volonté, d’une démarche. C’est tout à fait par hasard que j’ai acheté ces numéros, que j’ai commencé à les lire, que je suis tombé sur une chronique SF, que j’ai vu que j’y étais cité. J’aurais pu ne jamais le savoir.

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Je ne possède pas le n°27 de Coda. Par contre j’ai le n°28, daté octobre 2001. La première chose que j’y ai relevée est la sixième livraison d’une série d’articles titrée Archéo-Mix, consacrés aux précurseurs de la musique électronique. Ah, voilà quelque chose qui m’intéresse fort. Sur le même sujet, je possède le n°11 de Contrechamps (1990) consacré aux Musiques Électroniques, ainsi que plusieurs numéros de Crystal Infos, la revue de l’association Crystal Lake dont j’étais adhérent au début des années 90, et qui était maquettée par nos amis (alors) de Quarante-Deux – Dominique Martel, crois-je m’en souvenir, était un fan absolu de Tangerine Dream dont il possédait un nombre impressionnant de CDs (son bon goût musical englobait également l’œuvre de Gérard Manset au point d’écouter Royaume de Siam en boucle toute la journée). C’est un sujet passionnant que celui des premiers instruments électroniques. Au début des années 2000, j’ai d’ailleurs écrit une longue étude sur le sujet, dans le cadre de recherches pour une exposition à la Maison d’Ailleurs et pour une revue qui ne l’a finalement pas publiée. Mais une partie du manuscrit s’est, semble-t-il, retrouvé intégré à des articles wikipédia (ou a été utilisé – à moins que les articles de wiki et mon papier aient tout bonnement utilisé les mêmes sources !) et l’ensemble a finalement été publié sur le site du Bélial, à l’occasion d’un dossier sur la SF et le musique.

Pour en revenir à Coda, je ne sais pas quand cette chronique historique tout à fait passionnante – et visiblement irrégulière – a débuté ? Elle se poursuit au moins jusqu’au n°37 qui contient la quatorzième livraison. Après cela, mon petit lot passe au n°53 d’où la série est absente. À noter qu’elle est également absente du n°31. Si un de mes honorables lecteurs en sait davantage, je suis preneur d’un complément d’informations. D’avance, merci !

Et sur ce, je vais aller arroser mes courgettes.