Il y a un peu plus d’un mois, suite à un échange de mails concernant l’opération « Adoptez un Artiste », lancée ici même et dont je reparlerai bientôt, je me suis aventuré, sans la moindre préparation et en toute inconscience, dans le vingt-et-unième siècle – et plus précisément dans le monde de la « culture.2 » comme me le fit aussitôt remarquer un autre de mes correspondants.

Concernant le vingt-et-unième siècle, ma chorégraphie ressortit, est-ce bien nécessaire de le préciser, à l’esthétique du « un pas en avant et deux pas en arrière ». Le monde d’aujourd’hui continue de m’apparaître tout empreint d’une prodigieuse absurdité et – que l’on se rassure – je ne suis toujours pas prêt, par exemple, à faire l’acquisition de ce qui symbolise le mieux cette société où tout le monde communique sans cesse, mais sans jamais prendre le temps de se parler vraiment, à savoir – et les plus fidèles de mes lecteurs auront devancé ma pensée – un téléphone portable. Lancer un kickstarter, oui ! Participer à l’aliénation ambiante, non !

Concernant le monde de la « culture.2 », autant l’avouer sans détour : je n’ai pas bien compris ce dont il s’agit. Cela semble désigner un nouveau paradigme dans lequel les compositeurs et les musiciens, désormais et selon une pratique que je n’ai pas encore appris à bien maîtriser, vivent de l’air du temps – puisque leur musique est pillée par les internautes. Un monde dans lequel les écrivains cessent d’écrire puisque les éditeurs cessent de les éditer – parfois d’ailleurs parce qu’ils cessent d’exister : il ne faut voir aucune méchanterie dans leur abandon de poste. Toutefois, l’un des aspects indéniablement positifs de cette transfiguration est que, si les internautes dans leur ensemble continuent de n’être que des stockeurs de données qui ne leur coûtent rien, peut-être en prévision d’un futur difficile, certains d’entre eux se sont emparés du concept de « financement participatif ». Concept tout nouveau tout beau, il faut bien le dire. Et concept somme toute relativement fou (certains diront plutôt d’une riche complexité) mais doté d’une réelle pertinence – au-delà de l’effet de mode et du fait que le dit concept relève, sans doute un peu également, d’une forme d’auto-rédemption. En « culture.2 », ce ne sont donc plus les donneurs d’ordre (éditeurs) et encore moins les pouvoirs publics (via les subventionneurs) qui assurent la survie des créateurs, mais le public lui-même – du moins, une partie de ce public. D’où le concept de « créateur.2 » qui pourrait désigner tout artiste qui, ne pouvant désormais plus vivre de ses droits d’auteur, royalties ou cachets, parvient toutefois à survivre de par la volonté d’un certain nombre de personnes. Dans la pratique – et l’on en revient au contenu de mes billets d’il y a quelques mois – cela revient à dire : « j’apprécie ce que vous faites, je souhaite que vous puissiez continuer de le faire, je vous soutiens donc financièrement » – et ce à des degrés d’implication divers et en contrepartie de prestations à définir. Car bien évidemment, il ne s’agit pas de faire la manche, le cul sur un cageot de légumes retourné à la sortie du marché du jeudi – dans mon cas, ce devrait d’ailleurs être un cageot d’une « solidité.2 »" si l’on voit ce que je veux dire. Que nenni, ma brave dame, l’artiste reçoit, certes, mais en retour il donne ! Et que sait-il donner d’autre que le résultat de sa petite pratique artistique (en particulier lorsque parvenu à un âge où un priapisme effronté n’est plus guère dans ses possibilités) ?

D’où mon aventuration dans le siècle XXI, évoquée en début de ce billet. Mon insouciante sous un bras et mon je-ne-doute-de-rientisme sous l’autre, je n’ai rien moins que kickstarté !

Pour mémoire, ce fut là.

Je ne reviendrai pas sur les hauts et les bas – en terme de moral – de l’aventure ni sur l’avancement de mes petits travaux musicaux, puisque j’ai tenu un journal de bord de l’expérience, en particulier sous ses aspects humains, car ce fut aussi, et peut-être surtout, une belle aventure humaine.

Je n’avais pas du tout anticipé cet aspect des choses et j’ai été plus d’une fois très touché par des attitudes ou des commentaires. Ce journal de bord a été mis en ligne en temps réel sur le site de Kickstarter – et même si l’aspect « recherche du financement » de l’aventure est achevé, au moins sur le site, ce journal de bord est toujours en ligne. Son écriture explique d’ailleurs en grande partie le silence de l’Homme des Bois sur ce propre site, au cours du mois de juin. C’est là.

jhb-20150603-maitrezach.jpg

Mon projet artistique consistait à composer et enregistrer un poème symphonique sur le texte d’un récit de Jules Verne : Maître Zacharius. L’œuvre achevée devrait durer environ 90 minutes. C’est un travail énorme qui nécessite une disponibilité à temps plein. J’avais déjà commencé à travailler avant le lancement du kickstarter – mes adoptants ont d’ailleurs reçu en mai une pièce électronique qui est un travail préparatoire. J’ai continué de travailler pendant tout le mois de juin, à temps partiel. Je vais travailler à temps plein en juillet et août – en m’accordant toutefois quelques pauses, par exemple pour donner des nouvelles de l’homme des bois. Pendant ce temps, il faut (sur)vivre. L’œuvre achevée, il faudra fabriquer un certain nombre de coffrets avec les CD, ainsi qu’une édition de la partition et du journal de sa réalisation, au jour le jour. Et puis il faudra envoyer tout cela aux souscripteurs. Quelques ajustements techniques sont également nécessaires – tels l’acquisition d’un peu de matériel, voir le billet d’hier. Bref, pour couvrir tout cela, j’avais demandé deux mille euros, ce qui en soi est une somme non négligeable. Mais confronté à la réalité du projet, c’est un financement en mode survie – façon spartiate. Mais nous avons nos petites habitudes en la question. Le kickstarter a été financé, un peu au-delà de ma demande. Et j’ai également reçu un peu d’argent en direct, de la part de personnes ne souhaitant pas envoyer de l’argent via internet.

À la suggestion de plusieurs de mes correspondants, cette souscription parallèle va donc continuer jusqu’à la fin du mois d’août. À cette date j’aurai en principe finalisé mon travail musical et il sera temps de passer à la fabrication des coffrets et des livres. Donc si vous souhaitez rejoindre l’aventure, il est toujours temps et il n’y a rien de plus simple : il suffit de m’adresser un chèque pour une souscription à la « récompense » de votre choix – pour reprendre la terminologie du kickstarter. Mon adresse n’a pas changé : Francis Valéry, 3 lieu dit le Canton, 33620 Cubnezais. Et l’on peut aussi paynamer ou paypaliser sur mon adresse mail : francis.valery@mail.be.

Ajoutons encore ceci : peu après l’envoi des versions matérielles – coffrets de CD et/ou ouvrage – aux souscripteurs, une version dématérialisée, comme d’habitude aux standards mp3 et ogg, intègrera la collection CyberDreams de livres audio aux Éditions le Bélial. Il sera alors temps de vous parler de l’aventure suivante…

En attendant, je m’en retourne juleverniser.