Les Musiques de la mort (The Plague of sound), Con Steffanson, traduit de l’anglais (US) par Pascal Manoukian. Eurédif, coll. « Flash Gordon », 1981. 192 pp, poche.

Les Musiques de la Mort , aventure de Flash Gordon rédigée par Con Steffanson (non, on ne se moque pas du prénom), commence fort dès sa quatrième de couverture :

« Une vague de sons dissonants et insoutenables résonné à travers le hall immense, pétrifiant sur place la foule stupéfaite. L’avant-garde des MUSIQUES DE LA MORT venaient de frapper ! Chargés de l’enquête, Flash, Dale et le Docteur Zarkov se heurtent alors à PAN, le musicien fou à l’esprit torturé. Inventeur d’un machiavélique clavier, PAN ne réclame ni plus ni moins que le contrôle de la planète. Et il a mis au service de son ambition l’arme la plus meurtrière, la plus douloureuse et la plus perfide que Flash Gordon n’ait jamais eu à affronter. »

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vol0-m-musiquesdelamort-vo2.jpgPas besoin d’y aller par quatre chemins, l’histoire s’avère aussi inepte que le laisse supposer le résumé. Si l’on était mauvaise longue, l’on pourrait dire que Steffanson (déjà auteur de quelques autres novélisations de Flash Gordon) a torché le roman en moins de temps qu’il ne faut pour le lire. Ce n’est pas vrai : vraiment, il faut du temps, du courage, de l’abnégation pour venir à bout des 182 pages que compte Les Musiques de la mort. Le roman enfile les clichés et l’absence de style. Les personnages ne savent comment moduler leur voix : ils ne cessent de claironner, crier, hurler. Passer par les nuances intermédiaires : à quoi bon ?

« Docteur Zarkov, je suppose ? − Un peu, oui ! tonna Zarkov. »

Et l’orthographe ? Si un personnage s’appelle tantôt Bétancourt, tantôt Bétencourt, c’est ici la licence poétique de l’auteur (ou du traducteur, ou du correcteur si d’aventure le roman a été corrigé). La ponctuation, par endroit défaillante, autorise l’apparition de jolis doubles sens, comme ici :

« Vous chauffez Flash. »

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Arrêtons-là de tirer sur l’ambulance. Ce roman est tristement mauvais et c’est tout — à moins que l'humour sous-jacent me soit passé inaperçu. La collection de romans Flash Gordon n’a d’ailleurs pas eu grand succès : six romans publiés aux éditions Eurédif (qui ont publié par ailleurs des textes de Norman Spinrad ou Robert Howard dans une collection titrée « Playboy » – sans surprise, comme le magazine – et aux couvertures des plus affriolantes quoique totalement hors sujet) en 1981.

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Quant à l’auteur, attardons quelques instants sur lui : Con Steffanson (on ne rigole pas) est en réalité le pseudonyme de Ron Goulart, écrivain américain né en 1933. Con Steffanson est l’alias qu’il a utilisé uniquement pour ses romans Flash Gordon ; parmi ses autres alias, on trouve Kenneth Robeson (le pseudonyme collectif des auteurs des aventures de Doc Savage ; dans le cas de Goulart, il s'agit de romans mettant en scène le personnage de l'Avenger, sorte de mix entre Doc Savage et The Shadow) ou encore William Shatner – l’interprète du capitaine Kirk a censément écrit une série, « TekWar », dont seuls les trois premiers volumes (sur cinq) sont parus (vous n’imaginiez quand même pas que c’était Shatner qui les avait vraiment écrits ?). Goulart a également œuvré pour quelques autres franchises (BattleStar Galactica, Vampirella, Marvel Metaverse), a écrit également des romans mettant en scène Groucho Marx (sérieusement), ainsi que, aussi, des romans originaux, dont une demi-douzaine a paru en français, en Futurama ou chez Opta/Galaxie-bis. Des romans originaux donc, faisant la part belle au space opera et à l'humour. Auteur prolifique, quoique méconnu en France, Ron Goulart continue encore aujourd'hui à publier — essentiellement des nouvelles, dans Fantasy & Science-Fiction.

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Retour aux Musiques de la mort : malgré tous ses défauts, ce roman a cependant ceci d’intéressant que lesdites « musiques de la mort » émanent d’un synthétiseur. Un instrument dont les ancêtres ont permis l’essor des musiques électroniques tout au long du XXe siècle. Et justement : il a été (un peu) et il sera (davantage) question d’electro dans cet Abécédaire.

Comme on l’a vu dans le gros dossier du Bifrost 69, le rock et les littératures de l’imaginaire (fantasy et science-fiction) ont de nombreux liens. Que ce soit dans le rock psychédélique (King Crimson) ou, plus récemment, le metal ou le rock progressif (Stratovarius, Blind Guardian, Ayreon — ce dernier que Richard Comballot interviewait par ici). Mais ce genre de rock prog ne sera guère abordé dans l’Abécédaire : (désoléMusicalement, ça me donne envie d’éclater d’un rire nerveux au bout de trente secondes. Et, bien naturellement, les bleep-bleep de l’electro ne sont JAMAIS ridicules., c’est au-dessus des forces de votre serviteur.

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De fait, l’electro n’est pas non plus en reste quand il s’agit de SF, que ce soit dans un sens – la musique inspirant la littérature, comme avec le présent Les Musiques de la mort, dans une certaine mesure – ou l’autre – à savoir, la SF inspirant l’electro. À vue de nez, il apparaît cependant que le rock a davantage infusé dans la SF, qu’elle soit cinématographique ou littéraire, que l’electro. Inversement, bon nombre d’albums ou de morceaux d’electro s’inspirent à divers degrés de la SF. De fait, les sonorités de ce dernier genre musical me semblant en meilleure adéquation avec la science-fiction : l’electro est essentiellement une musique de machines et d’ordinateurs, capable d’évoquer tour à tour les espaces intersidéraux ou le microcosme des particules élémentaires, l’altérité extraterrestre (ou autre) ou encore une société dominée par l’informatique. On tâchera de s’intéresser aux liens entre ces genres musicaux, littéraires et cinématographiques dans de prochains billets, histoire de voir comment le corpus litteraro-cinématographique considère les synthétiseurs et autres générateurs électroniques de sons et les musiques qui en découlent, de voir aussi comme l'electro s'imprègne de la SF.

Attention les oreilles néanmoins : bien souvent, les musiques sont mortelles. Stay tuned.

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Introuvable : vous voulez vraiment trouver ce Flash Gordon ?
Illisible : oui
Inoubliable : à sa manière