D’un strict point de vue câblologique, ou plus prosaïquement, câblologiquement parlant, ce qui revient au même ou très peu s’en faut, il existe deux types de musiciens : les guitaristes et les autres.

Ce n’est bien entendu qu’un critère discriminant parmi d’autres. Ainsi, pour nombre de personnes évoluant dans le monde du spectacle vivant, s’il y a bien deux sortes de musiciens, la frontière passerait plutôt entre les batteurs et les autres musiciens – sans qu’il soit d’ailleurs indispensable de garder le « autres ». Il est de fait commun de dire qu’un groupe se compose, par exemple, de trois musiciens et d’un batteur. Il semble que le distinguo remonte à l’époque des Beatles. Mais c’est une autre discussion.

Revenons à nos petites considérations câblologiques.

Les guitaristes ont cet immense avantage de n’avoir besoin que d’un seul type de câble pour agencer leurs petites bidouilleries : le fameux câble monophonique constitué d’un fil blindé dont les extrémités sont dotées du célèbre « jack 6,35 » parfois noté par erreur « jack 6,3 ». Il en existe de toutes les tailles : les plus courts (quelques centimètres à quelques dizaines de centimètres) servent à chaîner les pédales d’effet ; les plus longs (de 1,50 m à une douzaine de mètres) servent à connecter les guitares sur les amplis, ou en entrée et sortie d’un chaînage de pédales d’effet, ou en entrée et sortir d’une boucle d’effets sur l’ampli – voire même de connecter les enceintes acoustiques (les boites avec les haut-parleurs) aux têtes d’amplification. Il en existe de toutes les qualités – et donc de tous les prix. Personnellement, je possède des dizaines de câbles de ce type, acquis au fil des siècles à des prix de plus en plus dérisoires à mesure que la Chine s’éveillait, comme le prédisait déjà en son temps ce bon Roger Peyrefitte. Ces câbles sont de qualité acceptable et ils servent un peu pour tout ; j’en utilise aussi pour programmer mes synthétiseurs analogiques, ceux qui ressemblent à des centraux téléphoniques. Et puis j’en ai deux dont je me sers en studio et qui m’ont coûté une petite fortune – j’ose à peine avouer que c’est de l’ordre de plusieurs dizaines d’euros le mètre… Evidemment, ils sont tip top : aucun bruit de fond, aucun parasite, une connectique plaquée or, etc. Bon. Si on peut faire à peu près tout avec du matériel de moyenne gamme – voire parfois d’entrée de gamme – il arrive, hélas, qu’il faille parfois casser sa tirelire lorsque la différence est significative.

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Globalement, les guitaristes sont donc tout relax au niveau de la connectique. Ce qui leur laisse tout le temps pour leurs gratouilleries – hélas, diront certains.

Les autres par contre, n’arrêtent pas de s’arracher les cheveux dès qu’il faut connecter un truc sur un machin, tant les standards (minijack, jack 6,35, XLR, mini XLR, RCA, USB, optique, speakon… ) sont nombreux – sans oublier tous les particularismes des marques ! Entrées et sorties des ordinateurs, des cartes sons, des enregistreurs, des enceintes de proximité et de tout ce qui peut se connecter en ligne ou autrement, représentent souvent un vrai casse-tête. Ainsi, lorsqu’il vous faut, par exemple, un câble avec un minijack stéréo d’un côté, et un épanoui de deux fois cinq mètres avec deux jack 6,35 mono de l’autre côté – cas de figure classique si l’on veut brancher un ordinateur sur deux enceintes de mixage amplifiées – il est strictement impossible de le trouver dans le commerce, aussi bien chez les enseignes supposées avoir tout mais où on ne trouve jamais rien (Darty, Boulanger, FNAC et autres) que dans les magasins de musique (qui ne sont fréquentés, pour l’essentiel et c’est bien connu, que par des guitaristes, qui plus est souvent chevelus, ce qui prouve bien qu’ils ne connectent jamais rien d’autre que du câble mono avec deux jacks 6,35 sinon ils n’auraient plus de cheveux – on notera que je suis l’exception confirmant cette règle). Ajoutons qu’il est en général possible de connecter également vos enceintes de mixage amplifiées via leurs entrées RCA (Cinch) ou XLR, mais les câbles permettant de le faire sont tout aussi introuvables.

La première solution est d’utiliser des tas d’adaptateurs et plusieurs câbles répondant partiellement au cahier des charges mais cela fonctionne plus ou moins bien et introduit souvent des bruits de fond. La deuxième solution consiste à apprendre à se servir d’un fer à souder et de fabriquer vos câbles vous-mêmes – sous réserve d’accepter de vivre dangereusement. La troisième et de loin la plus efficace à tous points de vue, consiste à être client du cyberstore thomann.de où l’on trouve absolument tout – et même ce qui n’existe pas puisqu’il suffit de leur suggérer que ça serait bien que ça existe, et ils le font fabriquer pour leur propre marque de distribution.

Du coup, c’est ce que je viens de faire pour régler un problème de connectique qui traînait… je me débrouillais jusque-là en utilisant des adaptateurs et des portions de câble en Y, le genre de truc que si tu te prends les pieds dans un fil, tout explose. Et du coup, j’ai aussi fait l’acquisition – j’en avais besoin depuis longtemps – d’un Powerplant avec son jeu de plusieurs dizaines de câbles permettant d’alimenter à peu près n’importe quoi, en réglant tension, ampérage, phase, etc. On n’arrête pas le progrès.