Horsehead/Fièvre, Romain Basset, 2015.

Horsehead , originellement titré Fièvre, est le premier long-métrage de Romain Basset, jeune réalisateur français déjà auteur de quelques courts.

L'histoire est celle de Jessica, jeune femme dont les rêves sont hantés par la figure d'un individu doté d'une monstrueuse tête de cheval. Chose qui l'a conduite à s'intéresser aux rêves lucides. A l'occasion du décès de sa grand-mère, Jessica retourne dans la maison familiale au fin fond de la France. Les relations sont tendues avec sa mère, qu'elle n'a pas vue depuis plusieurs années, moins avec son beau-père. La joie des retrouvailles est très vite tempérée, d'autant que Jessica découvre qu'elle devra dormir dans la chambre jouxtant celle où le corps de la défunte repose, et que sa grand-mère a en réalité mis fin à ses jours. Bien vite, la jeune femme est prise par une fièvre de cheval (pardon), et fait des rêves intenses… Elle comprend qu'il y a quelque malédiction familiale, à laquelle l'individu équicéphale n'est pas étranger.

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Sans forcément être partisane d'une logique onirique insensée, l'histoire s'avère elliptique et difficile à suivre plus le film avance - jusqu'à se finir dans un trip halluciné, laissant l'interprétation de la fin libre au spectateur. On pense d'abord à une histoire de fantôme ou de maison hantée, mais l'accent se porte finalement sur les rêves. L'accent se porte davantage sur l'ambiance, visuellement très travaillée et rehaussée d'une bande originale électronique efficace, et fait la part belle à des séquences de rêve réussies. (Freud n'est pas loin.) Le tableau de J. H. Füssli, Le cauchemar, semble prendre vie - en tous cas, l'homme à tête de cheval paraît tout droit tiré de l'œuvre du peintre suisse. (Lequel a en fait peint plusieurs versions de ce tableau, tant celui-ci a rencontré du succès.)

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Deux remarques, sur les chevaux et les cauchemars. En anglais, je n'apprendrai rien à personne, cauchemar se dit « nightmare ». Et jument se dit « mare ». Le lien semble évident à première vue, mais s'avère trompeur : le mauvais rêve n'est en aucun cas une jument nocturne. « Mare », dans le sens de jument, vient d'une racine différente que le « mare » de nightmare, lequel se trouve en français : cauchemar, et qui signifie lutin. Comme celui que l'on voit perché sur le buste de la jeune fille du tableau de Füssli. La deuxième remarque concerne les masques de chevaux : si celui de Horsehead est particulièrement réussi, effrayant comme peu, même les simples masques en latex ont quelque chose de dérangeant - la fixité du regard, ou le fait de voir une telle tête chevaline perchée sur un corps humaine, allez savoir pourquoi. Et une requête sur Google donnera plus de résultats convaincants avec « horse + nightmare » qu'avec « rabbit + nightmare ». Allez savoir pourquoi - bis.

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Bref. Pour un long-métrage (premier du jeune réalisateur, et indépendant, et français — quoique tourné en anglais), Horsehead cherche à en imposer. Et ne s'en sort pas trop mal dans l'affaire. Tant pis pour l'histoire, pas toujours très claire, ou les personnages, pour lesquels on ressent une faible empathie. Des défauts plutôt véniels : par rapport à un film comme Livide (2011), qui s'aventure dans de semblables territoires d'inquiétude, Horsehead possède une photographie soignée, un scénario sans trop d'incohérences (quelques points cependant font hausser le sourcil à la réflexion), et des acteurs loin d'être mauvais.

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Le film a pourtant connu une genèse difficile : trois ans se sont écoulés entre le clap de début et la sortie. Surtout, faute de budget, le tournage s'est interrompu pendant plusieurs mois avant de reprendre, grâce à un financement participatif. Aléa imperceptible à l'écran. Bref, pour un coup d'essai, c'est réussi, et on peut se montrer curieux de ce que Romain Basset va proposer par la suite.

Introuvable : en attendant le DVD ?
Irregardable : au contraire
Inoubliable : pas tout à fait