L’opération Adoptez un Artiste a démarré. Je viens de préparer les envois du premier numéro de ma newsletter – en français : lettre d’informations – à l’intention des abonnés, souscripteurs, donateurs et mécènes qui ont répondu favorablement à mon billet du 22 avril dernier. Cette newsletter mensuelle s’accompagne, comme promis, d’un bonus sous la forme d’un CD titré Zacharius, une fantaisie horlogère.

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Les premières critiques de ce projet de soutien direct au travail d’un créateur ont concerné la forme que j’ai voulu lui donner : trop compliqué car trop ouvert, m’a-t-on fait remarquer. Laisser les souscripteurs choisir le montant mensuel de leur soutien (au risque de passer pour un radin !), la durée de leur engagement (sans trop savoir ce que l’on finance, ce que cela permettra de réaliser, ce que l’on recevra en retour), la périodicité et le mode du paiement (virement bancaire, virement via Paypal ou autre, envoi d’un chèque…), c’est un peu trop de possibles…

Message bien reçu. D’où la reformulation qui suit (désolé si je donne l’impression de radoter – hum… l’âge aidant, peut-être que je radote effectivement un peu, mais bon…).

Le projet Adoptez un Artiste s’appuie sur un double constat. D’une part, le « marché de la culture » a évolué de manière telle que les retombées financières que peut espérer un artiste en retour de son travail (pour un écrivain cela sera les droits d’auteur versés par son éditeur) en regard du temps nécessaire à la réalisation de ce travail, ne peuvent absolument pas permettre de vivre, même au fin fond de la campagne et de la manière la plus spartiate. D’autre part, les « politiques de subventions » ayant, à tous les niveaux, été revues à la baisse de façon très significative – lorsqu’elles n’ont pas purement et simplement disparu – les artistes ont perdu la plupart, lorsque ce n’est pas la totalité, de leurs « revenus annexes » (pour un écrivain cela sera par exemple les ateliers d’écriture en milieu scolaire, les rencontres avec le public en bibliothèques, les conférences, etc.) ; or, ces « revenus annexes » sont doublement indispensables, d’abord sur le plan financier car ils complètent les droits d’auteur, ensuite parce qu’additionnés à ces derniers, ils permettent à la personne d’atteindre le seuil minimal de maintien au régime dit des « artistes-auteurs », ce qui lui permet de conserver des droits sociaux (en particulier la sécurité sociale) et de générer des trimestres de cotisation, comptabilisés pour la retraite.

De ce double constat découle une idée simple : si l’existence d’artistes au sein de la société vous semble une bonne idée, alors il faut, comme on dit, mettre la main à la pâte de manière directe. Dans mon billet précédent, j’ai évoqué le fait qu’un nombre croissant de personnes abandonnent les pratiques culturelles classiques (achat de livres, de CD) pour se tourner vers une consommation de produits dématérialisés, souvent sans que les créateurs ne touchent quoi que ce soit pour leur travail. À ce sujet, j’ai reçu plusieurs commentaires de personnes me faisant remarquer, en substance : « Moi, j’achète mes livres donc je ne me sens pas concerné par vos propos : ce n’est pas à moi de passer à la caisse une seconde fois. » Au risque de donner l’image de quelqu’un qui manque de reconnaissance, je dirai, avec tristesse, que les personnes qui ont conservé l’habitude d’acheter des supports culturels plutôt que les télécharger illégalement, sont justement quasiment les seules à qui je peux m’adresser, au moins dans un premier temps. Parce que ce sont les seules, me semble-t-il, qui peuvent comprendre et déplorer l’état de délabrement, d’épuisement, d’abandon… dans lequel la culture se trouve. Donc passer une seconde fois à la caisse ? Oui, c’est un peu ce que je vous demande de faire… avec cette remarque, toutefois, que consacrer, par exemple, trois euros chaque mois, pour un « soutien direct » à un écrivain ne représente sans doute pas une somme très significative par rapport à votre budget culturel global. On reste tout de même très largement dans le soutien symbolique – du point de vue de la personne qui soutient ; mais du côté de la personne soutenue, quelques dizaines de soutiens symboliques peuvent constituer un soutien global bien réel.

On m’a aussi fait la remarque suivante : « Vous demandez une aide financière, certes, mais pour en faire quoi, au juste ? » C’est vrai que je n’avais pas précisé, me contentant d’expliquer que c’était pour me permettre de continuer de travailler.

Dans les douze mois qui viennent, ma priorité sera d’écrire un assez gros roman de SF – quelque chose qui relèvera à la fois du space opera et de la science fantasy, spatial et exotique, avec une certaine dose de hard science ; le plan est bien avancé, les notes s’accumulent ; un grand merci à Roland Lehoucq qui fait office de « conseiller scientifique » et me donne son avis, toujours très éclairé et éclairant, sur la « vraisemblance » (disons-le comme ça, faute de mieux) du cadre dans lequel j’inscris peu à peu mon récit. Merci aussi à Olivier Girard qui s’épuise à entretenir la petite flamme de l’envie d’écrire – le besoin a disparu depuis bien longtemps – et à me convaincre que j’ai toujours quelque chose à dire dans le domaine de l’écriture romanesque. Du coup, un éditeur – devinez qui ! – a une option sur ce projet. Chic planète tout de même ! ;o))

Ma seconde priorité consiste à poursuivre les arrangements et les enregistrements d’une douzaine de titres destinés à être réunis sur un CD – il s’agit, pour le dire brièvement, de chanson française (puisque les textes sont en français) dans une esthétique folk-rock (il y a plein de guitares), néo-psychédélique (pour le son et les ambiances) et crypto-hippie (flûtes, percussions, sitar…), avec toutefois un brin de modernité (les claviers n’y sont pas pour rien). Si vous voyez ce dont il s’agit, contactez-moi et réexpliquez-moi la chose avec vos mots à vous, que j’y vois plus clair… Plusieurs titres sont quasiment en boîte, il reste juste à enregistrer les pistes de chant définitives à la place des pistes de voix témoin : chanter, c’est ce qui m’éclate le moins, sur scène pas de souci, mais en studio ça me gonfle. Les autres morceaux sont depuis des années à l’état de partitions et de projets d’arrangement dans un gros classeur – je n’ai jamais eu le temps de m’en occuper. Troisième et quatrième priorités : poursuivre ce blog de manière plus régulière (mais la, encore faut-il avoir trois bêtises à raconter…) et sortir d’autres titres dans la collection CyberDreams. Et au registre de la cerise sur le gâteau des priorités, je devrais écrire une nouvelle à la demande d’un vieux copain qui réunit une anthologie.

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Voilà. Tout cela en douze mois. Donc à temps plein. Et il ne vous aura pas échappé que si la priorité n°1 devrait générer quelques retombées financières, ce sera après parution – donc quand tout le boulot aura été fait ; et que les priorités n°2 et suivantes sont à considérer, pour l’essentiel, comme relevant de l’art pour l’art…

Sur un plan encore plus personnel, mon mandat à la Maison d’Ailleurs – où je faisais pas mal de choses depuis pas mal d’années – n’a pas été renouvelé. Nouvelles orientations, nouvelles priorités. En janvier et février, j’ai écrit un long article qui fera l’essentiel du prochain catalogue d’exposition – sur les robots. L’audio guide que je devais réaliser en mars et avril a été annulé – mais à la place, je réalise une recherche curatoriale sur le thème de l’exposition suivante. Dans la pratique, il s’agit de trouver, dans l’immense corpus de la SF littéraire, cinématographique, illustrée et bédessinée, des œuvres – ou des fragments d’œuvres – dans lesquelles sont utilisés des motifs ressortissant au thème (très original) de l’expo en question. J’en reparlerai, dans un autre billet de ce blog, car l’expérience est intéressante. J’ai donc été payé pour cette recherche – assimilée à l’écriture d’une bibliographie thématique – et mars et avril dernier. D’un point de vue légal, mes revenus provenant de la Maison d’Ailleurs consistaient en une mensualisation d’un forfait de droits d’auteur, correspondant lui-même à un travail bien défini sur une exposition temporaire donnée, et non d’un « salaire » découlant d’un contrat de type CDI. La perte de ce travail n’ouvre donc droit à aucune indemnité de chômage. Et comme le donneur d’ordre est non français et règle les « notes de droits d’auteur » que j’établis, chaque mois, il n’est pas assujetti aux charges sociales (ni en Suisse, ni en France) – j’ai donc l’obligation de « régulariser » l’ensemble des charges sociales, y compris la part patronale, ce qui fait assez lourd, dirons-nous, et explique le fait que mon « salaire » était, dans les faits, très en-dessous du SMIG. Le décalage entre les paiements, leur déclaration au fisc et à l’AGESSA, le calcul de régularisation et l’appel de cotisations, fait que je vais, au cours des prochains mois, devoir régler à l’AGESSA environ deux mille euros – alors que je n’aurai plus aucun revenu professionnel. Ce qui risque de s’avérer un rien problématique…

J’ai fini par déposer une demande de RSA – après une longue réflexion… C’est aussi un sujet que je compte aborder dans ce blog : comment, après avoir passé toute sa vie à travailler en indépendant, dont les dix-neuf dernières années comme artiste-auteur déclaré à l’AGESSA (« écrivain professionnel » en somme, avec plus de soixante-dix bouquins publiés à son actif, des prix littéraires, des traductions, des dossiers de presse plutôt flatteurs…), devient-on, presque du jour au lendemain, une simple merde – puisque c’est bien le message que vous adresse la Société : arrête d’écrire puisque personne ne veut plus te lire (du moins en payant !), ferme ta gueule et débrouille-toi avec 452 euros pour vivre. Enfin… 452 euros, c’est dans le meilleur des cas : quand on vous attribue le RSA complet, mais rien ne dit qu’on me l’attribuera.

Bref, je ne nie pas que la perspective de cette situation a grandement contribué à nourrir ma réflexion, au cours des derniers mois, sur ce projet Adoptez un Artiste ! Revenons-y, d’ailleurs.

Dans ma première présentation du projet, j’ai indiqué ce que les personnes abonnées pourraient recevoir, à titre de remerciement direct. Ma proposition n’a pas changé. Je m’engage à vous envoyer chaque mois une lettre d’informations sur l’état de ce projet (le soutien financier réellement reçu, en toute transparence), sur l’avancement de mes petits travaux d’écriture et de composition, et éventuellement sur mon actualité visible (parutions, participation à des événements). Et je m’engage à joindre à cette lettre, au moins six fois dans l’année, un bonus : une réalisation inédite et hors commerce.

Le premier bonus qui vient d’être envoyé aux actuels abonnés est un CD musical titré Zacharius, une fantaisie horlogère. Au cours de l’été 2008, j’ai composé environ quarante minutes de musique, en quadriphonie, pour accompagner une conteuse sur scène, dans une adaptation de la nouvelle de Jules Verne, « Maître Zacharius ». Ce spectacle était une commande de la part de Patrick Gyger, alors Directeur de la Maison d’Ailleurs, pour l’inauguration de l’Espace Jules Verne. Courant 2014, j’ai commencé à composer d’autres morceaux et ambiances, dans le but d’enregistrer non pas une adaptation de l’œuvre de Verne, mais cette fois l’œuvre originale lue dans son intégralité. Ce projet de livre audio, destiné à la collection CyberDreams, a pris du retard – pour diverses raisons. Il est actuellement en pause. En novembre 2014, alors que je travaillais dessus, j’ai passé pas mal de temps à enregistrer plusieurs dizaines de pistes de guitare, en sculptant mon son avec des effets assez simples – et pour tout dire, d’entrée de gamme puisqu’il s’agit de deux pédales de la marque Behringer (un delay et une reverb) : vraiment du tout petit matériel acheté une vingtaine d’euros chez Thomann il y a quelques années et beaucoup utilisé dans les livres audio mis en ligne sur le site du Bélial ! Mais en poussant ce matériel aux limites – voire en l’utilisant de manière non prévue dans le règlement, pardon, je veux dire dans le mode d’emploi – je suis parvenu, avec une simple guitare, à obtenir des sons assez étonnants en cela que l’on jurerait qu’il s’agit de percussions, de séquenceurs ou de synthétiseurs. Mais non ! C’est juste de la bonne vieille guitare à six cordes et sans accordage particulier (jouée mais aussi tapotée, grattée, frottée, bidouillée, tripotée… dans la limite des bonnes mœurs) avec ces deux pédales d’effets à deux balles ! Ces jours-ci, j’ai sélectionné quinze de ces pistes et je les ai mixées ensemble – en réalité, il n’y a jamais plus de quatre pistes à la fois : elles vont et viennent, apparaissent ça et là quand d’autres disparaissent, se développent... Cela donne quelque chose qui n’est pas sans évoquer la technique que Terry Riley avait expérimentée dans son œuvre fondatrice « In C ». Le morceau fait tout juste cinq minutes. Si vous voulez l’écouter, il n’y a qu’une solution : abonnez-vous ! ;o))

Et j’en arrive à la conclusion pratique de cette intervention : s’abonner c’est bien beau, mais comment ? Inspiré par vos commentaires, j’ai repensé la chose et propose donc un système plus « directif » mais avec tout de même pas mal d’options.

En gros, il y a trois cas de figure :

L’abonnement dématérialisé : vous recevez la newsletter mensuelle par mail + vous recevez le contenu du CD (son, image, texte, vidéo, etc.) via We Tranfer (ça fonctionne bien et c’est gratuit).

Coût : 3€ par mois / 18€ pour six mois / 36€ pour un an.

L’abonnement objet : vous recevez la newsletter par la poste, accompagnée d’un CD dans un boitier illustré (envoi bien protégé).

Coût : 5€ par mois / 30€ pour six mois / 60€ pour un an.

Dans les deux types d’abonnement, vous pouvez régler en envoyant un chèque ou en procédant à un virement bancaire (pour les personnes résidant hors de France). Ou vous pouvez mettre en place un système de versement mensuel (3€ ou 5€) en demandant à votre banque de le faire ou en utilisant un intermédiaire comme Payname (gratuit).

L’abonnement mécène : vous avez la possibilité de devenir mécène si vos finances vous le permettent ; c’est comme un abonnement objet… mais c’est plus cher.

Coût : 100€ pour l’année (ou plus, c’est vous qui voyez) par chèque ou virement. Je suppose qu’il y a aura des super-bonus réservés aux mécènes – difficile de préciser à l’avance, tant cela dépendra des opportunités et autres clins d’œil de l’univers. Genre venir passer un week-end chez moi en septembre pour ramasser les figues et faire des tonnes de confiture, et repartir après s’être partagés les pots. Pas cool, ça ? Ouais, allez, les pas mécènes pourront aussi venir ! L’intérêt d’être mécène, alors ? Ben, je ne sais pas trop… Faut creuser le sujet.

En attendant la relation de mes prochaines aventures (vous croyez que négocier avec l’Administration pour avoir le RSA, c’est pas une aventure ? J’en suis terrorisé à l’avance !), une dernière précision : mon adresse postale n’a pas changé. C’est toujours : Francis Valéry, 3 lieu-dit Le Canton, 33620 Cubnezais.

À vous lire !